Distrait Et Grave Comme Un Fou

Distrait et grave comme un fou,

Ayant mes rêves pour cortèges,

Je vais un peu je ne sais où

Par les pays où sont les neiges.

Je vais, et je ne saurais pas

Te dire, parfois, où nous sommes.

Mais qu’importe à qui laisse en bas

L’amas des villes et des hommes !

Que dois-je trouver en chemin

Sur cette route bienfaisante ?

Les chers yeux que j’aime, ou ta main

Plus fidèle et toujours présente ?

— Lorsque j’aurai, tout à travers

L’importunité de mes songes,

Fait du chemin et fait des vers

Gais ou tristes, mais sans mensonges.

Sachant que ton goût jeune a foi

Dans notre art, l’antique folie,

Et que tu notes comme moi,

Ton cœur avec mélancolie ;

Je n’irai pas chercher bien loin

Le lecteur ami qui comprenne

Ces poèmes, dont j’ai pris soin

D’accorder l’âme sur la tienne.

Je veux inscrire ici ton nom

Et, t’offrant la primeur hâtive

De mes vers, précieux ou non,

Te dire de façon naïve :

Rêveur pour qui l’herbe n’a pas

De fleurettes indifférentes,

A toi ce que j’ai, pas à pas,

Cueilli de strophes odorantes !