Les Violettes

Une habitude longue et douce lui faisait

Aimer pendant l’hiver les violettes blanches ;

A l’agrafe du châle un peu court sur les hanches

Son doigt fin, sentant bon comme elles, les posait.

Un jour que le soleil piquant et clair grisait

Les moineaux francs criant par terre et dans les branches,

Elle me proposa d’aller tous les dimanches

Cueillir avec l’amour la fleur qui lui plaisait.

A présent, ce bouquet est tout ce que j’ai d’elle ;

Mais j’y trouve toujours, pénétrant et fidèle,

Un vivace parfum émané de mon cœur.

Tel le verre vidé qu’un souvenir colore :

Le regret du buveur pensif l’embaume encore

Et la lèvre y croit boire un reste de liqueur.