Contre L’ingratitude Des Hommes

Dieux, que le songe fait de travaux ressentir !
J’ai cru voir en dormant un jardin plein de roses,
Qui n’étaient point si tôt apparemment écloses
Que mon oeil les voyait en soucis convertir.

J’ai cru voir deux soleils leurs rayons départir
Sur ces mêmes soucis, y faisant mêmes choses,
Car tous deux les faisaient dessécher au sortir,
Et reverdir après quelques petites poses.

Une voix, ce me semble, au profond des déserts,
Me disait : ‘ Ce jardin est l’objet que tu sers,
Ces roses sont le teint de ta belle Uranie,

Roses qui font produire et croître tes soucis,
Soucis qui de tes yeux tous les jours éclaircis
Dans leur même tombeau soudain prennent la vie. ‘

De Son Plaisir

En passant dans un petit bois
Où le coucou chantait
Où le coucou chantait
Dans son joli chant il disait
Coucou, coucou, coucou, coucou.
Et moi qui croyais qu’il disait
Cass’lui le cou, cass’lui le cou.
Et moi de m’en cour’ cour’ cour’
Et moi de m’en courir !

Ne Regreter Point Les Mors

Pluviôse, irrité contre la ville entière,
De son urne à grands flots verse un froid ténébreux
Aux pâles habitants du voisin cimetière
Et la mortalité sur les faubourgs brumeux.

Mon chat sur le carreau cherchant une litière
Agite sans repos son corps maigre et galeux ;
L’âme d’un vieux poète erre dans la gouttière
Avec la triste voix d’un fantôme frileux.

Le bourdon se lamente, et la bûche enfumée
Accompagne en fausset la pendule enrhumée,
Cependant qu’en un jeu plein de sales parfums,

Héritage fatal d’une vieille hydropique,
Le beau valet de coeur et la dame de pique
Causent sinistrement de leurs amours défunts.