Impiétés

Nocturne

Douce lune des fleurs, j’ai perdu ma couronne !
Je ne sais quel orage a passé sur ces bords.
Des chants de l’espérance il éteint les accords,
Et dans la nuit qui m’environne,
Douce lune des fleurs, j’ai perdu ma couronne.

Jettemoi tes présents, lune mystérieuse,
De mon front qui pâlit ranime les couleurs ;
J’ai perdu ma couronne et j’ai trouvé des pleurs ;
Loin de la foule curieuse,
Jettemoi tes présents, lune mystérieuse.

Entrouvre d’un rayon les noires violettes,
Douces comme les yeux du séduisant amour.
Tes humides baisers hâteront leur retour.
Pour cacher mes larmes muettes,
Entrouvre d’un rayon les noires violettes !

Je Disais : Quand Viendra La Reine Que J’attends

Tout se mêle en un vif éclat de gaieté verte
O le beau soir de mai ! Tous les oiseaux en choeur,
Ainsi que les espoirs naguère à mon coeur,
Modulent leur prélude à ma croisée ouverte.

O le beau soir de mai ! le joyeux soir de mai !
Un orgue au loin éclate en froides mélopées;
Et les rayons, ainsi que de pourpres épées,
Percent le coeur du jour qui se meurt parfumé.

Je suis gai! je suis gai ! Dans le cristal qui chante,
Verse, verse le vin ! verse encore et toujours,
Que je puisse oublier la tristesse des jours,
Dans le dédain que j’ai de la foule méchante !

Je suis gai ! je suis gai ! Vive le vin et l’Art !…
J’ai le rêve de faire aussi des vers célèbres,
Des vers qui gémiront les musiques funèbres
Des vents d’automne au loin passant dans le brouillard.

C’est le règne du rire amer et de la rage
De se savoir poète et objet du mépris,
De se savoir un coeur et de n’être compris
Que par le clair de lune et les grands soirs d’orage !

Femmes ! je bois à vous qui riez du chemin
Ou l’Idéal m’appelle en ouvrant ses bras roses;
Je bois à vous surtout, hommes aux fronts moroses
Qui dédaignez ma vie et repoussez ma main !

Pendant que tout l’azur s’étoile dans la gloire,
Et qu’un rythme s’entonne au renouveau doré,
Sur le jour expirant je n’ai donc pas pleuré,
Moi qui marche à tâtons dans ma jeunesse noire !

Je suis gai ! je suis gai ! Vive le soir de mai !
Je suis follement gai, sans être pourtant ivre !…
Seraitce que je suis enfin heureux de vivre;
Enfin mon coeur estil guéri d’avoir aimé ?

Les cloches ont chanté; le vent du soir odore…
Et pendant que le vin ruisselle à joyeux flots,
Je suis gai, si gai, dans mon rire sonore,
Oh ! si gai, que j’ai peur d’éclater en sanglots !

La Dame En Deuil

La lune sous la nue errait en mornes flammes,
Et la tour de Komor, du Jarle de Kemper,
Droite et ferme, montait dans l’écume des lames.

Sous le fouet redoublé des rafales d’hiver
La tour du vieux Komor dressait sa masse haute,
Telle qu’un cormoran qui regarde la mer.

Un grondement immense enveloppait la côte.
Sur les flots palpitaient, blêmes, de toutes parts,
Les âmes des noyés qui moururent en faute.

Et la grêle tintait contre les noirs remparts,
Et le vent secouait la herse aux lourdes chaÎnes,
Et tordait les grands houx sur les talus épars.

Dans les fourrés craquaient les rameaux morts des chênes,
Tandis que par instants un maigre carnassier
Hurlait lugubrement sur les dunes prochaines.

Or, au feu d’une torche en un flambeau grossier,
Le Jarle, dans sa tour vieille que la mer ronge,
Marchait, les bras croisés sur sa cotte d’acier.

Muet, sourd au fracas qui roule et se prolonge,
Comprimant de ses poings la rage de son coeur,
Le Jarle s’agitait comme en un mauvais songe.

C’était un haut vieillard, sombre et plein de vigueur.
Sur sa joue aux poils gris, lourde, une larme vive
De l’angoisse soufferte accusait la rigueur.

Au fond, contre le mur, tel qu’une ombre pensive,
Un grand Christ. Une cloche auprès. Sur un bloc bas
Une épée au pommeau de fer, nue et massive.

Ce moine, dit Komor, n’en finiratil pas ?
Il ploya, ce disant, les genoux sur la dalle,
Devant le crucifix de chêne, et pria bas.

On entendit sonner le bruit d’une sandale :
Un homme à robe brune écarta lentement
L’épais rideau de cuir qui fermait cette salle.

Jarle ! j’ai fait selon votre commandement,
Après celui de Dieu, dit le moine. À cette heure,
Ne souillez pas vos mains, Jarle ! soyez clément.

Sire moine, il suffit. Sors. Il faut qu’elle meure,
Celle qui, méprisant le saint noeud qui nous joint,
Fit entrer lâchement la honte en ma demeure.

Mais la main d’un vil serf ne la touchera point.
Et le moine sortit ; et Komor, sur la cloche,
Comme d’un lourd marteau, frappa deux fois du poing.

Le tintement sinistre alla, de proche en proche,
Se perdre aux bas arceaux où les ancêtres morts
Dormaient, les bras en croix, sans peur et sans reproche.

Puis tout se tut. Le vent faisait rage au dehors ;
Et la mer, soulevant ses lames furibondes,
Ébranlait l’escalier crevassé de ses bords.

Une femme, à pas lents, très belle, aux tresses blondes,
De blanc vêtue, aux yeux calmes, tristes et doux,
Entra, se détachant des ténèbres profondes.

Elle vit, sans trembler ni fléchir les genoux,
Le crucifix, le bloc, le fer hors de la gaîne,
Et, muette, se tint devant le vieil époux.

Lui, plus pâle, frémit, plein d’amour et de haine,
L’enveloppa longtemps d’un regard sans merci,
Puis dit d’une voix sourde : Il faut mourir, Tiphaine.

Sire Jarle, que Dieu vous garde ! Me voici.
J’ai supplié Jésus, NotreDame et sainte Anne :
Désormais je suis prête. Or, n’ayez nul souci.

Tiphaine, indigne enfant des braves chefs de Vanne,
Opprobre de ta race et honte de Komor,
Conjure le Sauveur, afin qu’il ne te damne ;

J’ai souffert très longtemps : je puis attendre encor.
Le Jarle recula dans l’angle du mur sombre,
Et Tiphaine pria sous ses longs cheveux d’or.

Et sur le bloc l’épée étincelait dans l’ombre,
Et la torche épandait sa sanglante clarté,
Et la nuit déroulait toujours ses bruits sans nombre.

Tiphaine s’oublia dans un rêve enchanté…
Elle ceignit son front de roses en guirlande,
Comme aux jours de sa joie et de sa pureté.

Elle erra, respirant ton frais arome, ô lande !
Elle revint suspendre, ô Vierge, à ton autel,
Le voile aux fleurs d’argent et son âme en offrande.

Et voici qu’elle aima d’un amour immortel.
Saintes heures de foi, d’espérance céleste,
Elle vit dans son coeur se rouvrir votre ciel !

Puis un brusque nuage, une union funeste :
Le grave et vieil époux au lieu du jeune amant…
De l’aurore divine, hélas ! rien qui lui reste !

Le retour de celui qu’elle aimait ardemment,
Les combats, les remords, la passion plus forte,
La chute irréparable et son enivrement…

Jésus ! tout est fini maintenant ; mais qu’importe !
Le sang du fier jeune homme a coulé sous le fer,
Et Komor peut frapper : Tiphaine est déjà morte.

Femme, te repenstu ? C’est le ciel ou l’enfer.
De ton sang résigné laverastu ton crime ?
Je ne veux pas tuer ton âme avec ta chair.

Frappe. Je l’aime encor : ta haine est légitime.
Certes, je l’aimerai dans mon éternité !
Dieu m’ait en sa merci ! Pour toi, prends ta victime.

Meurs donc dans ta traîtrise et ton impureté !
Dit Komor, avançant d’un pas grave vers elle ;
Car Dieu va te juger selon son équité.

Tiphaine souleva de son épaule frêle
Ses beaux cheveux dorés et posa pour mourir
Sur le funèbre bloc sa tête pâle et belle.

On eût pu voir alors flamboyer et courir
Avec un sifflement l’épée à large lame,
Et du col convulsif le sang tiède jaillir.

Tiphaine tomba froide, ayant rendu son âme.
Cela fait, le vieux Jarle, entre ses bras sanglants,
Prit le corps et la tête aux yeux hagards, sans flamme.

Il monta sur la tour, et, dans les flots hurlants,
Précipita d’en haut la dépouille livide
De celle qui voulut trahir ses cheveux blancs.

Morne, il la regarda tournoyer par le vide…
Puis la tête et le corps entrèrent à la fois
Dans la nuit furieuse et dans le gouffre avide.

Alors le Jarle fit un long signe de croix ;
Et, comme un insensé, poussant un cri sauvage
Que le vent emporta par delà les grands bois,

Debout sur les créneaux balayés par l’orage,
Les bras tendus au ciel, il sauta dans la mer
Qui ne rejeta point ses os sur le rivage.

Tels finirent Tiphaine et Komor de Kemper.

L’âme Mièvre

Venise

Nos marbres, pierres de tombeaux,
Sont funèbres ou prosaïques.
Les marbres roses ne sont beaux
Que près de l’or des mosaïques.

Le ciel levant vient se poser
Sur leurs finesses d’aquarelles :
On dirait qu’il donne un baiser
À des gorges de tourterelles.

En des accords blonds et tremblants
Résumant la douceur des choses,
Le sang divin des marbres roses
Vit aux veines des marbres blancs

Du côté que s’en vient la mer,
Une mer fine et délicate,
Ils tendent vers l’espace amer
Leur radieuse clarté mate.

Ils ont des voix et des regards ;
Et, lorsque monte la marée,
Ils cherchent si les étendards
Ne flottent pas vers la Morée.

L’étoile Du Berger

Que dirastu ce soir, pauvre âme solitaire,
Que dirastu, mon coeur, coeur autrefois flétri,
A la trèsbelle, à la trèsbonne, à la trèschère,
Dont le regard divin t’a soudain refleuri ?

Nous mettrons notre orgueil à chanter ses louanges :
Rien ne vaut la douceur de son autorité ;
Sa chair spirituelle a le parfum des Anges,
Et son oeil nous revêt d’un habit de clarté.

Que ce soit dans la nuit et dans la solitude,
Que ce soit dans la rue et dans la multitude,
Son fantôme dans l’air danse comme un flambeau.

Parfois il parle et dit : ‘ Je suis belle, et j’ordonne
Que pour l’amour de moi vous n’aimiez que le Beau ;
Je suis l’Ange gardien, la Muse et la Madone. ‘

Lueurs

Ronsard, j’ai vu l’orgueil des colosses antiques,
Les théâtres en rond ouverts de tous côtés,
Les colonnes, les arcs, les hauts temples voûtés,
Et les sommets pointus des carrés obélisques.

J’ai vu des empereurs les grands thermes publiques,
J’ai vu leurs monuments que le temps a domptés,
J’ai vu leurs beaux palais que l’herbe a surmontés,
Et des vieux murs romains les poudreuses reliques.

Bref, j’ai vu tout cela que Rome a de nouveau,
De rare, d’excellent, de superbe et de beau :
Mais je n’y ai point vu encore si grand chose

Que cette Marguerite, où semble que les cieux,
Pour effacer l’honneur de tous les siècles vieux,
De leurs plus beaux présents ont l’excellence enclose.

Conseil Du Soir

La tristesse des lieux sourit, l’heure est exquise.
Le couchant s’est chargé des dernières couleurs,
Et devant les tombeaux, que l’ombre idéalise,
Un grand souffle mourant soulève encor les fleurs.

Salut, vallon sacré, notre terre promise !…
Les chemins sous les ifs, que peuplent les pâleurs
Des marbres, sont muets ; dans le fond, une église
Monte son dôme sombre au milieu des rougeurs.

La lumière audessus plane longtemps vermeille…
Sa bêche sur l’épaule, entre les arbres noirs,
Le fossoyeur repasse, il voit la croix qui veille,

Et de loin, comme il fait sans doute tous les soirs,
Cet homme la salue avec un geste immense…
Un chant très doux d’oiseau vole dans le silence.

Dimanches Parisiens

Quand le pâtre a fini son chant joyeux ou triste,
Dans l’air ému souvent le son persiste,
Et plane une dernière fois.
Puis, bientôt le silence,
Cet hymne sans voix,
Recommence
Au bois.

Le feu mystérieux que le caillou recèle
Au choc du fer jaillit en étincelle ;
Mais ce n’est qu’un rapide éclair
Qu’un moment voit éclore :
Le jet vif et clair
S’évapore
Dans l’air.

Le navire qui fend la mer avec sa proue
Creuse un sillon où la vague se joue
Et parfois un instant reluit.
Puis, tout s’éteint ; sa trace
Se perd dans la nuit,
Et s’efface
Sans bruit.

Effet De Soir

Hier, la nuit d’été, qui nous prêtait ses voiles,
Etait digne de toi, tant elle avait d’étoiles !
Tant son calme était frais ! tant son souffle était doux !
Tant elle éteignait bien ses rumeurs apaisées !
Tant elle répandait d’amoureuses rosées
Sur les fleurs et sur nous !

Moi, j’étais devant toi, plein de joie et de flamme,
Car tu me regardais avec toute ton âme !
J’admirais la beauté dont ton front se revêt.
Et sans même qu’un mot révélât ta pensée,
La tendre rêverie en ton coeur commencée
Dans mon coeur s’achevait !

Et je bénissais Dieu, dont la grâce infinie
Sur la nuit et sur toi jeta tant d’harmonie,
Qui, pour me rendre calme et pour me rendre heureux,
Vous fit, la nuit et toi, si belles et si pures,
Si pleines de rayons, de parfums, de murmures,
Si douces toutes deux !

Oh oui, bénissons Dieu dans notre foi profonde !
C’est lui qui fit ton âme et qui créa le monde !
Lui qui charme mon coeur ! lui qui ravit mes yeux !
C’est lui que je retrouve au fond de tout mystère !
C’est lui qui fait briller ton regard sur la terre
Comme l’étoile aux cieux !

C’est Dieu qui mit l’amour au bout de toute chose,
L’amour en qui tout vit, l’amour sur qui tout pose !
C’est Dieu qui fait la nuit plus belle que le jour.
C’est Dieu qui sur ton corps, ma jeune souveraine,
A versé la beauté, comme une coupe pleine,
Et dans mon coeur l’amour !

Laissetoi donc aimer ! Oh ! l’amour, c’est la vie.
C’est tout ce qu’on regrette et tout ce qu’on envie
Quand on voit sa jeunesse au couchant décliner.
Sans lui rien n’est complet, sans lui rien ne rayonne.
La beauté c’est le front, l’amour c’est la couronne :
Laissetoi couronner !

Ce qui remplit une âme, hélas ! tu peux m’en croire,
Ce n’est pas un peu d’or, ni même un peu de gloire,
Poussière que l’orgueil rapporte des combats,
Ni l’ambition folle, occupée aux chimères,
Qui ronge tristement les écorces amères
Des choses d’icibas ;

Non, il lui faut, voistu, l’hymen de deux pensées,
Les soupirs étouffés, les mains longtemps pressées,
Le baiser, parfum pur, enivrante liqueur,
Et tout ce qu’un regard dans un regard peut lire,
Et toutes les chansons de cette douce lyre
Qu’on appelle le coeur !

Il n’est rien sous le ciel qui n’ait sa loi secrète,
Son lieu cher et choisi, son abri, sa retraite,
Où mille instincts profonds nous fixent nuit et jour ;
Le pêcheur a la barque où l’espoir l’accompagne,
Les cygnes ont le lac, les aigles la montagne,
Les âmes ont l’amour !

21 mai 1833

À Celle Qui Aima Le Cloître

Tu parlais du jardin où les roses claustrales
Pour les bouquets d’autel fleurissaient doucement,
Des nonnes dans l’enclos lumineux et dormant
Cueillant des fruits au son des cloches vespérales ;

Et moi je te voyais en un calme couvent
T’asseoir, rigide et blanche, aux stalles des chapelles
Et lever vers le ciel tes mains froides et belles
Et fermer ta fenêtre au printemps décevant.

Je te vois puérile et chaste, et je devine
A ton sourire tes extases d’autrefois.
Les cantiques anciens résonnent dans ta voix,
Tu gardes dans tes yeux un peu d’ombre divine.

N’estce pas que làbas, en de mystiques soirs,
Comme moi tu songeas à des choses célestes ?
Pour toujours maintenant, ô sombre soeur, tu restes
Celle qui mit des lys aux arcs des reposoirs.

Et peutêtre souvent ta tête appesantie
S’endort sur mon épaule en regrettant le ciel,
Et mes lèvres d’amant n’ont pas assez de miel
Pour vaincre la saveur de la première hostie.

Tous les deux, nous avons trop longtemps contemplé
Les nuages en fuite et les roses du cloître,
Notre puissant amour pourra durer et croître,
Notre coeur restera divinement troublé.

Peutêtre expionsnous l’ivresse merveilleuse
D’avoir rêvé jadis à des pays meilleurs ?
Nous sommes les amants tristes parmi les fleurs
Et même le bonheur ne te fait pas joyeuse.

Acte De Contrition

Adieu la cour, adieu les dames,
Adieu les filles et les femmes,
Adieu vous dis pour quelques temps,
Adieu vos plaisants passetemps ;
Adieu le bal, adieu la danse,
Adieu mesure, adieu cadence,
Tambourin, haubois et violons,
Puisqu’à la guerre nous allons.
Adieu les regards gracieux,
Messagers des coeurs soucieux ;
Adieu les profondes pensées,
Satisfaites ou offensées ;
Adieu les harmonieux sons
De rondeaux, dizains et chansons ;
Adieu piteux département,
Adieu regrets, adieu tourment,
Adieu la lettre, adieu le page,
Adieu la cour et l’équipage,
Adieu l’amitié si loyale,
Qu’on la pourrait dire royale,
Etant gardée en ferme foi
Par ferme coeur digne de roi.
Adieu ma mie la dernière,
En vertus et beauté première ;
Je vous prie me rendre à présent
Le coeur dont je vous fis présent,
Pour, en la guerre où il faut être,
En faire service à mon maître.
Or quand de vous se souviendra,
L’aiguillon d’honneur l’époindra
Aux armes et vertueux faits :
Et s’il en sortait quelque effet
Digne d’une louange entière,
Vous en seriez seule héritière.
De votre coeur donc se souvienne,
Car si dieu veut que je revienne,
Je le rendrai en ce beau lieu.

Or je fais fin à mon adieu.

Clair De Lune Mystique

De la rue on entend sa plaintive chanson.
Pâle et rousse, le teint plein de taches de son,
Elle coud, de profil, assise à sa fenêtre.
Très sage et sachant bien qu’elle est laide peutêtre,
Elle a son dé d’argent pour unique bijou.
Sa chambre est nue, avec des meubles d’acajou.
Elle gagne deux francs, fait de la lingerie
Et jette un sou quand vient l’orgue de Barbarie.
Tous les voisins lui font leur bonjour le plus gai
Qui leur vaut son petit sourire fatigué.