À Hacques Pelletier, Poète Venu En Languedoc

Vu que tu es en ce pays venu,
Gentil esprit, grandement je m’étonne,
Que l’olivier qui ces champs environne
N’ait pas le son de tes vers retenu.
Comme le luth en la Thrace connu,
Tira les rocs : si ta muse résonne,
Elle ravit la région qui tonne,
Et le grand faix par Atlas soutenu.
Je tenais hier ton livre entre mes mains,
0ù sont les arts plus ornés, mis et peints,
Mais vers le soir Phébus, qui l’aime lire,
Le m’emprunta, pour accorder les Muses
Et les doux chants où parfois tu t’amuses
Avec le son de la céleste lyre.

De Chéril

Très doux zéphyr qui caresses les fleurs,
Viens modérer les trop vives chaleurs
Que je souffre en mon coeur pour le Dieu qui t’anime :
La douceur de sa paix en ta fraîcheur s’exprime.

Non, Dieu n’est point dans un orage affreux
Qui brise un roc et le cèdre orgueilleux ;
Sans troubler son amour s’insinue en notre âme,
Et sans la travailler, la parfume et l’enflamme.

Dismoi, zéphyr, d’où vient ton mouvement ?
D’où vient l’odeur qui te rend si charmant ?
Tu parfumes les champs sans connaître ta course ;
Et moi, de mes douceurs, je ne vois point la source.

Va du Seigneur poursuivre les desseins,
Vent des amours, n’emporte que des saints
Et fais sentir partout où ton souffle repose
Que les charmes parfaits, c’est Dieu seul qui les cause.

De La Vraie Sagesse

Nous disons que nous sommes saiges
Et que les femmes sont fragiles ;
Mais Dieu qui connoist nos couraiges
Nous voyt de vertus fort debiles,
Et en tous vices bien abiles
Et nous peuvent femmes reprendre
Mieulx que ne les sarions apprendre.

Les femmes sont moult a priser
Plus que les hommes sans doubtance :
Sans vouloir nully mespriser,
Et pour en donner cognoissance,
En nous apert trop d’inconstance,
Et ne sont nos vertus egales
A leurs sept vertus cardinales.

Premier parlons d’humilité :
Contre le grand peché d’orgueil
Elles ont doulceur et pité
En maintien, en cueur et en oeuil,
Et devant chascun dire veuil
Qu’en elles n’est jamais fierté
Que pour garder leur chasteté.

Contre le péché d’avarice
Nous fault parler de leur largesse ;
Pour rebouter ce maulvais vice
Elles font souvent dire messe,
Et donnent aulmosnes sans cesse
Et chandelles et offerende,
Voyre sans ce qu’on leur demande.

Elles ont l’art et la science
A l’encontre du peché d’ire,
Pour prendre tout en pacience,
Leurs maulx, leurs mechiefs, leur martyre
Qu’est plus grant qu’on ne saroit dire :
Tout est pourté paciemment,
Dont je m’esbahis bien comment.

Amour et toute charité
Contre les faulx pechés d’envies
Elles ont en grant loyauté,
Plaines de toutes courtoisies ;
Et si sont de chescung amies,
En gardant toute honnesteté
Plus que nous sans desloyaulté.

Contre le péché de paresse
Bien peu de femmes sont oiseuses,
Mais sont diligentes sans cesse,
De tout bien faire curieuses,
Et de toutes vertus soigneuses,
Ayant vertu de diligence
Contre vice de negligence.

Contre vice de gloutonnie
Femmes sont pleines de sobresse,
D’abstinance et de junerie
Dont fort fait a louer leur sesse*,
Car peu ou nulle n’est yvresse :
Yvres ne sont comme nous sommes,
Mais que ne desplaise a nous hommes.

Contre le péché de luxure
Chasteté est d’elles gardee
Avecq honneur qui tousjours dure,
Loyer et bonne renommee,
Soit josne fille ou mariée
Pour une trouvee aux bordeaux,
Homme y vont a grans tropeaulx.

Les aeuvres de misericorde
Par elles sont paracomplies,
Amant paix, amour et concorde,
De grant devotion garnies,
Sans laisser vespres ne complies,
Oraisons, n’oublier leurs Heures,
Mais les dient a toutes heures.

Elles ne jurent ne renient,
Ne bourdent comme nous bourdons,
Souvent ou toujours le voir** dient,
Sans mentir comme nous mentons ;
Plus de vertus que nous n’avons
Et mains*** de vices que nous, hommes,
Je m’en raporte aux bons preudhommes.

(*) sexe
(**) la vérité
(***) moins

De Oluire, Médecin, Et Cacus, Ancien Voleur

Minuit au vieux beffroi : l’ombre dort, et la lune
Se joue en l’aile noire et morne dont la nuit,
Sombre corbeau, nous voile. Au ciel l’étoile fuit.
Mille voix du plaisir voltigent à moi : l’une

M’apporte ris, baisers, chants de délire : suit
Une fanfare où Strauss fait tournoyer la brune
Au pied leste, au sein nu, que sa jupe importune.
Tes masques ! carnaval ! tes grelots ! joyeux bruit !

Et moi, je dors d’un oeil, et je vous dis, Marie,
Qu’en son vase embaumé votre fleur est ravie
D’éclore sous vos mains, et tressaille au bonheur

De vivre et se faner un soir sur votre coeur !
Ah ! d’une aurore au soir dût s’envoler ma vie
Comme un rêve, fleurette, oui, ton sort, je l’envie !