Le Mot Et La Chose

Que le ciel bienveillant te garde des périls,
Moisson que mes sueurs ont souvent arrosée !
Qu’il répande sur toi sa lumière rosée,
Et que ta gerbe mûre embaume les fenils !

Vous tremblez, mes pauvrets, comme une larme aux cils,
Comme aux lèvres, l’aveu, comme aussi la rosée
Qu’un baiser de l’aurore a, sans bruit, déposée
Sur le feuillage vert, tout plein de gais babils.

Au sort qui vous attend il faudra vous soumettre.
Vous auriez plus d’éclat, si j’avais osé mettre
Un vêtement pompeux à la simple raison.

Mais la raison est belle en sa nudité chaste.
Gouttelettes, tombez. Tombez ; dans le champ vaste
Il germera peutêtre une humble floraison.

Maximes De Coquetterie

Si nôtre cors est la prison de l’ame,
Ou elle fait quelque tems sa demeure :
Il faut apres, qu’elle en est hors, il meure,
Elle spirant toujours celeste flame.

La terre est doncq’ le cercueil et la lame
Du cors, qui mort ensepulchré demeure,
En attendant l’incertaineextreme heure
Du jugement, que Juppiter nous trame.

Le cors fragil, caduc et terrien,
Informe n’est, reduit en cendres, rien
Fors ne say qu’on ne voy ny ne peut prendre,

Mais l’ame au Ciel, son manoir precieus,
Laissant çà bas nôtre cors ocieus,
Tout immortelle, à son tour se va rendre.