Jeune Bacchante

A quoi donc rêves-tu, ma gentille bacchante,

Nonchalamment couchée à l’ombre de ce bois ?

Quel est le grand objet qui t’occupe ? Ah ! Je vois,

Tu lis la plus belle œuvre et la plus éloquente.

Un nid plein d’œufs mignons ! La trouvaille est piquante.

Ce livre merveilleux, que feuillettent tes doigts,

T’apprend que les oiseaux d’Amour suivent les lois ;

Tu tiens de leurs ardeurs la preuve convaincante.

Médite, j’y consens. Ces mystères sont doux.

Le nid qu’ils ont construit fait songer aux époux,

Puis les œufs font songer à la mère couveuse.

Et toi peut-être aussi tu couves dans ton sein,

Pour qu’il éclose un jour, quelque amoureux dessein,

Et c’est pourquoi ce nid te rend toute rêveuse.

Quand L’amour Arrive, Quand L’amour S’en Va

Regardez-les tous deux : c’est un couple d’amants

Qui, les mains dans les mains, causent sous la ramée :

Du pétulant jeune homme à la voix enflammée

La jeune fille émue écoute les serments.

Mais qu’ils sont loin déjà ces magiques moments !

Voici l’amant qui craint et fuit la bien-aimée,

Et sa rancune, hélas ! Résiste, envenimée,

Même aux douceurs qu’on trouve aux raccommodements.

En vain elle se risque à l’appeler du coude :

Il reste froid, morose, inexorable, il boude.

Regrettant ses aveux, ses baisers, ses cadeaux.

Ainsi le sombre ennui succède aux jours de fête.

L’amour vient, c’est charmant, on se tourne la tête ;

L’amour part, tout est dit, on se tourne le dos.

La Baigneuse Endormie Près D’une Source

Chut ! Avançons sans bruit, gardons de l’éveiller.

Nous pourrons contempler, sous le rideau des branches,

L’imprudente dormeuse, et ses épaules blanches,

Et ses bras arrondis lui servant d’oreiller.

Elle a cru sans péril pouvoir se dépouiller

De sa longue tunique aux onduleuses manches.

Car nul ne devait voir le satin de ses hanches,

Hormis le flot limpide, heureux de les mouiller.

Mais comment oses-tu, séduisante baigneuse,

Du danger à ce point te montrer dédaigneuse,

Dévoilant ton beau corps de la tête aux orteils ?

N’est-il plus de sylvain, d’aegipan, de satyre,

Qui rôde curieux et lascif, et qu’attire

L’appât d’un sein de neige aux deux boutons vermeils ?

Sur Une Petite Chienne

Moi qui suis partisan de la métempsychose,

Je soupçonne très fort que Coquette, autrefois,

Était une marquise à l’agaçant minois,

Et rien que son aspect confirmerait la chose.

Observez sa figure et son geste et sa pose,

De quel air grande dame on saute aux bons endroits,

Comme aux places d’honneur on sent qu’on a des droits,

Et comme on porte au cou son nœud de ruban rose !

Si l’on prônait jadis notre beau petit nez,

Notre œillade assassine et nos traits chiffonnés,

Et notre pied charmant, le plus mignon du globe,

Notre queue aujourd’hui n’est pas moins belle à voir,

Ou notre fine patte, ou notre museau noir,

Ou le long poil soyeux qui forme notre robe.

La Fille Du Doge

Si le doge est son père, ou si c’est quelque autre homme,

C’est ce dont, pour ma part, je m’inquiète peu.

Dès qu’elle a pris naissance, il n’importe en quel lieu,

Que ce soit à Venise, ou dans Naples, ou dans Rome.

Elle est belle, voilà l’intéressant, en somme.

Vivante, elle serait un chef-d’œuvre de Dieu,

Et chacun devant elle, empli d’un soudain feu,

Voudrait comme à Vénus lui décerner la pomme.

Certes, ce ne sont pas ses perles, ses joyaux,

Ses tissus de brocart, ses vêtement; royaux,

Qui frappent l’œil tandis qu’elle se déshabille ;

C’est son bras virginal, son corps d’un blanc de lait,

Son beau petit pied nu, son buste rondelet,

Sa grâce de naïve et douce jeune tille.

La Lune De Miel

En négligé galant, trônant dans son boudoir,

La nouvelle épousée (elle est au moins marquise),

Avec ses traits mutins et d’une grâce exquise,

Regarde le mari qui vaque à son devoir.

Aux pieds de son Omphale Hercule a dû s’asseoir.

Omphale exerce en plein l’autorité conquise,

Et l’Alcide à jabot qu’elle mène à sa guise,

Préparant fil, aiguille, atteste son pouvoir.

La rose est fraîche encore. Les désirs que fait naître

Ce corsage entr’ouvert où le regard pénètre

Rendent jusqu’à présent vos ordres absolus.

Mais le temps fuit, madame ; on n’est pas toujours belle.

Dans peu, sachez-le bien, votre esclave rebelle,

Même quand vous prieriez, ne travaillera plus.

La Mort De Cléopâtre

Sur la peau de lion, fauve et royal coussin,

Voyez agoniser la belle Cléopâtre.

Elle est là toute nue, et de ses bras d’albâtre

L’œil suit complaisamment le suave dessin.

Il effleure l’épaule et la hanche et le sein,

Qui s’offrent exhaussés comme sur un théâtre,

Et parcourt cette chair légèrement bleuâtre,

Où circule déjà le poison assassin.

Même dans un serpent, j’admire ce courage

D’avoir osé détruire un si parfait ouvrage.

Mais était-ce morsure, ou baiser trop ardent ?

Va, pauvre aspic, j’en crois mon cœur qui te disculpe.

Voyant de ce beau corps l’appétissante pulpe,

J’y mettrais bien la lèvre, et même un peu la dent.

La Mort D’un Enfant

Il est gisant sur le rivage

Le jeune arbuste à peine né,

Qui d’un destin plus fortuné

Semblait nous offrir le présage :

Hier il croissait couronné

D’un tendre et verdoyant feuillage :

Qui pouvait prévoir que l’orage,

Contre lui soudain déchaîné,

Aurait si tôt déraciné

Ce frêle ornement du bocage ?

Repose en paix, aimable enfant,

Qui, par un arrêt trop sévère,

Comme une étoile passagère,

N’es venu briller qu’un instant

Aux yeux attendris de ta mère,

Et qui, sensible et caressant

Durant ton séjour sur la terre,

Souriais même en approchant

De la longue nuit funéraire

Où t’a replongé le néant !

Hélas ! Nos cœurs, sans défiance,

Rêvaient déjà ton avenir,

Et se plaisaient à l’embellir

Des doux rayons de l’espérance :

Nous étions loin de pressentir

Cette inexorable sentence

Qui te condamnait à mourir

Dans le berceau de ta naissance.

Mais pourquoi plaindre ton destin ?

Ah ! Quand on a connu la vie,

On porte bien souvent envie

A qui n’a vécu qu’un matin.

Est-il un sort plus déplorable

Que de s’éteindre avec lenteur,

Et de voir le temps destructeur

Frapper d’un bras impitoyable

Tout ce qu’a chéri notre cœur ?

En nous éloignant du rivage,

Il nous faut chaque jour pleurer

Quelque compagnon de voyage

Dont la mort vient nous séparer.

Les sens eux-mêmes s’affaiblissent ;

Le corps cherche en vain sa vigueur ;

De l’âme tombée en langueur

Les facultés s’anéantissent ;

Les accès du cœur sont fermés,

Et, presque détaché de l’être,

On cesse enfin de reconnaître

Ceux que l’on a le plus aimés !

Telle est la fidèle peinture

De ce vieillard à son déclin,

Pour qui le temps et le chagrin

Ont désenchanté la nature.

Combien ton partage est heureux,

Enfant qui meurs à ton aurore,

Sans avoir pu connaître encore

Tant de supplices douloureux !

Ton âme, paisible, ingénue,

Conservant ses illusions,

N’a point senti ces passions

Dont le feu dévorant nous tue.

Des ennemis insidieux

N’ont point trompé ta confiance ;

Tu croyais voir la bienveillance

Sur tous les fronts, dans tous les yeux,

Et tu revoles vers les cieux

Avec ton heureuse ignorance :

Qu’on est plus digne de pitié

Lorsqu’une triste expérience

Vous a montré l’indifférence

Où l’on espérait l’amitié !

Ta course est bien vite accomplie :

Mais tu n’as connu ni remords,

Ni crainte, ni mélancolie ;

Tu n’as fait qu’effleurer les bords

Du calice amer de la vie.

En t’accordant de plus longs jours

Dans ce royaume de misère,

Le sort, qui ferme ta paupière,

T’aurait fait regretter le cours

De ta félicité première.

Peut-être n’est-il point cruel

En te privant de l’existence,

Quand tu n’as connu sous le ciel

Que le doux baiser maternel

Et le bonheur de l’innocence !

La Tentation

D’un doute périlleux ton cœur est combattu,

Je le vois, et, si Dieu ne te prête son aide,

Je crains qu’à l’ennemi ta faiblesse ne cède.

Des deux sentiers ouverts lequel choisiras-tu ?

Ton corps formé pour plaire est pauvrement vêtu.

Or, c’est double danger qu’être pauvre et point laide.

Le tentateur est là qui pour le vice plaide ;

Ton bon ange te dit : Préfère la vertu.

Voilà certes un sujet de réflexions graves.

La vertu, c’est un chou, des poireaux et des raves,

Bref, tous les éléments de l’humble pot-au-feu.

Le vice, c’est l’amour, les beaux fruits, les dentelles,

Les ramiers becquetant leurs tendres tourterelles :

Qui ne conçoit, hélas ! Qu’on délibère un peu ?

La Toilette D’atalante

Jeune et svelte Atalante aux beaux reins potelés,

De ton Pygmalion ta chair vivante est digne.

Lui seul a le secret de cette forme insigne,

Divinisant les corps par sa main modelés.

A son âme d’artiste ont été révélés

Les mystères profonds du galbe et de la ligne,

Et ces molles rondeurs que la femme et le cygne

Font voir dans leurs contours par les Grâces moulés.

Les païens, ennemis des voiles et des robes,

Ne pétrirent jamais plus moelleux demi-globes,

Ne tracèrent jamais plus purs linéaments.

Heureux qui donne ainsi, réalisant son rêve,

L’éternité du marbre à la beauté si brève,

Et rend visible aux yeux l’idéal des amants !

Le Bonheur De L’obscurité

Faux éclat des grandeurs pour lequel on soupire,

Opulentes cités, ambitieux palais,

Princes, et toi, Fortune, au perfide sourire,

J’ai trouvé loin de vous l’innocence et la paix.

Exilé de la cour, oublié de l’envie,

Dans le sein du silence et de l’oisiveté,

Sans désirs, sans douleurs, je vais couler ma vie,

Et mon plus cher trésor sera ma pauvreté.

Lieux qui m’avez vu naître, aimable solitude,

Au moment du retour que vos charmes sont doux !

Je pourrai donc enfin, libre d’inquiétude,

Goûter des plaisirs purs et simples comme vous.

Je reconnais les champs, le clocher, la colline,

Tous les premiers objets qui frappèrent mes yeux,

Et le chêne isolé dont la tête s’incline

Sur le modeste toit qu’habitaient mes aïeux.

Séjour du vrai bonheur, retraites pacifiques,

Accueillez aujourd’hui le nouveau villageois :

C’en est fait, je renonce aux lambris magnifiques

Pour le gazon des prés et l’ombrage des bois.

Qu’on vante les héros dont le fatal courage

S’ouvre un chemin sanglant vers l’immortalité ;

Refrains des vendangeurs, travaux du labourage,

Combien je vous préfère à leur célébrité !

Le vain bruit de la gloire et le faste des villes

N’ont pas encore trouble le calme de ces lieux ;

Les jours y sont sereins, les cœurs y sont tranquilles ;

En fuyant les pervers, j’ai trouvé les heureux.

Toi pour qui je respire, ô maîtresse adorée,

Le bocage t’appelle et s’embellit pour toi ;

Viens partager mes biens, ma chaumière ignorée ;

Viens vivre loin d’un monde où l’amour est sans foi.

Souvent, parmi les fleurs des riantes prairies,

Nous irons contempler le déclin d’un beau jour ;

Souvent, le cœur bercé de douces rêveries,

Nous irons parcourir les forêts d’alentour.

Ces berceaux odorants, ces dômes de feuillage,

Ennemis du soleil et versant la fraîcheur,

Les timides désirs que leur ombre encourage,

Tout ici nous promet un facile bonheur.

Nous pourrons savourer l’aspect de la nature,

Dans les bras l’un de l’autre et d’amour consumés ;

Ces lieux nous prêteront leurs rideaux de verdure,

Et leurs sièges de mousse, et leurs lits parfumés.

Promenant leur cristal en gracieux méandres,

Les limpides ruisseaux couleront près de nous ;

Je chanterai pour toi : mes vers, seront plus tendres,

Dictés par tes regards, écrits sur tes genoux !

Hélas ! Bientôt peut-être, abrégeant ma carrière,

L’inexorable mort viendra nous séparer ;

Les pavots du cercueil couvriront ma paupière ;

Je sentirai ma vie et ma flamme expirer.

A cette heure suprême, ô ma chère Zélie !

Tu seras près de moi pour calmer mes douleurs ;

Je presserai ta main de ma main affaiblie,

Et mon dernier regard verra couler tes pleurs.

Mes vœux seront remplis, si ton cœur me regrette,

Si celle que les dieux firent pour tout charmer

Vient rêver quelquefois sur la cendre muette

D’un mortel inconnu qui vécut pour t’aimer !

Le Bord De L’eau

Je te revois, île chérie,

Frais et voluptueux séjour,

Où l’ombrage, arrêtant les traits brûlants du jour,

Et formant sur ma tête une arcade fleurie,

Semble fait pour cacher les larcins de l’amour,

Et pour protéger tour à tour

Le sommeil et la rêverie !

Saule mélancolique, abaisse sur mes yeux

Ta longue et molle chevelure.

La pâleur de cette verdure,

Ces rameaux languissants, tristes, silencieux,

Rappellent à mon cœur l’aspect d’un malheureux

Pleurant sur quelque sépulture.

Arbre cher au poète, arbre ami du repos,

Fais-moi goûter encore ton ombre hospitalière ;

Fais pendre sur mon front tes festons inégaux,

Et qu’à travers ce voile une tendre lumière

Effleure doucement ma tranquille paupière,

Comme un songe léger versant l’oubli des maux !

Je dépose à tes pieds tout sentiment pénible.

Ici mon cœur, inaccessible

Aux soins de l’avenir, aux regrets du passé,

Par la molle indolence aimablement berce,

Laisse couler le temps dans sa fuite insensible.

Le ciel est pour moi plus serein

Dans cette heureuse solitude ;

Une profonde quiétude

Semble du haut des airs descendre dans mon sein ;

Elle y verse à longs flots l’oubli, l’indifférence

Des plaisirs mensongers et des chagrins réels.

Sur un lit de gazon, qu’entoure le silence,

Goûtant de ces beaux lieux les charmes naturels,

Je sommeille à demi, sans songer aux mortel,

Et nonchalant de l’existence.

Des flancs du, mont natal, en ruisseau descendu,

Pour se livrer ensuite à sa course incertaine,

Le fleuve devant moi lentement se promène,

Et dans la campagne épandu,

Roule ses belles eaux sur une blonde arène.

Qu’il charme les regards par sa limpidité !

Dans sa carrière spacieuse

Marchant avec tranquillité,

D’une nature gracieuse

II réfléchit les traits et la sérénité.

Au sein des prés fleuris je le vois qui serpente ;

Mais, quoiqu’il coule avec lenteur,

Il s’enfuit néanmoins, ainsi que le bonheur,

Par une irrésistible pente.

Avant d’arriver en ces lieux,

Dans ses détours capricieux,

Il baigne cent plaines fécondes ;

Puis vient presser cette île aux bords délicieux

De la ceinture de ses ondes.

Du flot qui cède au flot le sourd bruissement,

L’agréable fraîcheur de l’élément liquide,

Le calme de l’isolement,

Voilà les voluptés dont mon âme est avide.

Tantôt, le cœur ému par un charme secret,

Je prête une oreille pensive

A la voix de l’onde plaintive

Qui coule, coule et disparaît,

Et, dans sa marche fugitive,

Le long des roseaux de la rive

Semble soupirer de regret.

Tantôt, plein des accords de cette onde inspirante,

Je fixe dans des vers, sans travail enfantés,

Les vagues sentiments, les rêves enchantés,

Que son doux murmure alimente.

Quelquefois, d’un regard errant,

Je suis le spectacle mobile

De la lumière qui vacille

En reflets d’or sur le courant.

Cependant le soleil, quittant notre hémisphère,

Ne nous adresse plus que d’obliques rayons ;

Du lointain occident il gagne la barrière,

Et va darder ses feux à d’autres régions.

Sa vigilante sœur à l’instant le remplace :

L’astre qui préside au repos

Des plaines d’alentour éclaire la surface,

Et brille à plis d’argent sur la nappe des eaux.

Comme son char paisiblement voyage

Dans les espaces de la nuit !

Comme son regard s’introduit

Sous ces portiques de feuillage !

Comme son doux éclat reluit

Sur le flot inconstant qui berce son image !

Beaux lieux, réduits secrets, aux approches du soir,

Je reviendrai souvent contempler la nature ;

A l’ombre des rameaux tressés en voûte obscure,

Souvent je reviendrai m’asseoir.

Il est doux de céder à la mélancolie,

En laissant ses regards rêveusement flotter

Sur l’humide élément qu’on ne peut arrêter,

Et qui s’écoule avec la vie.

Le Déjeuner Champêtre

Wattier n’est pas Watteau : vous confondiez peut-être.

Doux ébats de Cythère à l’ombre des bosquets,

Convives attablés à de joyeux banquets,

Ou, sur l’herbe, faisant un déjeuner champêtre ;

Beautés à falbalas aimant à se repaître

Des propos doucereux de ces charmants muguets

Dont on croit sur la toile entendre les caquets,

Wattier rend tout cela non moins bien que le maître.

Quels jolis rubans noirs serrant des cous mignons !

Quels minois chiffonnés ! Quels ravissants chignons !

Que d’apartés galants sous les hautes charmilles,

Lorsque le pet-en-l’air et le vertugadin

Se laissent amorcer par le discours badin

De quelque Céladon, grand cajoleur de filles !

Le Génie Éteint Par La Volupté

Il était jeune, beau, d’un esprit vigoureux.

Cet homme qui s’énerve aux bras de la paresse,

Et dont la volupté, fatale enchanteresse,

A décharné la joue et fait l’œil terne et creux.

C’est elle qui, mêlant des philtres désastreux,

Le sein nu, jour et nuit, l’obsède, le caresse,

Et, des grossiers plaisirs lui prodiguant l’ivresse,

Met sur ses nobles traits ce teint cadavéreux.

Dans la coupe il a bu le corrosif breuvage.

Sa vieillesse hâtive en dit tout le ravage ;

Ses longs doigts amaigris frôlent son luth brise.

Poète, il a perdu son rayonnant empire,

Et la débauche pompe, implacable vampire,

Le reste tiède et lent de son sang épuisé.

Le Lever

Sous le rideau de pourpre et son reflet vermeil,

Du lit encourtiné tu délaisses la plume,

Car il est déjà tard et ta vitre s’allume

Aux rayons scintillants que darde le soleil.

Eh quoi ! Tu n’es pas même en ce simple appareil

Dont parle Jean Racine ! Est-ce donc la coutume

Qu’on fasse sa toilette en si léger costume

Et qu’on se mire nue au moment du réveil ?

Il est bizarre, au moins, conviens-en, jeune fille,

D’être sans voile ainsi jusques à la cheville.

C’est un habillement un peu décolleté.

Pour toi, tu vas peignant ta blonde chevelure,

Et c’est là ton souci. Que faut-il en conclure ?

Qu’apparemment on est au plus fort de l’été.