Auteur
Albert Mérat
Recueil
Le livre de l'amie

Ton Cœur

Voulant me croire aimé, vainqueur

De mon âme triste et chagrine,

Un jour que j’écoutais ton cœur

Sous la rondeur de ta poitrine ;

Loin que ton cœur, oiseau charmant,

Semblât bondir à ma rencontre,

C’était un petit battement

Nerveux comme un tic-tac de montre.

Régulier, impassible, froid,

Ton cœur laissait couler sa dose

De sang pur, qui montait tout droit

A ta tête légère et rose.

J’eus peur un moment : j’avais cru.

Troublé de mon amour, entendre

Comme un flot trop vite accouru

Sur une fibre fine et tendre.

Ce n’était rien ; c’était la peur,

C’était peut-être mon cœur même ;

Car, tu sais, tout nous est trompeur

Et douloureux, lorsque l’on aime.

Tranquillement ton sang coulait :

Et malgré cela, dans un charme,

Ce bruit glacial me semblait

Tomber ému comme une larme.