Dépit Contre Gilon

Clusine, qui dans tous les temps
Eut de tous les honnêtes gens
L’amour ou l’estime en partage ;
Qui toujours pleine de bon sens,
Sut de chaque saison de l’âge
Faire toujours un juste usage,
Qui dans son entretien dont on fut enchanté
Faisait un heureux alliage
D’un agréable badinage
Avec la politesse et la solidité.
Et que le ciel doua d’un esprit droit et sage,
Toujours l’intelligence avec la vérité
Clusine est, grâce au Ciel
En parfaite santé.
Et voici l’épitaphe inutile :

Cigît la femme qui voulut
Etre un honnête homme et le fut
Voilà votre épitaphe faite
Et par avance, Dieu merci,
Puissiezvous comme je le souhaite
La lire dans cent ans d’ici.

Épitaphe D’un Ivrogne

J’ay perdu ma tourterelle :
Estce point celle que j’oy ?
Je veux aller après elle.

Tu regrètes ta femelle,
Hélas ! aussi fay je moy :
J’ay perdu ma tourterelle.

Si ton amour est fidelle,
Aussi est ferme ma foy,
Je veux aller après elle.

Ta plaincte se renouvelle ;
Tousjours plaindre je me doy :
J’ay perdu ma tourterelle.

En ne voyant plus la belle,
Plus rien de beau je ne voy ;
Je veux aller après elle.

Mort que tant de fois j’appelle,
Pren ce qui se donne à toy :
J’ay perdu ma tourterelle,
Je veux aller après elle.