La Montée

Sur l’Alpe étincelante et haute

Le soleil tombe et se répand.

Le chemin enlace à mi-côte

La montagne comme un serpent.

Ainsi que dans une revue

S’avancent de vieux grenadiers,

Ligne immobile qui remue,

Défilent les grands peupliers.

Le roc pelé qu’un troupeau broute

Se déroule sans se presser ;

On dirait parfois que la route

Ne va pas savoir où passer.

L’horizon crénelé demeure

Solide et droit comme une tour,

Laissant faire au ciel qui l’effleure,

Morne aux séductions du jour.

Et tandis que vers les frontières,

A cause des plis du rocher,

Il semble, le long des rizières,

Que l’on marche sans approcher ;

Voici que l’on quitte la grâce

Du doux climat italien.

Deux postes veillent face à face,

Et savent qu’ils se valent-bien.

C’est la Suisse et c’est l’Italie ;

Et, sous l’éclat d’un ciel pareil,

Le vent qui s’élève déplie

Deux drapeaux libres au soleil.