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Auteur : Anatole France

Vénus, Étoile Du Soir

La nuit vient nous ravir en ses puissants arcanes ; L’ombre avec des frissons envahit les platanes; De légères vapeurs montent des chemins creux. Les vieillards sont assis, et les voix alternées Sous le feuillage obscur se perdent égrenées. C’est l’heure où l’esprit rêve, heureux ou malheureux. Le crépuscule expire…

Théra

Cette outre en peau de chèvre, ô buveur, est gonflée De l’esprit éloquent des vignes que Théra, Se tordant sur les flots, noire, déchevelée, Étendit au puissant soleil qui les dora. Théra ne s’orne plus de myrtes ni d’yeuses, Ni de la verte absinthe agréable aux troupeaux. Depuis que, remplissant…

Sonnet

Elle a des yeux d’acier ; ses cheveux noirs et lourds Ont le lustre azuré des plumes d’hirondelle ; Blanche à force de nuit amassée autour d’elle, Elle erre sur les monts et dans les carrefours. Et nocturne, elle emporte à travers les cieux sourds, Dans le champ sépulcral où…

Marine

Sous les molles pâleurs qui voilaient en silence La falaise, la mer et le sable, dans l’anse Les embarcations se réveillaient déjà. Du gouffre oriental le soleil émergea Et couvrit l’Océan d’une nappe embrasée. La dune au loin sourit, ondoyante et rosée. On voyait des éclairs aux vitres des maisons.…

Les Sapins

On entend l’Océan heurter les promontoires; De lunaires clartés blêmissent le ravin Où l’homme perdu, seul, épars, se cherche en vain; Le vent du nord, sonnant dans les frondaisons noires. Sur les choses sans forme épand l’effroi divin. Paisibles habitants aux lentes destinées, Les grands sapins, pleins d’ombre et d’agrestes…

Les Légions De Varus

Auguste regardait pensif couler le Tibre ; Il songeait aux Germains : ce peuple pur et libre L’étonnait ; ces gens-là lui causaient quelque effroi : Ils avaient de grands cœurs et n’avaient pas de roi. César trouvait mauvais qu’ils pussent se permettre D’être fiers, et de vivre insolemment sans…

Les Choses De L’amour Ont De Profonds Secrets

Les choses de l’amour ont de profonds secrets. L’instinct primordial de l’antique Nature Qui mêlait les flancs nus dans le fond des forêts Trouble l’épouse encor sous sa riche ceinture; Et, savante en pudeur, attentive à nos lois. Elle garde le sang de l’Ève des grands bois.

Les Choses De L’amour

Les choses de l’amour ont de profonds secrets. L’instinct primordial de l’antique Nature Qui mêlait les flancs nus dans le fond des forêts Trouble l’épouse encor sous sa riche ceinture ; Et, savante en pudeur, attentive à nos lois. Elle garde le sang de l’Ève des grands bois.

Le Chêne Abandonné

Dans la tiède forêt que baigne un jour vermeil, Le grand chêne noueux, le père de la race, Penche sur le coteau sa rugueuse cuirasse Et, solitaire aïeul, se réchauffe au soleil. Du fumier de ses fils étouffés sous son ombre. Robuste, il a nourri ses siècles florissants. Fait bouillonner…

Les Cerfs

Aux vapeurs du matin, sous les fauves ramures Que le vent automnal emplit de longs murmures, Les rivaux, les deux cerfs luttent dans les halliers : Depuis l’heure du soir où leur fureur errante Les entraîna tous deux vers la biche odorante, Ils se frappent l’un l’autre à grands coups…

Les Arbres

Ô vous qui, dans la paix et la grâce fleuris, Animez et les champs et vos forêts natales. Enfants silencieux des races végétales. Beaux arbres, de rosée et de soleil nourris, La Volupté par qui toute race animée Est conçue et se dresse à la clarté du jour, La mère…

Les Affinités

Le noir château, couvert de chiffres et d’emblèmes Et ceint des froides fleurs dormant sur les eaux blêmes, En un doux ciel humide effile ses toits bleus. Dans le parc, où jadis on vit flotter des fées, Les Nymphes, par le lierre en leur marbre étouffées. Méditent longuement leurs amours…

Le Refus

Au fond de la chambre élégante Que parfuma son frôlement, Seule, immobile, elle dégante Ses longues mains, indolemment. Les globes chauds et mâts des lampes Qui luisent dans l’obscurité, Sur son front lisse et sur ses tempes Versent une douce clarté. Le torrent de sa chevelure, Où l’eau des diamants…

Le Mauvais Ouvrier

Maître Laurent Coster, cœur plein de poésie, Quitte les compagnons qui du matin au soir, Vignerons de l’esprit, font gémir le pressoir ; Et Coster va rêvant selon sa fantaisie. Car il aime d’amour le démon Aspasie. Sur son banc, à l’église, il va parfois s’asseoir, Et voit flotter dans…