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Auteur : Alfred de Vigny

Les Oracles

DESTINÉE D’UN ROI I Ainsi je t’appelais au port et sur la terre, Fille de l’Océan, je te montrais mes bois. J’y roulais la maison errante et solitaire. — Des dogues révoltés j’entendais les abois. — Je voyais, au sommet des longues galeries — L’anonyme drapeau des vieilles Tuileries Déchiré…

Le Bal

La harpe tremble encore et la flûte soupire, Car la Walse bondit dans son sphérique empire ; Des couples passagers éblouissent les yeux, Volent entrelacés en cercle gracieux, Suspendent des repos balancés en mesure, Aux reflets d’une glace admirent leur parure, Repartent ; puis, troublés par leur groupe riant, Dans…

Le Cor

I J’aime le son du Cor, le soir, au fond des bois, Soit qu’il chante les pleurs de la biche aux abois, Ou l’adieu du chasseur que l’écho faible accueille, Et que le vent du nord porte de feuille en feuille. Que de fois, seul, dans l’ombre à minuit demeuré,…

Le Déluge

Serait-il dit que vous fassiez mourir le Juste avec le méchant ? Genèse. La Terre était riante et dans sa fleur première ; Le jour avait encor cette même lumière Qui du Ciel embelli couronna les hauteurs Quand Dieu la fit tomber de ses doigts créateurs. Rien n’avait dans sa…

Le Malheur

Suivi du Suicide impie, A travers les pâles cités, Le Malheur rôde, il nous épie, Prés de nos seuils épouvantés. Alors il demande sa proie ; La jeunesse, au sein de la joie, L’entend, soupire et se flétrit ; Comme au temps où la feuille tombe, Le vieillard descend dans…

Le Mont Des Oliviers

I Alors il était nuit et Jésus marchait seul, Vêtu de blanc ainsi qu’un mort de son linceul ; Les disciples dormaient au pied de la colline. Parmi les oliviers, qu’un vent sinistre incline, Jésus marche à grands pas en frissonnant comme eux ; Triste jusqu’à la mort ; l’œil…

Le Somnambule

À M. Soumet, auteur de Clytemnestre et de Saül. Voyez, en esprit, ces blessures : l’esprit, quand on dort, a des yeux, et quand on veille, il est aveugle. Eschyle.  » Déjà, mon jeune époux ? Quoi ! l’aube paraît-elle ? Non ; la lumière, au fond de l’albâtre, étincelle…

Le Trappiste

C’était une des nuits qui des feux de l’Espagne Par des froids bienfaisants consolent la campagne : L’ombre était transparente, et le lac argenté Brillait à l’horizon sous un voile enchanté ; Une lune immobile éclairait les vallées, Où des citronniers verte serpentent les allées ; Des milliers de soleil,…

Les Amants De Montmorency

Elévation I Etaient-ils malheureux, Esprits qui le savez ! Dans les trois derniers jours qu’ils s’étaient réservés ? Vous les vîtes partir tous deux, l’un jeune et grave, L’autre joyeuse et jeune. Insouciante esclave, Suspendue au bras droit de son rêveur amant, Comme à l’autel un vase attaché mollement, Balancée…

Les Destinées

C’était écrit ! Depuis le premier jour de la création, Les pieds lourds et puissants de chaque Destinée Pesaient sur chaque tête et sur toute action. Chaque front se courbait et traçait sa journée, Comme le front d’un bœuf creuse un sillon profond Sans dépasser la pierre où sa ligne…

Le Bain

Fragment d’un poème de Suzanne C’était près d’une source à l’onde pure et sombre, Le large sycomore y répandait son ombre. Là, Suzanne, cachée aux cieux déjà brûlants, Suspend sa rêverie et ses pas indolents, Sur une jeune enfant que son amour protège S’appuie, et sa voix douce appelle le…

L’esprit Parisien

Esprit parisien ! démon du Bas-Empire ! Vieux sophiste épuisé qui bois, toutes les nuits, Comme un vin dont l’ivresse engourdit tes ennuis, Les gloires du matin, la meilleure et la pire ; Froid niveleur, moulant, aussitôt qu’il expire, Le plâtre d’un grand homme ou bien d’un assassin, Leur mesurant…

L’esprit Pur

À Éva I Si l’Orgueil prend ton coeur quand le Peuple me nomme, Que de mes livres seuls te vienne ta fierté. J’ai mis sur le cimier doré du Gentilhomme Une plume de fer qui n’est pas sans beauté. J’ai fait illustre un nom qu’on m’a transmis sans gloire. Qu’il…

Lord Littleton

Poème inachevé 1847 Si vous me demandiez ce qu’il fut, je dirais Qu’il était pâle et grand, triste et blond, que ses traits N’étaient pas de ceux-là qui font que l’on s’écrie : Je ne croirai jamais qu’il danse ni qu’il rie. Au contraire, il avait un front calme et…