La Curée

(Extraits)

Les Nymphes gardiennes des eaux
Rendent par mille jeux nouveaux
Nos grottes plus délicieuses,
Et l’on voit rejaillir des canaux réjouis
Leurs eaux ambitieuses
De rendre leurs devoirs à ce jeune Louis.

Au départ de leur lit natal
Leurs longues chutes de cristal
Forment les chiffres de leurs maîtres,
Les Naïades du lieu conduisant leur emploi
Les façonnent en lettres
Qui font voir les beaux noms du Dauphin et du Roi.

Des bouches des tuyaux ouverts
S’élancent des jets d’eau divers
Qu’elles cachaient dedans leurs veines,
Et par de vrais portraits de ces noms glorieux
Ces belles écrivaines
Enchantent les esprits aussi bien que les yeux.

Un savant et subtil hasard
Gouverné par l’esprit de l’art
Fait des miracles de peinture,
Il écrit avec l’eau dessus le front de l’air
Et forme une écriture
Qui demeure toujours et ne fait que couler.

Merveille de voir un nom d’eau
Peint sur un liquide tableau
D’un caractère inépuisable,
Dont l’humide portrait se formant de son cours
Par un trait agréable
Se ruine à toute heure en se faisant toujours.

Voir un lys que cet élément
Fait et défait chaque moment
Sans le ravir à l’oeil qui l’aime,
Un miracle de l’art que sa matière fuit
Sans sortit de luimême,
Et le fuyant sans cesse incessamment le suit. […]

La Cuve

Le jour passé de ta douce présence
Fut un serein en hiver ténébreux,
Qui fait prouver la nuit de ton absence
A l’oeil de l’âme être un temps plus ombreux,
Que n’est au Corps ce mien vivre encombreux,
Qui maintenant me fait de soi refus.

Car dès le point, que partie tu fus,
Comme le Lièvre accroupi en son gîte,
Je tends l’oreille, oyant un bruit confus,
Tout éperdu aux ténèbres d’Egypte.

L’idole

Qui veut voir icibas un Astre reluisant,
Et s’égayer au joug d’une douce misère,
Voye mon beau Phénix, la réserve plus chère
Qu’eut de mille ans le Ciel, qu’il nous offre à présent.

Ce sacré saint oiseau, ce Phénix tout plaisant
Qui par sa grand douceur adoucirait Mégère,
Qui souplement volant, d’une voix présagère,
M’annonce le malheur qui me va séduisant,

Devin, hélas, prédit tout clair ma mort prochaine.
Mais le Ciel qui se rit de ma cruelle peine
Ne veut que je le crois et le tient en ce fond.

Donc puisqu’il plaît aux Dieux ainsi finir ma vie,
Mon âme sans le croire ainsi toujours le nie,
Chacun voye mon feu, plus qu’à Troye fécond.