Devant La Grille Du Cimetière

… Et saistu que toimême aussi, nocturne reine,
Tu cesseras un jour de briller dans les cieux ?
Tu mourras comme doit mourir la race humaine,
Et l’ombre habitera les airs silencieux.

La Jeune Baigneuse

(extraits)

… Lors que ce chardon de Parnasse
Ce vain épouvantail de chasse
Ce Potpourri d’étranges moeurs,
Ce moine bourru des rimeurs,
Ce chaland de vieille tripière,
Ce faquin orné de rapière,
Cet esprit chaussé de travers,
Ce petit fagoteur de vers,
Vit sa pauvre muse chifflée
Et son espérance befflée
Après avoir été vingt ans
Un des plus parfaits sots du temps
Et sêtre vu, par son mérite
Fou de la reine Marguerite
Qui l’estimait, Dieu sait combien !
C’estàdire autant comme rien.
A la fin, saoul de chiquenaudes,
De taloches, de gringuenaudes
D’ardentes mouches sur l’orteil,
De camouflets dans le sommeil,
De pets en coque à la moustache,
De papiers qu’au dos on attache ;
D’enfler même pour les laquais,
De bernements, de sobriquets,
De coups d’épingle dans les fesses
Et de plusieurs autres caresses
Que dans le Louvre on lui faisait
Quand son diable l’y conduisait,
Il lui prit, quoi que tard, envie
D’aller ailleurs passer sa vie
Et, laissant Paris en ce lieu,
Lui dire pour jamais adieu.

… Son pourpoint, sous qui maint pou gronde,
Montrait les dents à tout le monde,
Non de fierté mais de douleur
De perdre et matière et couleur.
Il fut jadis d’un drap minime ;
Mais qu’estce que le temps ne lime
Le pauvre diable a fait son cours :
Autant puissent durer mes jours.
La moitié d’une peccadille
Sur qui sa crinière pendille
Affreuse et sentant le sabat,
Lui servait au lieu de rabat.
Des grègues d’un faux satin jaune,
D’un côté trop longues d’une aune
Et de l’autre à bouillon troussé,
Reliques d’un ballet dansé,
Qu’un galant coiffé d’une dame
Lui donna pour son anagramme
Avec un demiquart d’écu,
Enharnachaient son chien de cul.
Un rocquet de bourraccan rouge
Qui jamais de son dos ne bouge
L’affublait, quoiqu’il fût hiver
Et qu’il fût rongé de maint ver.

… Au moins, ô ma chère Sybile
N’aye la mémoire labile
Remembretoi de ton côté
De ton pauvre rimeur crotté
Et du mien j’aurai pour hôtesse
Dans le chef ma haute poétesse
Dont les écrits, comme mes vers,
Sont les torches de l’univers ;
Remembretoi des sérénades
Qu’en mes nocturnes promenades,
Accompagné d’un vielleur
Aveugle, afin que déceleur
De nos amours il ne pût être,
Discrétion qui reconnaître
Se doit bien, je t’ai si souvent
Donnée, à la pluie et au vent ;
Remémoretoi davantage
Que, quoi qu’en douzième étage
Tu te gîtes proche du ciel,
Et c’est pourquoi, mon tout, mon miel,
Cidevant, haute t’ai nommée,
Toutefois d’une âme charmée,
N’ai pas laissé grimpant en ours,
De te visiter tous les jours.

Croquis

D’où vient cela, belle, je vous supplie
Que plus à moi ne vous recommandez ?
Toujours serai de tristesse rempli
Jusques à tant qu’au vrai le me mandez.
Je crois que plus d’Ami ne demandez,
Ou mauvais bruit de moi on vous révèle,
Ou votre coeur a fait amour nouvelle.

Si vous laissez d’amour le train joli,
Votre beauté prisonnière rendez ;
Si pour autrui m’avez mis en oubli,
Dieu vous y doint le bien que y prétendez ;
Mais si de mal en rien m’appréhendez,
Je veux qu’autant que vous me semblez belle,
D’autant ou plus vous me soyez cruelle.