Comme Un Navire En Mer Au Fort De La Tourmente

Déjà, venant hérissonné
L’hiver, de froid environné,
S’en va la plaisante verdure
De l’été, qui si peu nous dure ;
Déjà les arbres tout honteux
Il dépouille de leurs cheveux,
Et dans la forêt effeuillée
Court mainte feuille éparpillée ;
Et déjà Zéphyre mollet,
Le mignard et doux ventelet,
Craignant la fureur de Borée,
S’en est allé ; Vénus dorée
Et de nos chants la volupté
Ont avecque lui tout quitté :
Et le suivent en autres places
Phoebus, les Muses et les Grâces,
Et, les oisillons sautelants
Avecque lui s’en vont volants.
Nous aussi donc troussons bagage,
Quittons la douceur du bocage,
Attendant que le printemps doux
Ici les ramènera tous,
Avec le gracieux Zéphyre
Qui de Borée ne craindra l’ire.
Allons, Phyllis, mignonne, allons,
Quittons désormais ces vallons,
Allons aux villes mieux garnies
Passer l’hiver aux compagnies.
Cependant adieu je vous dis,
Jardin, l’un de mes paradis.
Adieu, fontaine, adieu, rivages,
Adieu, de nos bois les ombrages ;
Adieu, Fresnaie, ore qui m’es
Plus chère que ne fut jamais
A roi sa maison sourcilleuse,
D’architecture merveilleuse.
Je m’en vais, mais je laisse en toi
Mon coeur, meilleure part de moi.

D’un Accordant Discord S’entrechoquent En Moi

Grande bête dorée, Amour couleur de femme
Les bras ouverts, debout au milieu du chemin
Que faitesvous de moi dans cette blanche flamme ?
Soutiendraisje longtemps son éclat inhumain ?

Laissez donc ma sagesse étendre un peu ses ailes,
Passer ce bel oiseau sur mes livres déserts ;
Laissez aller mon chant à des amis fidèles
Et battre ce coeur dur quand je forme un beau vers.

Je retrouve partout votre force pliante
Vos longues mains, partout vos mains toutespuissantes,
Ces délices sur moi sans que j’ouvre les yeux

Hélas ! et ce plaisir où le corps se dénoue,
Comme un soldat fuyard s’empêtre dans la boue
Tombe parmi les morts et se perd avec eux.