La Petite Rivière

La petite rivière, bleue

Si peu que le ciel ait d’azur,

D’ici fait encore une lieue,

Puis verse au fleuve son flot pur.

Plus grande, elle serait moins douce,

Elle n’aurait pas la lenteur

Qui dans les herbes mène et pousse

Son cours délicat et chanteur.

Elle n’aurait pas de prairies

Plus vertes si près de la main,

Non plus que ces berges fleuries

Où marque à peine le chemin.

Ni le silence si paisible,

Ni parmi les plantes des eaux

L’étroit chenal presque invisible

Entre les joncs et les roseaux.

Et le moulin qui sort des branches

N’aurait pas à bruire ailleurs

Plus d’eau dans ses palettes blanches,

Ni plus de mousses et de fleurs.

La petite rivière est gaie

Ou mélancolique, suivant

Qu’un oiseau chante dans la haie

Ou qu’il pleut et qu’il fait du vent.

Selon l’heure, joyeuse ou triste,

Couleur du soir ou du matin,

Comme une charmeuse elle insiste,

Lorsque l’œil la perd au lointain,

Derrière le saule incolore

Ou le vert des grands peupliers,

A montrer une fois encore

Ses caprices inoubliés.