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Auteur : André Lemoyne

Vol D’oiseaux

À David Sauvageot. I. Les cygnes migrateurs qui passent dans les airs, Pèlerins de haut vol, fiers de leurs ailes grandes, Sont tout surpris de voir tant d’espaces déserts : Des steppes, des marais, des grèves et des landes.  » C’est triste, pensent-ils… Ne croit-on pas rêver Quand, à perte…

Nuit Tombante

À Jules de Blanzay. Dans les eaux sans reflet d’une boueuse mare, Le froid soleil d’hiver, brusquement descendu, Comme un astre honteux de sa lumière avare. Sous un tas de roseaux frissonnants s’est perdu. Je reconnais encor, dans une vapeur grise, Un rang de peupliers qui se profile en noir.…

Paix Aux Morts

Vous qui dormiez en paix dans le sein de la terre, Au vaste champ des morts, heureux d’être oubliés, On fouille vos cercueils dans leur profond mystère : Les secrets de vos cœurs vont être publiés. Aux siècles finissants grouille une race impie D’ignorants vaniteux, de plats écrivailleurs Dont le…

Pastorale

À Henri Boutet. Deux grands bœufs vendéens à robe jaune pâle, Traînant un lourd charroi d’arbres mal équarris, Que mène un fier garçon tout bronzé par le haie Et les soleils marins, sont entrés dans Paris. Ces deux bons ruminants, si loin de leurs charrues, Venus de Sainte-Hermine et La…

Paysage De Nuit

À Jules Berge. C’est un dimanche soir. — Un large clair de lune Étale son argent sur la grève et la dune. La mer baisse… On entend comme un orgue lointain Dans la rumeur du flot qui jamais ne s’éteint. Sous le rayonnement de cette nuit paisible L’œil perçoit jusqu’aux…

Paysage Normand

À Ernest Chesneau. J’aime à suivre le bord des petites rivières Qui cheminent sans bruit dans les bas-fonds herbeux. À leur fil d’argent clair viennent boire les bœufs, Et tournoyer le vol des jaunes lavandières. J’en sais qui passent loin des grands fleuves bourbeux, Diaphanes miroirs des plantes printanières, Et…

Printemps

À Adolphe Magu. Les amoureux ne vont pas loin : On perd du temps aux longs voyages. Les bords de l’Yvette ou du Loing Pour eux ont de frais paysages. Ils marchent à pas cadencés Dont le cœur règle l’harmonie, Et vont l’un à l’autre enlacés En suivant leur route…

Promenade

Lace tes brodequins, ma belle, et partons vite. Noue en un seul bouquet tes cheveux châtain-clair. Nous irons par les bois. — Le ciel bleu nous invite. C’est déjà le printemps qu’on respire dans l’air. Nous prendrons, si tu veux, ce petit chemin jaune Qui, sous les bouleaux blancs, court…

Propos Aériens

À madame Ernest Courbet. LE PAPILLON. Où t’endors-tu, le soir, pauvre petite abeille, Butineuse des fleurs, qui t’en vas picorant Dès la pointe du jour, quand l’aube se réveille, Jusqu’au dernier rayon du soleil expirant ? L’ABEILLE. Sans trop hâter mon vol, c’est à moins d’un quart d’heure Dans le…

Retour

À Alex de Bertha. L’absent qu’on n’osait plus attendre est revenu. Sans bruit il a poussé la porte. Son chien, aveugle et sourd, au flair l’a reconnu, Et par la grande cour l’escorte. L’enfant blond d’autrefois est un homme aujourd’hui. Par delà l’Equateur sa trentaine est sonnée, Et voilà bien…

Rêve D’oiseau

À Mademoiselle Bertbe Wells. Sous les fleurs d’églantier nouvellement écloses, Près d’un nid embaumé dans le parfum des roses, Quand la forêt dormait immobile et sans bruit, Le rossignol avait chanté toute la nuit. Quand les bois s’éclairaient au réveil de l’aurore, Le fortuné chanteur vocalisait encore. Sous les grands…

Sara La Chanteuse

À Gustave Droz. La petite Sara, la brune guitariste, Qui se recueille au bruit de sa robe en marchant, Possède une vois d’or dans un gosier d’artiste Et m’accepte parfois comme écuyer tranchant. Elle aime le rosbif dans les fleurs du vieux Sèvres, Les verres de Bohême au timbre musical.…

Soirée D’hiver

À Édouard Leconte. Au coucher du soleil, toute la forêt semble Dans le recueillement : touffes de chênes roux, Petits genévriers, maigres buissons de houx, N’ont pas dans la lumière une feuille qui tremble. On n’entend qu’un oiseau, travailleur attardé, Dans le canton lointain des châtaigniers antiques ; On écoute…

Sous Les Hêtres

À Francis Blin. Las du rail continu, du sifflet des machines, Conduit par mes deux pieds, comme un simple marcheur, J’aime à vivre en plein bois dans l’herbe des ravines, Enveloppé d’oubli, de calme et de fraîcheur. Là jamais aucun bruit des wagons ni des cloches ; Pas même l’Angélus…

Symphonie Équestre

À Henri Chantavoine. Au printemps de la jeune et belle Antiquité, Quand le maître des Dieux laissait le jour éclore, Aux bords de l’Orient, d’où jaillit la Clarté, Les chevaux d’Apollon hennissaient à l’Aurore. Si Pindare a chanté le noble et haut renom De ceux qui triomphaient aux joutes olympiques,…