Il Lui Disait : Vois-tu..

Il lui disait :  » Vois-tu, si tous deux nous pouvions, xxL’âme pleine de foi, le coeur plein de rayons, xxIvres de douce extase et de mélancolie, xxRompre les mille noeuds dont la ville nous lie ; xxSi nous pouvions quitter ce Paris triste et fou, xxNous fuirions ; nous irions quelque part, n’importe où, […]

Crépuscule Rustique

La profondeur du ciel occidental s’est teinte D’un jaune paille mûre et feuillage rouillé, Et, tant que la lueur claire n’est pas éteinte, Le regard qui se lève est tout émerveillé. Les nuances d’or clair semblent toutes nouvelles. Le champ céleste ondule et se creuse en sillons, Comme un chaume, où reluit le safran des […]

Le Fleuve

Depuis l’âge orageux des aurores premières Où tout un ciel pleuvait sur un monde naissant, Suivi d’un infini cortège de rivières, Au large, à plein chenal, en triomphe, il descend. Superbe, délivré des ténèbres sauvages Et des enchantements des noirs Esprits du mal, Il proclame aux nouveaux soleils de ses rivages, Son noble nom de […]

Nocturne

À Robert Caze. L’aboiement des chiens dans la nuit Fait songer les âmes qui pleurent, Qui frissonnent et qui se meurent, À bout de souffrance et d’ennui. Ils ne comprennent pas ce bruit, Ceux-là que les chagrins effleurent ! L’aboiement des chiens dans la nuit Fait songer les âmes qui pleurent. Mais, hélas ! quand […]

Les Fleurs

Oh ! de l’air ! des parfums ! des fleurs pour me nourrir ! Il semble que les fleurs alimentent ma vie ; Mais elles vont mourir…. Ah ! je leur porte envie : Mourir jeune, au soleil, Dieu ! que c’est bien mourir ! Pour éteindre une fleur il faut moins qu’un orage : […]

Le Soleil Est Toujours Riant

La vapeur des brouillards ne voile point les cieux ; Tous les matins un vent officieux En écarte toutes les nues : Ainsi nos jours ne sont jamais couverts ; Et, dans le plus fort des hivers, Nos campagnes sont revêtues De fleurs et d’arbres toujours verts.Les ruisseaux respectent leurs rives, Et leurs naïades fugitives Sans sortir de […]

L’odeur Du Fumier

Ah ! bon guieu, oui, l’ sacré cochon ! J’en prends pus avec mes narines Qu’avec les deux dents d’ mon fourchon Par oùsque l’ jus i’ dégouline, – I’ pu’ franch’ment, les villotiers ! Mais vous comprendrez ben eun’ chouse, C’est qu’ i’ peut pas senti’ la rouse ! C’est du feumier i’ sent l’ feumier !Pourtant, j’en laiss’ […]

La Cueillette Des Cerises

‘ Apollon, dieu sauveur, dieu des savants mystères, Dieu de la vie, et dieu des plantes salutaires, Dieu vainqueur de Python, dieu jeune et triomphant, Prends pitié de mon fils, de mon unique enfant ! Prends pitié de sa mère aux larmes condamnée, Qui ne vit que pour lui, qui meurt abandonnée, Qui n’a pas […]

L’arbre

Il voit les mêmes champs depuis cent et cent ans Et les mêmes labours et les mêmes semailles ; Les yeux aujourd’hui morts, les yeux Des aïeules et des aïeux Ont regardé, maille après maille, Se nouer son écorce et ses rudes rameaux. Il présidait tranquille et fort à leurs travaux ; Son pied velu leur ménageait […]

Le Fleuve

Fable XVII, Livre I. Un grand fleuve parcourt le monde : Tantôt lent, il serpente entre des prés fleuris, Les embellit et les féconde ; Tantôt rapide, il s’enfle, il se courrouce, il gronde, Roulant, précipitant au milieu des débris Son eau turbulente et profonde. À travers les cités, les guérets, les déserts, Il va, […]

Nocturne

À Madame Fernand Barthe. LA CÉTOINE-EMERAUDE. Quand la lune apparaît, silencieuse amie, Dans le cœur embaumé d’une rose endormie Je me blottis sans crainte et jusqu’au lendemain. LE CRIOCÈRE. Moi, c’est dans un grand lys à corolle d’ivoire Que, le soir, je commence à perdre la mémoire En repliant mes deux élytres de carmin. Et […]

Les Fleurs

Ô terre, vil monceau de boue Où germent d’épineuses fleurs, Rendons grâce à Dieu, qui secoue Sur ton sein ses fraîches couleurs ! Sans ces urnes où goutte à goutte Le ciel rend la force à nos pas, Tout serait désert, et la route Au ciel ne s’achèverait pas. Nous dirions : — À quoi […]

Nocturne

Que chantent les grillons et s’allument les phares ! Un esprit est venu sur le fleuve houleux Réapprendre à nos cœurs des mots miraculeux. N’incite plus, ô vent, les feuilles aux bagarres. Dans l’air est apparu l’ancien rêve d’amour, L’impérissable rêve au chaste et blanc contour. Grillons, chantez encore et que brillent les phares ! […]

Le Soir

Le soir charmant qui fait rêver toutes les choses Tombe dans les vallons du haut des Alpes roses. Le ciel, rouge au couchant, à l’orient est bleu. Comme les cordes d’or d’une lyre de feu, Les rayons du soleil oblique qui s’efface Semblent devant nos yeux frissonner dans l’espace, Et, sous des doigts cachés, conduire […]

La Ferme

Voici l’asile pur des champs : voici la ferme, Le potager étroit, le grand clos de pommiers, La cour vaste où les coqs grattent les bruns fumiers, L’aire, et le grain fécond où sommeille le germe. Voici la prison blanche où le farniente enferme Les pigeons, commensaux gourmands, jadis ramiers Tout près d’eux, et mêlés […]