La Nuit Des Nuits

Le temps a laissié son manteau
De vent, de froidure et de pluye,
Et s’est vestu de brouderie,
De soleil luyant, cler et beau.

Il n’y a beste, ne oyseau,
Qu’en son jargon ne chante ou crie
Le temps a laissié son manteau
De vent, de froidure et de pluye.

Riviere, fontaine et ruisseau
Portent, en livree jolie,
Gouttes d’argent, d’orfaverie ;
Chascun s’abille de nouveau
Le temps a laissié son manteau.

Le Jour Des Jours

Maintenant qu’un air doux nous ramene un beau Jour,
Considere, Phyllis, cette Saison nouvelle,
Comme elle rit au Ciel, et luy parle d’amour,
C’est parce qu’elle est jeune, et parce qu’elle est belle.

Cette fleur qui blanchit les arbres d’alentour,
Ce n’est pas une fleur qui doive estre éternelle
Desja dedans son sein la terre la rappelle,
Desja le chaud hasté la brule à son retour :

Et tu perds cependant le temps de ta jeunesse
Sans suivre les advis d’une bonne Maistresse,
De Nature, qui monstre à chacun son devoir :

Ah si cette saison ne fond enfin ta glace,
Si pour te faire aimer elle a peu de pouvoir,
Qu’elle t’apprenne au moins comme la beauté passe.