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Auteur : Charles Vildrac

La Grange

A Georges Chennevière Quand tu étais étendu sur le dos, Dans l’immense grange, Au pied des piliers à peine équarris Comme sous des arbres. A la lueur des falots tu voyais Jaillir jusqu’au faîte Le branchage beau et plein de raison Des vieilles charpentes. Les deux pans du toit s’unissaient…

Trève

Blanc matin de décembre où rêve Un peu la grâce printanière. Ces loques lourdes d’eau s’élèvent Aux longs élans d’un vent attiédi. Le coeur transi se gonfle aussi. Le grand voile du ciel voyage Et les gouttes fines et rares Qu’il abandonne dans sa hâte Sont agréables à mon front.…

Souvenirs

A Georges Pioch Souvenirs, ô souvenirs Le présent pèse sur vous Comme l’eau sur des jardins Submergés depuis trois ans ! La guerre sur vous s’augmente Et ajoute à votre foule D’autres souvenirs noyés. Je voudrais m’en aller seul Sur un haut plateau ; Je ne verrais que le ciel,…

Retour De La Guerre

 » Qu’en dis-lu, voyageur des pays et des gares ?  » Paul Verlaine. I Toi qui rêvais d’accorder dans ta voix L’allégresse d’aimer Et ce sanglot voilé, toujours fidèle, Appel de l’infini dans l’ombre de la joie, Ce beau sanglot du coeur avide et débordé Devant notre impuissance, hélas, à tout étreindre.…

Relève

A notre place On a posé Des soldats frais Pour amorcer La mort d’en face. Il a fallu toute la nuit pour s’évader. Toute la nuit et ses ténèbres Pour traverser, suant, glacé, Le bois martyr et son bourbier Cinglé d’obus. Toute la nuit à se tapir, A s’élancer éperdument,…

Printemps De Guerre

J’étais boueux et las Et le soir dans les bois M’étreignait la poitrine. Je m’étais étendu Sur un sombre tapis D’herbes froides et lisses. Un papillon d’argent Errait dans l’air inerte Avant d’aller mourir. Des troncs d’arbres gisaient Sciés depuis l’hiver ; Mais il surgissait d’eux Des pousses condamnées, De…

Montblainville

A Léon Bazalgette Maison, maison de Montblainville, Abri d’une nuit frissonnante Entre les coups de feu du soir et ceux de l’aube ! Tes habitants étaient partis Mais la vie en toi persistait Comme la forme et la chaleur D’un corps au creux d’un lit. Contre ton âtre ranimé Je…

Mobilisation

La guérite, lourd cercueil Ouvert debout, à la pluie ; Le portillon de la grille Qu’on ne franchit pas sans frémir, Qu’il vous livre ou qu’il vous délivre ; Le poste de police et son bat-flanc : Sommeil de forçats, traqué par la lampe ; Tourment du concierge à cartouchières;…

La Petite Maison

Sur le versant de la montagne, A mi-hauteur, on aperçoit Une petite maison toute seule. D’ici, elle semble accrochée A un pan de muraille nue, Et le soir, on voit sa lumière Agoniser sous le poids de la nuit. – Ah ! comment peut-on vivre là ? T’exclames-tu en frissonnant.…

Avec L’herbe

A Berthold Mahn Ah ! que je vous regarde avec des yeux fervents, Arbres grandis ici et là sans contrainte, Mes frères qu’on n’a pas comptés et mis en rangs Et qui mêlez doucement vos bras et vos têtes ! Que je ne te force pas à tomber avant l’heure,…

Intermède

Pendant que j’étais chez la fruitière Il est entré une petite fille, Un litre couché dans son bras Et des sous pressés dans sa main : — Trois sous de sel et un litre de bière. Sa bouchette aux lèvres froncées Avait grand sérieux et pensait : Dépêchons-nous ! Que…

Europe

Arbre mutilé, maintenant sois libre ! Ils avaient empoigné tes branches Pour les cingler et les briser ensemble Par le calcul et la rigueur de leurs pesées ; Ils les maintenaient en branle éperdu, Ils les tourmentaient de durs élans captifs, Ils se disputaient tes fruits et tes feuilles Et…

Elle Était Venue

Elle était venue sur les marches tièdes Et s’était assise. Sa tête gentille était inclinée Un peu de côté ; Ses mains réunies étaient endormies Au creux de la jupe ; Et elle croisait ses jambes devant elle, L’un des pieds menus pointant vers le ciel. Il dut le frôler,…