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Auteur : Émile Verhaeren

S’il Était Vrai

S’il était vrai Qu’une fleur des jardins ou qu’un arbre des prés Pût conserver quelque mémoire Des amants d’autrefois qui les ont admirés Dans leur fraîcheur ou dans leur gloire Notre amour s’en viendrait En cette heure du long regret Confier à la rose ou dresser dans le chêne Sa…

Silencieusement

En un plein jour, larmé de lampes, Qui brûlent en l’honneur De tout l’inexprimé du coeur, Le silence, par un chemin de rampes, Descend vers ma rancoeur. Il circule très lentement Par ma chambre d’esseulement ; Je vis tranquillement en lui ; Il me frôle de l’ombre de sa robe…

Soir D’automne

Des nuages, couleur de marbre, Volent, à travers le ciel fou ;   » Eh ! la lune, garde à vous !   » L’espace meugle et se déchire. Sous l’écorce par les fentes On écoute pleurer et rire Les arbres.   » Eh ! la lune, garde à vous !   » Votre…

Soir Religieux

I Près du fleuve roulant vers l’horizon ses ors Et ses pourpres et ses vagues entre-frappées, S’ouvre et rayonne, ainsi qu’un grand faisceau d’épées, L’abside ardente avec ses sveltes contreforts. La nef allume auprès ses merveilleux décors : Ses murailles de fer et de granit drapées, Ses verrières d’émaux et…

Sonnet

Par les pays des soirs, au nord de ma tristesse, Mous d’automne, le vent se pleure en de la pluie Et m’angoisse soudain d’une nuée enfuie, Avec un geste au loin d’âpre scélératesse. Est-ce la mort qu’annoncerait la prophétesse, Au fond de ce grand ciel d’octobre où je m’ennuie –…

Sur La Côte

Un vent rude soufflait par les azurs cendrés, Quand du côté de l’aube, ouverte à l’avalanche, L’horizon s’ébranla dans une charge blanche Et dans un galop fou de nuages cabrés. Le jour entier, jour clair, jour sans pluie et sans brume, Les crins sautants, les flancs dorés, la croupe en…

Sur La Mer

Larges voiles au vent, ainsi que des louanges, La proue ardente et fière et les haubans vermeils, Le haut navire apparaissait, comme un archange Vibrant d’ailes qui marcherait, dans le soleil. La neige et l’or étincelaient sur sa carène ; Il étonnait le jour naissant, quand il glissait Sur le…

Sur Les Grèves

Sur ces plages de sel amer Et d’âpre immensité marine, Je déguste, par les narines, L’odeur d’iode de la mer. Quels échanges de forces nues S’entrecroisent et s’insinuent, Avec des heurts, avec des bonds, A cette heure de vie énorme, Où tout s’étreint et se transforme Les vents, les cieux,…

Un Matin

Dès le matin, par mes grand’routes coutumières Qui traversent champs et vergers, Je suis parti clair et léger, Le corps enveloppé de vent et de lumière. Je vais, je ne sais où. Je vais, je suis heureux ; C’est fête et joie en ma poitrine ; Que m’importent droits et…