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Auteur : Emile Nelligan

Pan Moderne

Autrefois, quand l’essaim fougueux des premiers rêves Sortait en tourbillons de mon coeur transporté ; Quand je restais couché sur le sable des grèves, La face vers le ciel et vers la liberté ; Quand, chargé du parfum des hautes solitudes, Le vent frais de la nuit passait dans l’air…

Paysage Fauve

Les arbres comme autant de vieillards rachitiques, Flanqués vers l’horizon sur les escarpements, Ainsi que des damnés sous le fouet des tourments, Tordent de désespoir leurs torses fantastiques. C’est l’Hiver ; c’est la Mort ; sur les neiges arctiques, Vers le bûcher qui flambe aux lointains campements, Les chasseurs vont…

Placet

Reine, acquiescez-vous qu’une boucle déferle Des lames des cheveux aux lames du ciseau, Pour que j’y puisse humer un peu de chant d’oiseau, Un peu de soir d’amour né de vos yeux de perle ? Au bosquet de mon cœur, en des trilles de merle, Votre âme a fait chanter sa…

Potiche

C’est un vase d’Égypte à riche ciselure, Où sont peints des sphinx bleus et des lions ambrés : De profil on y voit, souple, les reins cambrés, Une immobile Isis tordant sa chevelure. Flambantes, des nefs d’or se glissent sans voilure Sur une eau d’argent plane aux tons de ciel…

Pour Ignace Paderewski

Maître, quand j’entendis, de par tes doigts magiques, Vibrer ce grand Nocturne, à des bruits d’or pareil ; Quand j’entendis, en un sonore et pur éveil, Monter sa voix, parfum des astrales musiques ; Je crus que, revivant ses rythmes séraphiques Sous l’éclat merveilleux de quelque bleu soleil, En toi,…

Premier Remords

Au temps où je portais des habits de velours Eparses sur mon col roulaient mes boucles brunes. J’avais de grands yeux purs comme le clair des lunes ; Dès l’aube je partais, sac au dos, les pas lourds. Mais en route aussitôt je tramais des détours, Et, narguant les pions…

Presque Berger

Les Brises ont brui comme des litanies Et la flûte s’exile en molles aphonies. Les grands bœufs sont rentrés. Ils meuglent dans l’étable Et la soupe qui fume a réjoui la table. Fais ta prière, ô Pan ! Allons au lit, mioche, Que les bras travailleurs se calment de la…

Prières Du Soir

Lorsque tout bruit était muet dans la maison, Et que mes sœurs dormaient dans les poses lassées Aux fauteuils anciens d’aïeules trépassées, Et que rien ne troublait le tacite frisson, Ma mère descendait à pas doux de sa chambre ; Et, s’asseyant devant le clavier noir et blanc, Ses doigts…

Rêve D’artiste

Parfois j’ai le désir d’une sœur bonne et tendre, D’une sœur angélique au sourire discret : Sœur qui m’enseignera doucement le secret De prier comme il faut, d’espérer et d’attendre. J’ai ce désir très pur d’une sœur éternelle, D’une sœur d’amitié dans le règne de l’Art, Qui me saura veillant…

Rêve De Watteau

Quand les pastours, aux soirs des crépuscules roux Menant leurs grands boucs noirs au râles d’or des flûtes, Vers le hameau natal, de par delà les buttes, S’en revenaient, le long des champs piqués de houx ; Bohêmes écoliers, âme vierges de luttes, Pleines de blanc naguère et de jours…

Rêves Enclos

Enfermons-nous mélancoliques Dans le frisson tiède des chambres, Où les pots de fleurs des septembres Parfument comme des reliques. Tes cheveux rappellent les ambres Du chef des vierges catholiques Aux vieux tableaux des basiliques, Sur les ors charnels de tes membres. Ton clair rire d’émail éclate Sur le vif écrin…

Rondel À Ma Pipe

Les pieds sur les chenets de fer Devant un bock, ma bonne pipe, Selon notre amical principe Rêvons à deux, ce soir d’hiver. Puisque le ciel me prend en grippe (N’ai-je pourtant assez souffert ?) les pieds sur les chenets, ma pipe. Preste, la mort que j’anticipe Va me tirer…

Roses D’octobre

Pour ne pas voir choir les roses d’automne, Cloître ton cœur mort en mon cœur tué. Vers des soirs souffrants mon deuil s’est rué, Parallèlement au mois monotone. Le carmin tardif et joyeux détonne Sur le bois dolent de roux ponctué Pour ne pas voir choir les roses d’automne, Cloître…

Ruines

Quelquefois je suis plein de grandes voix anciennes, Et je revis un peu l’enfance en la villa ; Je me retrouve encore avec ce qui fut là Quand le soir nous jetait de l’or par les persiennes. Et dans mon âme alors soudain je vois groupées Mes sœurs à cheveux…