Auteur
Agénor Altaroche

La Chanson N’est Pas Morte

Un rimeur de couplets comiques,

De la folle et vive chanson

Aux oreilles académiques

A fait la funèbre oraison.

Ingrat, à peine à son aurore,

Au tombeau déjà tu l’attends !

La chanson n’est pas morte encore,

La chanson doit vivre longtemps !

 » La chanson flagelle les traîtres

Et les pillards du bien d’autrui ;

Du peuple elle fronde les maîtres ;

Qu’aurait-elle à faire aujourd’hui ?… »

Ce beau programme qui l’honore

Lui promet des jours éclatants.

La chanson n’est pas morte encore,

La chanson doit vivre longtemps !

Dans sa mission vengeresse

N’est-il point de vitupérer

Ceux qui violent la promesse

Qu’on les vit eux-mêmes jurer ?

Oui, s’il faut qu’elle remémore

Leurs serments à nos exploitants,

La chanson n’est pas morte encore,

La chanson doit vivre longtemps !

La censure aux prudes alarmes

Veut, dans un étroit horizon,

Borner l’esprit par des gendarmes,

Des amendes et la prison.

Crois-tu que la rouille dévore

Les ciseaux de ses noirs Tristans ?

La chanson n’est pas morte encore,

La chanson doit vivre longtemps !

Et cette jeune et belle armée

Dont ils compriment la valeur ;

Une bourgade consumée

Suffit-elle à sa noble ardeur ?

Il faut au drapeau tricolore

Des triomphes plus méritants ;

La chanson n’est pas morte encore,

La chanson doit vivre longtemps !

Il faut bien que la chanson fronde,

Implacable comme un remord,

Certaine Thémis moribonde

Qui rêva des arrêts de mort.

Lorsqu’on livre à ce Minotaure,

De jeunes et forts combattants,

La chanson n’est pas morte encore,

La chanson doit vivre longtemps !

La muse que tu nous enterres

A-t-elle fini de compter

Les gros péchés des mandataires

Qui disent nous représenter ;

Les pots-de-vin dont se décore

La cave de tous nos traitants ?

La chanson n’est pas morte encore,

La chanson doit vivre longtemps.

Pour que la chanson vive, il reste

A ses traits plus d’un autre but.

Livre lui l’exorde modeste

Des orateurs de l’Institut.

Tout nouvel entrant y redore

Le faux galon des charlatans.

La chanson n’est pas morte encore,

La chanson doit vivre longtemps.