Auteur
Albert Mérat

Les Fleurs De Pommiers

Les champs sont comme des damiers

Teintés partout du blé qui lève.

Avril a mis sur les pommiers

Sa broderie exquise et brève.

Avant que les soleils brutaux

Aient fait jaunir l’herbe et la branche,

C’est la gloire de nos coteaux

D’avoir cette couronne blanche.

Malgré les feuillages légers,

Les jardins sont tout nus encore,

Mais les fleurs couvrent les vergers

Qui rayonnent comme une aurore.

La campagne gaie est vraiment

Belle et divinement coiffée ;

Les pommiers ont un air charmant

Avec leur tête ébouriffée.

Une étoile blanche est leur fleur

Qu’Avril peut brûler d’une haleine.

Le Chinois en peint la pâleur

Sur les tasses de porcelaine.

Elle n’a pas d’odeur ; elle est

Délicate, charnue et grasse ;

Blanche et mate comme le lait,

Aussi légère que la grâce.

Elle semble s’enorgueillir

Du fragile trésor du germe.

Il faut la voir sans la cueillir

A cause du fruit qu’elle enferme.

Cependant sur le front aimé

Qui s’éclaire de l’embellie,

Pas une seule fleur de mai

N’est, à vrai dire, aussi jolie.

J’ai là, tout au fond de mon cœur

Un souvenir de matinée :

Des fleurs prises d’un doigt moqueur…

Mais je ne sais plus quelle année !