Epitaphe D’un Enfant

J’ay fait des vers toute ma vie
Et j’ay toute ma vie aimé ;
Ma pauvre veine en est tarie,
Et mon coeur en est consumé.

J’estois glorieux de te suivre,
Pere du sçavoir et du jour,
Et croiois aussi que l’Amour
Me feroit heureusement vivre.

Maintenant près de mes vieux ans
J’ay mille repentirs cuisans
De n’avoir pris un meilleur maistre :

Phoebus et l’Amour m’ont trahy,
Mes vers, vous le faites connestre
Combien tous les deux m’ont hay.

La Chute Des Feuilles

Ruminant au logis tout un passé funèbre
Où des ferments aigris de haine et de remord
Joignaient leur goût de fiel à des saveurs de mort,
J’entrais dans cette horreur où l’esprit s’enténèbre.

Quel qu’il fût, l’être humain, rien qu’avec sa présence
M’évoquant tant de mal que j’ai souffert par lui,
M’aurait envenimé. Contre un si noir ennui
Ma révolte grinçait de son insuffisance.

A la fin, je m’enfuis, je courus les vallées :
La paix de la lumière et de l’ombre mêlées
Noyait troupeau, feuillage, aux creux, sur les penchants ;

Et, guéri comme par un magique dictame,
Je compris, ce jourlà, que le calme des champs
Ramène à leur néant les chimères de l’âme.

Les J’ai Vu

Il aimait à la voir, avec ses jupes blanches,
Courir tout au travers du feuillage et des branches,
Gauche et pleine de grâce, alors qu’elle cachait
Sa jambe, si la robe aux buissons s’accrochait.