Auteur
Émile Verhaeren
Recueil
Les Débâcles

Vers Le Cloître

Je rêve une existence en un cloître de fer, Brûlée au jeûne et sèche et râpée aux cilices, Où l’on abolirait, en de muets supplices, Par seule ardeur de l’âme, enfin, toute la chair. Sauvage horreur de soi si mornement sentie ! Quand notre corps nous boude et que nos nerfs, la nuit, Jettent sur […]

Auteur
Émile Verhaeren
Recueil
Les Débâcles

Mes Doigts

Mes doigts, touchez mon front et cherchez, là, Les vers qui rongeront, un jour, de leur morsure, Mes chairs ; touchez mon front, mes maigres doigts, voilà Que mes veines déjà, comme une meurtrissure Bleuâtre, étrangement, en font le tour, mes las Et pauvres doigts et que vos longs ongles malades Battent, sinistrement, sur mes […]

Auteur
Émile Verhaeren
Recueil
Les Débâcles

Pieusement

La nuit d’hiver élève au ciel son pur calice. Et je lève mon coeur aussi, mon coeur nocturne, Seigneur, mon cœur ! vers ton pâle infini vide, Et néanmoins je sais que tout est taciturne Et qu’il n’existe rien dont ce coeur meurt, avide ; Et je te sais mensonge et mes lèvres te prient […]

Auteur
Émile Verhaeren
Recueil
Les Débâcles

Si Morne !

Se replier toujours sur soi-même, si morne ! Comme un drap lourd, qu’aucun dessin de fleur n’adorne. Se replier, s’appesantir et se tasser Et se toujours, en angles noirs et mats, casser. Si morne ! et se toujours interdire l’envie De tailler en drapeaux l’étoffe de sa vie. Tapir entre les plis ses mauvaises fureurs […]

Auteur
Émile Verhaeren
Recueil
Les Débâcles

Le Glaive

Quelqu’un m’avait prédit, qui tenait une épéeEt qui riait de mon orgueil stérilisé :Tu seras nul, et pour ton âme inoccupéeL’avenir ne sera qu’un regret du passé.Ton corps, où s’est aigri le sang de purs ancêtres,Fragile et lourd, se cassera dans chaque effort;Tu seras le fiévreux ployé, sur les fenêtres,D’où l’on peut voir bondir la […]

Auteur
Émile Verhaeren
Recueil
Les Débâcles

Le Meurtre

En ces heures de vice et de crime rigides, Se rêve un meurtre ardent, que la nuit grandirait De son orgueil plafond d’ébène et clous algides Et de la toute horreur de sa noire forêt, Làbas, quand, parmi les ombres qui se menacent, Au clair acier des eaux, un glaive d’or surgit Vers les rages […]

Auteur
Émile Verhaeren
Recueil
Les Débâcles

La Couronne

Et je voudrais aussi ma couronne d’épines Et pour chaque pensée, une, rouge, à travers Le front, jusqu’au cerveau, jusqu’aux frêles racines où se tordent les maux et les rêves forgés En moi, par moi. Je la voudrais comme une rage, Comme un buisson d’ébène en feu, comme des crins D’éclairs et de flammes, peignés […]

Auteur
Émile Verhaeren
Recueil
Les Débâcles

Dialogue

Sois ton bourreau toi-même ; N’abandonne le soin de te martyriser A personne, jamais. Donne ton seul baiser Au désespoir ; déchaîne en toi l’âpre blasphème ; Force ton âme, éreinte-la contre l’écueil : Les maux du coeur qu’on exaspère, on les commande ; La vie, hélas ! ne se corrige ou ne s’amende Que […]

Auteur
Émile Verhaeren
Recueil
Les Débâcles

Éperdument

Bien que flasque et geignant et si pauvre ! si morne ! Si las! Redresse-toi, de toi-même vainqueur ; Lève ta volonté qui choit contre la borne Et sursaute, debout, rosse à terre, mon cœur ! Exaspère sinistrement ta toute exsangue Carcasse et pousse au vent, par des chemins rougis De sang, ta course ; […]

Auteur
Émile Verhaeren
Recueil
Les Débâcles

Fleur Fatale

L’absurdité grandit comme une fleur fatale Dans le terreau des sens, des coeurs et des cerveaux ; En vain tonnent, là-bas, les prodiges nouveaux ; Nous, nous restons croupir dans la raison natale. Je veux marcher vers la folie et ses soleils, Ses blancs soleils de lune au grand midi, bizarres, Et ses échos lointains, […]

Auteur
Émile Verhaeren
Recueil
Les Débâcles

Heures Mornes

Hélas, quel soir ! ce soir de maussade veillée. Je hais, je ne sais plus ; je veux, je ne sais pas ; Ah mon âme, vers un néant, s’en est allée, Vers un néant, très loin je ne sais où, là-bas ? Il bat des tas de glas au-dessus de ma tête, Le vent, […]

Auteur
Émile Verhaeren
Recueil
Les Débâcles

Conseil Absurde

Autant que moi malade et veule, as-tu goûté Quand ton être ployait sous les fièvres brandies, Quand tu mâchais l’orviétan des maladies, Le coupable conseil de l’inutilité ? Et doux soleil qui baise un oeil éteint d’aveugle ? Et fleur venue au tard décembral de l’hiver ? Et plume d’oiselet soufflée au vent de fer […]