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Auteur : Aloysius Bertrand

Départ Pour Le Sabbat

Au pied de cet autel de structure grossière Gît sans pompe, enfermé dans une vile bière, Le plus savant mortel qui jamais ait écrit ; Arnauld, qui, sur la grâce instruit par JésusChrist, Combattant pour l’Eglise, a, dans l’Eglise même, Souffert plus d’un outrage et plus d’un anathème. Plein de…

À M. David, Statuaire

Non, Dieu, éclair qui flamboie dans le triangle symbolique, n’est point le chiffre tracé sur les lèvres de la sagesse humaine ! Non, l’amour, sentiment naïf et chaste qui se voile de pudeur et de fierté au sanctuaire du coeur, n’est point cette tendresse cavalière qui répand les larmes de…

Harlem

Les heurs crèvent comme une bombe ; A l’espoir notre jour qui tombe Se mêle avec le confiant. Pique aiguille ! assez piqué, piquant ! Les heurs crèvent comme une bombe. Icibas tout geint, casse ou pleure ; Rien de possible ne demeure A ce qui demeurait avant. Pique aiguille…

Jean Des Tilles

Las ! que me sert de voir ces belles plaines, Pleines de fruits, d’arbrisseaux et de fleurs ; De voir ces prés bigarrés de couleurs, Et l’argent vif des bruyantes fontaines ? C’est autant d’eau pour reverdir mes peines, D’huile à ma braise, à mes larmes d’humeurs, Ne voyant point…

La Salamandre

Vers son manoir de marbre, Qui domine les bois, L’évêque en fer et en orfroi, Le dimanche, s’en va, Moment d’éclair et d’or, parmi les lignes d’arbres. Le ruisseau mire sa monture Et son pennon de haut en bas, SI bien qu’il marche, en son voyage, Avec sa grande image…

La Tour De Nesle

La mer est grise, calme, immense, L’oeil vainement en fait le tour. Rien ne finit, rien ne commence Ce n’est ni la nuit, ni le jour. Point de lame à frange d’écume, Point d’étoiles au fond de l’air. Rien ne s’éteint, rien ne s’allume L’espace n’est ni noir, ni clair.…

L’alchimiste

Sur la Ville, dont les désirs flamboient, Règnent, sans qu’on les voie, Mais évidentes, les idées. On les rêve parmi les brumes, accoudées En des lointains, làhaut, près des soleils. Aubes rouges, midis fumeux, couchants vermeils, Dans le tumulte violent des heures, Elles demeurent. Et la première et la plus…

Le Clair De Lune

L’invisible lien, partout dans la nature, Va des sens à l’esprit et des âmes aux corps ; Le choeur universel veut de la créature Le soupir des vaincus ou l’insulte des forts. L’invisible lien va des êtres aux choses, Unissant à jamais ces ennemis mortels, Qui, dans l’anxiété de leurs…

Le Soir Sur L’eau

Nous sommes les proscrits ; nous habitons l’abîme ; Nous assistons dans l’ombre au vil bonheur d’un crime ; Nous regardons l’esprit vaincu par l’animal, Et l’infâme baiser de la fortune au mal ; Nous voyons des heureux qui sont des misérables ; Nous parlons entre nous des choses vénérables,…

Les Deux Anges

Pendant que vostre main docte, gentille et belle Va triant dextrement les odorantes fleurs Par ces prez esmaillez en cent et cent couleurs, Par le sacré labeur de la troupe immortelle : Gardez qu’Amour tapy sous la robe nouvelle De quelque belle fleur n’evente ses chaleurs, Et qu’au lieu de…

Ma Chaumière

C’est le moment crépusculaire. J’admire, assis sous un portail, Ce reste de jour dont s’éclaire La dernière heure du travail. Dans les terres, de nuit baignées, Je contemple, ému, les haillons D’un vieillard qui jette à poignées La moisson future aux sillons. Sa haute silhouette noire Domine les profonds labours.…

Ondine

C’est dans ce doux pays qu’a vécu Suétone ; Et de l’humble villa voisine de Tibur, Parmi la vigne, il reste encore un pan de mur, Un arceau ruiné que le pampre festonne. C’est là qu’il se plaisait à venir, chaque automne, Loin de Rome, aux rayons des derniers ciels…