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Auteur : Albert Mérat

Paganisme

Pour les rêveurs, la source a toujours sa naïade Songeuse avec son cou flexible et ses yeux verts. Avec sa lèvre humide, avec ses bras ouverts Au jeune athlète lier des poussières du stade. Les bois cachent encor la cynique pléiade Des vieux faunes cornus, malhabiles aux vers Et des…

Passe-port

Nez moyen. Œil très-noir. Vingt ans. Parisienne Les cheveux bien plantés sur un front un peu bas. Nom simple et très joli, que je ne dirai pas. Signe particulier : ta maîtresse, ou la mienne. Une grâce, charmante et tout à fait païenne ; L’allure d’un oiseau qui retient ses…

Paysage

A l’abri de l’hiver qui jetait vaguement Sa clameur, dans la chambre étroite et bien fermée Où mourait un bouquet fait de ta fleur aimée, Parmi les visions de l’étourdissement ; Pendant qu’avec la joie extrême d’un amant Je froissais d’un cœur las et d’une main pâmée L’étoffe frémissante et…

Pourquoi La Renier

Pourquoi la renier ? Je n’ai pas de colère. Ô mon amour dernier, Ô chose bleue et claire ! Pourquoi me souvenir Qu’elle me fût amère ? J’aime mieux retenir Par l’aile ma chimère. Le pardon est plus doux. Mon adieu se colore D’un regret sans courroux, D’avoir perdu l’aurore.

Prélude

C’est l’antique forêt aux mille enchantements. Le tilleul aux fleurs d’or embaume à pleins calices, Et la lune pensive, astre cher aux amants, Fait germer dans mon cœur d’ineffables délices, J’allais, et j’entendis, — poète las du jour, Sous le fiévreux éclat des étoiles complices, Le rossignol qui chante et…

Printemps Passé

Comme elle était si jeune et qu’elle était si blonde, Comme elle avait la peau si blanche et l’œil si noir, Je me laissai mener, docile, par l’espoir D’engourdir ma rancœur sur sa poitrine ronde. Son regard où dormait la volupté profonde M’attirait lentement ; et, sans m’apercevoir Que l’image…

Prologue

Le vieux maître excellent de l’école lombarde N’a certes pas créé ses tableaux d’un seul jet, Tant leur style absolu témoigne du projet De ne confier rien à la main qui hasarde. La Joconde n’est point parfaite par mégarde : Il achevait les yeux, la bouche, puis songeait, Chaque ligne…

Rêve

Quand on rêve, l’on est aimé si tendrement ! L’autre nuit, tu t’en vins avec mélancolie Appuyer sur mon cœur ton visage charmant. Tu ne me disais pas : Je t’aime à la folie. Tu ne me disais rien ; et, je ne sais comment, Tes regards me parlaient une…

Soir De Lune

L’azur du soir s’éteint rayé de bandes vertes. Comme hors de son lit un fleuve débordé, La lune se répand, et l’éther inondé Ruisselle, des coteaux aux plaines découvertes. Sous le voile muet de ces lueurs désertes, Nulle voix qui s’élève et nul pas attardé. Des bruits vivants du jour…