L’infidélité

Tableau VIII.

Un bosquet, une jeune femme ;
À ses genoux un séducteur
Qui jure une éternelle flamme,
Et qu’elle écoute sans rigueur ;
C’est Valsin. Dans le même asile
Justine, crédule et tranquille,
Venait rêver a son amant :
Elle entre : que le peintre habile
Rende ce triple étonnement.

Ma Mort

De mes pensers confidente chérie,
Toi, dont les chants faciles et flatteurs
Viennent parfois suspendre les douleurs
Dont les Amours ont parsemé ma vie,
Lyre fidèle, où mes doigts paresseux
Trouvent sans art des sons mélodieux,
Prends aujourd’hui ta voix la plus touchante,
Et parle-moi de ma maîtresse absente.

Objet chéri, pourvu que dans tes bras
De mes accords j’amuse ton oreille,
Et qu’animé par le jus de la treille,
En les chantant, je baise tes appas ;
Si tes regards, dans un tendre délire,
Sur ton ami tombent languissamment ;
À mes accents si tu daignes sourire ;
Si tu fais plus, et si mon humble lyre
Sur tes genoux repose mollement ;
Qu’importe à moi le reste de la terre ?
Des beaux esprits qu’importe la rumeur,
Et du public la sentence sévère ?
Je suis amant, et ne suis point auteur.
Je ne veux point d’une gloire pénible ;
Trop de clarté fait peur au doux plaisir.
Je ne suis rien, et ma muse paisible
Brave en riant son siècle et l’avenir.
Je n’irai pas sacrifier ma vie
Au fol espoir de vivre après ma mort.
Ô ma maîtresse ! un jour l’arrêt du sort
Viendra fermer ma paupière affaiblie.
Lorsque tes bras, entourant ton ami,
Soulageront sa tête languissante,
Et que ses yeux soulevés à demi
Seront remplis d’une flamme mourante ;
Lorsque mes doigts tâcheront d’essuyer
Tes yeux fixés sur ma paisible couche,
Et que mon cœur, s’échappant sur ma bouche
De tes baisers recevra le dernier ;
Je ne veux point qu’une pompe indiscrète
Vienne trahir ma douce obscurité,
Ni qu’un airain à grand bruit agité
Annonce à tous le convoi qui s’apprête.
Dans mon asile, heureux et méconnu,
Indifférent au reste de la terre,
De mes plaisirs je lui fais un mystère :
Je veux mourir comme j’aurai vécu.

Ma Retraite

Solitude heureuse et champêtre,
Séjour du repos le plus doux,
La raison me ramène à vous ;
Recevez enfin votre maître.
Je suis libre ; j’échappe à ces soins fatigants,
À ces devoirs jaloux qui surchargent la vie.
Aux tyranniques lois d’un monde que j’oublie
Je ne soumettrai plus mes goûts indépendants.
Superbes orangers, qui croissez sans culture,
Versez sur moi vos fleurs, votre ombre et vos parfums ;
Mais surtout dérobez aux regards importuns
Mes plaisirs, comme vous enfants de la nature.
On ne voit point chez moi ces superbes tapis
Que la Perse à grands frais teignit pour notre usage ;
Je ne repose point sous un dais de rubis ;
Mon lit n’est qu’un simple feuillage.
Qu’importe ? le sommeil est-il moins consolant ?
Les rêves qu’il nous donne en sont-ils moins aimables ?
Le baiser d’une amante en est-il moins brûlant,
Et les voluptés moins durables ?
Pendant la nuit, lorsque je peux
Entendre dégoutter la pluie,
Et les fils bruyants d’Orythie
Ébranler mon toit dans leurs jeux ;
Alors, si mes bras amoureux
Entourent ma craintive amie,
Puis-je encor former d’autres vœux ?
Qu’irais-je demander aux dieux,
À qui mon bonheur fait envie ?

Je suis au port, et je me ris
De ces écueils où l’homme échoue.
Je regarde avec un souris
Cette fortune qui se joue
En tourmentant ses favoris ;
Et j’abaisse un œil de mépris
Sur l’inconstance de sa roue.
La scène des plaisirs va changer à mes yeux.
Moins avide aujourd’hui, mais plus voluptueux,
Disciple du sage Epicure,
Je veux que la raison préside à tous mes jeux.
De rien avec excès, de tout avec mesure ;
Voilà le secret d’être heureux.
Trahi par ma jeune maîtresse,
J’irai me plaindre à l’amitié,
Et confier à sa tendresse
Un malheur bientôt oublié.

Bientôt ? oui, la raison guérira ma faiblesse.
Si l’ingrate Amitié me trahit à son tour,
Mon cœur navré longtemps détestera la vie ;
Mais enfin, consolé par la philosophie,
Je reviendrai peut-être aux autels de l’Amour.
La haine est pour moi trop pénible ;
La sensibilité n’est qu’un tourment de plus :
Une indifférence paisible
Est la plus sage des vertus.

Madrigal

Sur cette fougère où nous sommes,
Six fois, durant le même jour,
Je fus le plus heureux des hommes.
Nous étions seuls avec l’amour.
Sur les lèvres de mon amie
S’échappait mon dernier soupir ;
Un baiser me faisait mourir ;
Un autre me rendait la vie.

Le Refroidissement

Ils ne sont plus ces jours délicieux,
Où mon amour respectueux et tendre
À votre cœur savait se faire entendre,
Où vous m’aimiez, où nous étions heureux.

Vous adorer, vous le dire, et vous plaire,
Sur vos désirs régler tous mes désirs,
C’était mon sort ; j’y bornais mes plaisirs.
Aimé de vous, quels vœux pouvais-je faire ?

Tout est changé : quand je suis près de vous,
Triste et sans voix, vous n’avez rien à dire ;
Si quelquefois je tombe à vos genoux,
Vous m’arrêtez avec un froid sourire,
Et dans vos yeux s’allume le courroux.

Il fut un temps, vous l’oubliez peut-être ?
Où j’y trouvais cette molle langueur,
Ce tendre feu que le désir fait naître,
Et qui survit au moment du bonheur.
Tout est changé, tout, excepté mon cœur !

Ô La Plus Belle Des Maîtresses

Ô la plus belle des maîtresses,
Fuyons dans nos plaisirs la lumière et le bruit ;
Ne disons point au jour les secrets de la nuit ;
Aux regards inquiets dérobons nos caresses.
L’amour heureux se trahit aisément !
Je crains pour toi les yeux d’une mère attentive ;
Je crains ce vieil argus, au cœur de diamant,
Dont la vertu brusque et rétive
Ne s’adoucit qu’à prix d’argent.
Durant le jour, tu n’es plus mon Amante.
Si je m’offre à tes yeux, garde-toi de rougir ;
Défends à ton amour le plus léger soupir ;
Affecte un air distrait ; que ta voix séduisante
Évite de frapper mon oreille et mon cœur ;
Ne mets dans tes regards ni trouble, ni langueur.

Hélas ! de mes conseils je me repens d’avance.
Ma chère Éléonore, au nom de nos amours,
N’imite pas trop bien cet air d’indifférence ;
Je dirais, c’est un jeu ; mais je craindrais toujours.

Le Remède Dangereux

Ô toi, qui fus mon écolière
En musique, et même en amour,
Viens dans mon paisible séjour
Exercer ton talent de plaire.
Viens voir ce qu’il m’en coûte à moi,
Pour avoir été trop bon maître.
Je serais mieux portant peut-être,
Si moins assidu près de toi,
Si moins empressé, moins fidèle,
Et moins tendre dans mes chansons,
J’avais ménagé des leçons
Où mon cœur mettait trop de zèle.
Ah ! viens du moins, viens apaiser
Les maux que tu m’as faits, cruelle !
Ranime ma langueur mortelle ;
Viens me plaindre, et qu’un seul baiser
Me rende une santé nouvelle.
Fidèle à mon premier penchant,
Amour, je te fais le serment
De la perdre encor avec elle.

Palinodie

Jadis, trahi par ma maîtresse,
J’osais calomnier l’Amour ;
J’ai dit qu’à ses plaisirs d’un jour
Succède un siècle de tristesse.
Alors, dans un accès d’humeur,
Je voulus prêcher l’inconstance.
J’étais démenti par mon cœur ;
L’esprit seul a commis l’offense.

Une amante m’avait quitté ;
Ma douleur s’en prit aux amantes.
Pour consoler ma vanité,
Je les crus toutes inconstantes.
Le dépit m’avait égaré.
Loin de moi le plus grand des crimes,
Celui de noircir par mes rimes
Un sexe toujours adoré,
Que l’amour a fait notre maître,
Qui seul peut donner le bonheur,
Qui sans notre exemple peut-être
N’aurait jamais été trompeur.
Malheur à toi, lyre fidèle,
Où j’ai modulé tous mes airs,
Si jamais un seul de mes vers
Avait offensé quelque belle !

Sexe léger, sexe charmant,
Vos défauts sont votre parure.
Remerciez bien la nature,
Qui vous ébaucha seulement.
Sa main bizarre et favorable
Vous orne mieux que tous vos soins ;
Et vous plairiez peut-être moins,
Si vous étiez toujours aimable.

Le Retour

Tableau X.

Cependant Valsin infidèle
Ne cessa point d’être constant ;
Justine, aussi douce que belle,
Pardonna l’erreur d’un instant.
Elle est dans les bras du coupable.
Il lui parle de ses remords ;
Par un silence favorable
Elle répond à ses transports ;
Elle sourit à sa tendresse,
Et permet tout à ses désirs :
Mais pour lui seul sont les plaisirs ;
Elle conserve sa tristesse ;
Son amour n’est plus une ivresse :
Elle abandonne ses attraits,
Mais cependant elle soupire ;
Et ses yeux alors semblaient dire :
Le charme est détruit pour jamais.

Par Cet Air

Par cet air de sérénité,

Par cet enjouement affecté

D’autres seront trompés peut-être,

Mais mon cœur vous devine mieux ;

Et vous n’abusez point des yeux

Accoutumés à vous connaître.

L’esprit vole à votre secours,

Et malgré vos soins, son adresse

Ne peut égayer vos discours ;

Vous souriez, mais c’est toujours

Le sourire de la tristesse.

Vous cachez en vain vos douleurs,

Vos soupirs se font un passage ;

Les roses de votre visage

Ont perdu leurs vives couleurs ;

Déjà vous négligez vos charmes ;

Ma voix fait naître vos alarmes ;

Vous abrégez nos entretiens ;

Et vos yeux, noyés dans les larmes,

Evitent constamment les miens ;

Ainsi donc mes peines cruelles

Vont s’augmenter de vos chagrins !

Malgré les dieux et les humains,

Je le vois, nos cœurs sont fidèles.

Objet du plus parfait amour,

Unique charme de ma vie,

O maîtresse toujours chérie

Faut-il te perdre sans retour ?

Ah ! faut-il que ton inconstance

Ne te donne que des tourments ?

Si du plus tendre des amants

La prière a quelque puissance,

Trahis mieux tes premiers serments ;

Que ton cœur me plaigne et m’oublie,

Permets à de nouveaux plaisirs

D’effacer les vains souvenirs

Qui causent ta mélancolie.

J’ai bien assez de mes malheurs.

J’ai pu supporter tes rigueurs,

Ton inconstance, tes froideurs,

Et tout le poids de ma tristesse ;

Mais je succombe et ma tendresse

Ne peut soutenir tes douleurs.

Le Revenant

Ma santé fuit ; cette infidèle
Ne promet pas de revenir,
Et la nature qui chancelle
À déjà su me prévenir
De ne pas trop compter sur elle.
Au second acte brusquement
Finira donc la comédie :
Vite je passe au dénouement ;
La toile tombe, et l’on m’oublie.

J’ignore ce qu’on fait là-bas.
Si du sein de la nuit profonde
On peut revenir en ce monde,
Je reviendrai, n’en doutez pas.
Mais je n’aurai jamais l’allure
De ces revenants indiscrets,
Qui, précédés d’un long murmure,
Se plaisent à pâlir leurs traits,
Et dont la funèbre parure,
Inspirant toujours la frayeur,
Ajoute encore à la laideur
Qu’on reçoit dan la sépulture.
De vous plaire je sais jaloux,
Et je veux rester invisible.
Souvent du zéphyr le plus doux
Je prendrai l’haleine insensible ;
Tous mes soupirs seront pour vous.
Ils feront vaciller la plume
Sur vos cheveux noués sans art,
Et disperseront au hasard
La faible odeur qui les parfume.
Si la rose que vous aimez
Renaît sur son trône de verre ;
Si de vos flambeaux rallumés
Sort une plus vive lumière ;
Si l’éclat d’un nouveau carmin
Colore soudain votre joue,
Et si souvent d’un joli sein
Le nœud trop serré se dénoue ;
Si le sofa plus mollement
Cède au poids de votre paresse,
Donnez un sourire seulement
À tous ces soins de ma tendresse.
Quand je reverrai les attraits
Qu’effleura ma main caressante,
Ma voix amoureuse et touchante
Pourra murmurer des regrets ;
Et vous croirez alors entendre
Cette harpe qui, sous mes doigts,
Sut vous redire quelquefois
Ce que mon cœur savait m’apprendre.
Aux douceurs de votre sommeil
Je joindrai celles du mensonge ;
Moi-même, sous les traits d’un songe,
Je causerai votre réveil.
Charmes nus, fraîcheur du bel âge,
Contours parfaits, grâce, embonpoint,
Je verrai tout ; mais quel dommage !
Les morts ne ressuscitent point.

Plan D’études

De vos projets je blâme l’imprudence :
Trop de savoir dépare la beauté.
Ne perdez point votre aimable ignorance,
Et conservez cette naïveté
Qui vous ramène aux jeux de votre enfance.

Le dieu du goût vous donna des leçons
Dans l’art chéri qu’inventa Terpsichore ;
Un tendre amant vous apprit les chansons
Qu’on chante à Gnide ; et vous savez encore
Aux doux accents de votre voix sonore
De la guitare entremêler les sons.

Des préjugés repoussant l’esclavage,
Conformez-vous à ma religion ;
Soyez païenne ; on doit l’être à votre âge.
Croyez au dieu qu’on nommait Cupidon.
Ce dieu charmant prêche la tolérance,
Et permet tout, excepté l’inconstance.

N’apprenez point ce qu’il faut oublier,
Et des erreurs de la moderne histoire
Ne chargez point votre faible mémoire.
Mais dans Ovide il faut étudier
Des premiers temps l’histoire fabuleuse,
Et de Paphos la chronique amoureuse.

Sur cette carte où l’habile graveur
Du monde entier resserra l’étendue,
Ne cherchez point quelle rive inconnue
Voit l’Ottoman fuir devant son vainqueur :
Mais connaissez Amathonte, Idalie,
Les tristes bords par Léandre habités,
Ceux où Didon a terminé sa vie,
Et de Tempé les Talions enchantés.

Égarez-vous dans le pays des fables ;
N’ignorez point les divers changements
Qu’ont éprouvés ces lieux jadis aimables :
Leur nom toujours sera cher aux amants.

Voilà l’étude amusante et facile
Qui doit parfois occuper vos loisirs,
Et précéder l’heure de nos plaisirs ;
Mais la science est pour vous inutile.
Vous possédez le talent de charmer ;
Vous saurez tout quand vous saurez aimer.

Le Sein

Tableau IV.

Justine reçoit son ami
Dans un cabinet solitaire.
Sans doute il sera téméraire ?
Oui, mais seulement à demi :
On jouit alors qu’on diffère.
Il voit, il compte mille appas,
Et Justine était sans alarmes ;
Son ignorance ne sait pas
À quoi serviront tant de charmes.
Il soupire et lui tend les bras ;
Elle y vole avec confiance ;
Simple encore et sans prévoyance,
Elle est aussi sans embarras.
Modérant l’ardeur qui le presse,
Valsin dévoile avec lenteur
Un sein dont l’aimable jeunesse
Venait d’achever la rondeur ;
Sur des lis il y voit la rose ;
Il en suit le léger contour ;
Sa bouche avide s’y repose ;
Il l’échauffe de son amour ;
Et tout-à-coup sa main folâtre
Enveloppe un globe charmant,
Dont jamais les yeux d’un amant
N’avaient même entrevu l’albâtre.

C’est ainsi qu’à la volupté
Valsin préparait la beauté
Qui par lui se laissait conduire :
Il savait prendre un long détour.
Heureux qui s’instruit en amour,
Et plus heureux qui peut instruire !

Projet De Solitude

Fuyons ces tristes lieux, ô maîtresse adorée !
Nous perdons en espoir la moitié de nos jours,
Et la crainte importune y trouble nos amours.
Non loin de ce rivage est une île ignorée,
Interdite aux vaisseaux, et d’écueils entourée.
Un zéphyr éternel y rafraîchit les airs.
Libre et nouvelle encor, la prodigue nature
Embellit de ses dons ce point de l’univers :
Des ruisseaux argentés roulent sur la verdure,
Et vont en serpentant se perdre au sein des mers ;
Une main favorable y reproduit sans cesse
L’ananas parfumé des plus douces odeurs ;
Et l’oranger touffu courbé sous sa richesse,
Se couvre en même temps et de fruits et de fleurs.
Que nous faut-il de plus ? cette île fortunée
Semble par la nature aux amants destinée.
L’océan la resserre, et deux fois en un jour
De cet asile étroit on achève le tour.
Là je ne craindrai plus un père inexorable.
C’est là qu’en liberté tu pourras être aimable,
Et couronner l’amant qui t’a donné son cœur.
Vous coulerez alors, mes paisibles journées,
Par les nœuds du plaisir l’une et l’autre enchaînées :
Laissez moi peu de gloire et beaucoup de bonheur.
Viens ; la nuit est obscure et le ciel sans nuage ;
D’un éternel adieu saluons ce rivage,
Où par toi seule encore mes pas sont retenus.
Je vois à l’horizon l’étoile de Vénus :
Vénus dirigera notre course incertaine.
Éole exprès pour nous vient d’enchaîner les vents ;
Sur les flots aplanis Zéphyre souffle à peine ;
Viens ; l’Amour jusqu’au port conduira deux amants.

Le Songe

Tableau III.

Le sommeil a touché ses yeux ;
Sous des pavots délicieux
Ils se ferment, et son cœur veille,
À l’erreur ses sens sont livrés.
Sur son visage, par degrés,
La rose devient plus vermeille ;
Sa main semble éloigner quelqu’un ;
Sur le duvet elle s’agite ;
Son sein impatient palpite,
Et repousse un voile importun.
Enfin, plus calme et plus paisible,
Elle retombe mollement ;
Et de sa bouche lentement
S’échappe un murmure insensible.
Ce murmure plein de douceur
Ressemble au souffle de Zéphyre,
Quand il passe de fleur en fleur ;
C’est la volupté qui soupire ;
Oui, ce sont les gémissements
D’une vierge de quatorze ans,
Qui, dans un songe involontaire,
Voit une bouche téméraire
Effleurer ses appas naissants,
Et qui dans ses bras caressants,
Presse un époux imaginaire.

Le sommeil doit être charmant,
Justine, avec un tel mensonge ;
Mais plus heureux encor l’amant
Qui peut causer un pareil songe !