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Auteur : Germain Nouveau

Muses, Souvenez-vous

Muses, souvenez-vous du guerrier,— de l’ancien Qui ne fut général ni polytechnicien, Mais qui charma dix ans les mânes du grand Hômme ! Cet invalide était la gaîté de son dôme. Mon coeur est plein du bruit de sa jambe de bois. Pauvre vieux ! j’ai rêvé de vous plus d’une fois,…

Musulmanes

À Camille de Sainte-Croix. Vous cachez vos cheveux, la toison impudique, Vous cachez vos sourcils, ces moustaches des yeux, Et vous cachez vos yeux, ces globes soucieux, Miroirs plein d’ombre où reste une image sadique ; L’oreille ourlée ainsi qu’un gouffre, la mimique Des lèvres, leur blessure écarlate, les creux…

On M’a Mis Au Collège

On m’a mis au collège (oh ! les parents, c’est lâche !) En province, dans la vieille ville de H J’ai quinze ans, et l’ennui du latin pluvieux ! Je vis, fumant d’affreux cigares dans les lieux ; Et je réponds, quand on me prive de sortie :  » Chouette alors !  » préférant le bloc à la…

On S’aimait

On s’aimait, comme dans les romans sans nuage, A Bobino, du temps de  » Plaisirs au Village « . Orphée alors chantait des blagues sur son luth ; C’était l’époque où Chose inventait le mot :  » Zut !  » Où les lundis étaient tués par Sainte-Beuve. Les Parnassiens charmés rêvaient la rime neuve ; Et cousin Pierre était…

Pauvreté

Qui donc fera fleurir toute la pauvreté ? Quand Jésus a quitté le ciel, il l’a quitté Pour une étable ; il est charpentier, il travaille; Né sur l’or, mais sur l’or mystique de la paille, Entre l’âne et bœuf, l’ignorance et l’erreur, Lui qui pouvait choisir un berceau d’empereur,…

Poison Perdu

Des nuits du blond et de la brune Pas un souvenir n’est resté Pas une dentelle d’été, Pas une cravate commune ; Et sur le balcon où le thé Se prend aux heures de la lune Il n’est resté de trace, aucune, Pas un souvenir n’est resté. Seule au coin…

Pourrières

Un vieux clocher coiffé de fer sur la colline. Des fenêtres sans cris, sous des toits sans oiseaux. D’un barbaresque Azur la paix du Ciel s’incline. Soleil dur ! Mort de l’ombre ! Et Silence des Eaux. Marius ! son fantôme à travers les roseaux, Par la plaine ! Un…

Prière

Au plus haut point de la montagne la plus pure, Au plus beau jour de nos époques favorites Où le désert se fleurissait de nouveaux rites, A l’heure d’or la plus sévère à la nature ; Blanche et les flancs pressés d’une longue ceinture, Debout dans l’idéal concert de ses…

Promenade Automnale

Lorsque j’ai travaillé, pensif, sur mon pupitre Tout le jour, sans voir même éclater à la vitre Le rayon tiède et clair du soleil automnal, Je m’arrache parfois à mon logis banal Et, tout entier au rêve ardent qui m’accompagne, Je m’en vais lentement le soir vers la campagne. Le…

Rêve Claustral

Je vous connais comme elle, ô murs, travail des nonnes, Préaux fleuris d’amours furtifs, silencieux Parloirs, où, par la nuit, l’âme des lunes bonnes Se distille, rosée errante de leurs yeux ; Cour grise où tourne le soulier lacé des grandes, Couvrant sous de longs cils des yeux endoloris, S’imaginant,…

Saintes Femmes

Quelle étoile nous vit donc naître, nous qui sommes Les voleuses de vos coeurs charmants, Enfants-rois ? C’est nous qui vous faisons la cour, ô jeunes hommes, Et vos légèretés nous sont d’atroces croix. En nous rien des yeux verts de l’amante fatale Par sa jupe épandue en mare de…

Set Ohaëdat

Je vous fus présenté Madame, dans la salle De marbre frais et sombre où vous passiez les jours Au bruit de ces jets d’eau monotones des cours Damasquinés ; l’or blanc cerclait votre bras pâle. Assise à terre, à la manière orientale, Vous écoutiez ceux qui distillent les discours Des les…

Smala

Le soleil verse aux toits des chambres mal fermées Ses urnes enflammées ; En attendant le kief, toutes sont là, pâmées, Sur les divans brodés de chimères armées ; Annès, Nazlès, Assims, Bourbaras, Zalimées, En lin blanc, la prunelle et la joue allumées Par le fard, parfumées, Tirant des narghilés…

Sonnet – Khatoum

Oh ! peindre tes cheveux du bleu de la fumée, Ta peau dorée et d’un ton tel qu’on croit y voir presque Une rose brûlée ! et ta chair embaumée, Dans les grands linges d’ange, ainsi qu’en une fresque, Qui font plus brun ton corps gras et fin de mauresque,…