À Trianon

Un bien petit de près me venez prendre,
Pour vous payer : et si devez entendre
Que je n’eus onc Anglais de votre taille.
Car à tous coups vous criez : ‘ baille, baille ‘,
Et n’ai de quoi contre vous me défendre.

Sur moi ne faut telle rigueur étendre,
Car de pécune un peu ma bourse est tendre,
Et toutefois j’en ai, vaille que vaille,
Un bien petit.

Mais à vous voir (ou l’on me puisse pendre)
Il semble avis qu’on ne vous veuille rendre
Ce qu’on vous doit : beau sire, ne vous chaille.
Quand je serai plus garni de cliquaille,
Vous en aurez : mais il vous faut attendre
Un bien petit.

C’est Un Oiseau Du Bois Sauvage

Combien que ton Magny ait la plume si bonne,
Si prendraisje avec lui de tes vertus le soin,
Sachant que Dieu, qui n’a de nos présents besoin,
Demande les présents de plus d’une personne.

Je dirais ton beau nom, qui de luimême sonne
Ton bruit parmi la France, en Itale, et plus loin :
Et dirais que Henri est luimême témoin
Combien un Avanson avance sa couronne.

Je dirais ta bonté, ta justice et ta foi,
Et mille autres vertus qui reluisent en toi,
Dignes qu’un seul Ronsard les sacre à la Mémoire :

Mais sentant le souci qui me presse le dos,
Indigne je me sens de toucher à ton los.
Sachant que Dieu ne veut qu’on profane sa gloire.

Charme-du-jour

Daphné se vit en laurier convertie
Quand Phébus fut par elle contesté,
Pour un exemple à la postérité
De ne se rendre à l’amour ennemie.

Une Atalante autrement fut punie
Qui n’en usait avec honnêteté ;
Aussi Narcisse aimant trop sa beauté
Dans la fontaine a terminé sa vie.

Pour voir mon coeur de ses maux allégé,
Je voudrais être en Narcisse changé,
Et que fussiez fontaine devenue,

Ou moi fontaine et vous Narcisse, afin
De vous baiser la gorge et le tétin,
Et qu’en vos bras ma fin fût advenue.