À Aurore

La nature est tout ce qu’on voit,
Tout ce qu’on veut, tout ce qu’on aime,
Tout ce qu’on sait, tout ce qu’on croit,
Tout ce que l’on sent en soi-même.

Elle est belle pour qui la voit,
Elle est bonne à celui qui l’aime,
Elle est juste quand on y croit
Et qu’on la respecte en soi-même.

Regarde le ciel, il te voit,
Embrasse la terre, elle t’aime.
La vérité c’est ce qu’on croit
En la nature c’est toi-même.

À Qui Vierge Me Gardera

À qui vierge me gardera :
La richesse.

À qui bien parler me fera :
La sagesse.

À quiconque me violera :
La folie ;

Et s’il me brise, il le paiera
De sa vie.

Acte I, Scène VII.

Chatterton

C’était un grand bois calme aux troncs baignés d’azur.
Une tête d’angoisse aux yeux d’illuminée
Flambants et bleus, pensive et de pleurs ravinée,
S’y dressait, fleur de songe, au fond du clairobscur.

Tête de sainte errante ou de suppliciée …
Une énorme couronne au bois piquant et dur,
La couronne du Christ étreignait ce front pur
Et doux, striait de sang la face extasiée.

Et tandis que les yeux allumés de ferveur
Défaillaient et brûlaient, à la fois fous et vides,
Entre ses pauvres mains de bleus chardons rigides

S’écrasaient sur sa robe à la place du coeur.
Oh ! ces yeux suppliants, enivrés et livides,
De femme au front saignant d’épines, ô Douleur !

Lettre De George Sand À Alfred De Musset

Je suis très émue de vous dire que j’ai

bien compris l’autre soir que vous aviez

toujours une envie folle de me faire

danser. Je garde le souvenir de votre

baiser et je voudrais bien que ce soit

là une preuve que je puisse être aimée

par vous. Je suis prête à vous montrer mon

affection toute désintéressée et sans cal-

cul, et si vous voulez me voir aussi

vous dévoiler sans artifice mon âme

toute nue, venez me faire une visite.

Nous causerons en amis, franchement.

Je vous prouverai que je suis la femme

sincère, capable de vous offrir l’affection

la plus profonde comme la plus étroite

amitié, en un mot la meilleure preuve

que vous puissiez rêver, puisque votre

âme est libre. Pensez que la solitude où j’ha-

bite est bien longue, bien dure et souvent

difficile. Ainsi en y songeant j’ai l’âme

grosse. Accourez donc vite et venez me la

faire oublier par l’amour où je veux me

mettre

Lettre Par Aurore Dupin

Je suis très émue de vous dire que j’ai

bien compris l’autre soir que vous aviez

toujours une envie folle de me faire

danser. Je garde le souvenir de votre

baiser et je voudrais bien que ce soit

là une preuve que je puisse être aimée

par vous. Je suis prête à vous montrer mon

affection toute désintéressée et sans cal-

cul, et si vous voulez me voir aussi

vous dévoiler sans artifice mon âme

toute nue, venez me faire une visite.

Nous causerons en amis, franchement.

Je vous prouverai que je suis la femme

sincère, capable de vous offrir l’affection

la plus profonde comme la plus étroite

amitié, en un mot la meilleure preuve

que vous puissiez rêver, puisque votre

âme est libre. Pensez que la solitude où j’ha-

bite est bien longue, bien dure et souvent

difficile. Ainsi en y songeant j’ai l’âme

grosse. Accourez donc vite et venez me la

faire oublier par l’amour où je veux me

mettreNB : Relisez-la en sautant les lignes paires

GEORGE SAND (1835)