Sonnet – Musulmanes

À Camille de Sainte-Croix.

Vous cachez vos cheveux, la toison impudique,
Vous cachez vos sourcils, ces moustaches des yeux,
Et vous cachez vos yeux, ces globes soucieux,
Miroirs plein d’ombre où reste une image sadique ;

L’oreille ourlée ainsi qu’un gouffre, la mimique
Des lèvres, leur blessure écarlate, les creux
De la joue, et la langue au bout rose et joyeux,
Vous les cachez, et vous cachez le nez unique !

Votre voile vous garde ainsi qu’une maison
Et la maison vous garde ainsi qu’une prison ;
Je vous comprends : l’Amour aime une immense scène.

Frère, n’est-ce pas là la femme que tu veux :
Complètement pudique, absolument obscène,
Des racines des pieds aux pointes des cheveux ?

Muses, Souvenez-vous

Muses, souvenez-vous du guerrier,— de l’ancien

Qui ne fut général ni polytechnicien,

Mais qui charma dix ans les mânes du grand Hômme !

Cet invalide était la gaîté de son dôme.

Mon coeur est plein du bruit de sa jambe de bois.

Pauvre vieux ! j’ai rêvé de vous plus d’une fois,

La nuit, quand passe au ciel, avec ses gros yeux vides,

La lune au nez d’argent, astre des invalides,

Ou que le vent se meurt, comme un chant du départ

Et j’ai fait encadrer le mot de faire-part.

Sonnet – Set Ohaëdat

Je vous fus présenté Madame, dans la salle
De marbre frais et sombre où vous passiez les jours
Au bruit de ces jets d’eau monotones des cours
Damasquinés ; l’or blanc cerclait votre bras pâle.

Assise à terre, à la manière orientale,
Vous écoutiez ceux qui distillent les discours
Des les narghilés d’argent aux tons d’opale
Que la Paresse fume à coups distraits et courts.

Des fleurs couraient parmi vos étoffes de soie ;
Vos yeux éclairaient l’ombre où votre front se noie ;
Votre pied nu brillait ; votre accent étranger

Eclatait dans ma tête en notes délicates ;
Je vois toujours vos dents blanches, fines et plates
Quand votre lèvre, mouche en rumeur, fit :  » Franger ? « 

Musulmanes

À Camille de Sainte-Croix.
Vous cachez vos cheveux, la toison impudique,

Vous cachez vos sourcils, ces moustaches des yeux,

Et vous cachez vos yeux, ces globes soucieux,

Miroirs plein d’ombre où reste une image sadique ;
L’oreille ourlée ainsi qu’un gouffre, la mimique

Des lèvres, leur blessure écarlate, les creux

De la joue, et la langue au bout rose et joyeux,

Vous les cachez, et vous cachez le nez unique !
Votre voile vous garde ainsi qu’une maison

Et la maison vous garde ainsi qu’une prison ;

Je vous comprends : l’Amour aime une immense scène.
Frère, n’est-ce pas là la femme que tu veux :

Complètement pudique, absolument obscène,

Des racines des pieds aux pointes des cheveux ?

Sonnet – Smala

Le soleil verse aux toits des chambres mal fermées
Ses urnes enflammées ;
En attendant le kief, toutes sont là, pâmées,
Sur les divans brodés de chimères armées ;

Annès, Nazlès, Assims, Bourbaras, Zalimées,
En lin blanc, la prunelle et la joue allumées
Par le fard, parfumées,
Tirant des narghilés de légères fumées,

Ou buvant, ranimées,
Les ongles teints, les doigts illustrés de camées,
Dans les dés d’argent fin des liqueurs renommées.

Sur les coussins vêtus d’étoffes imprimées,
Dans des poses d’almées,
Voluptueusement fument les bien-aimées.

Octobre, Vers Le Vieux Château

Octobre, vers le vieux château, dont le portail

Pleure et rit quelque part dans Ponson du Terrail,

Guide cet excellent notaire de campagne

Que vous avez connu, décent et noir, la cagne

Aux genoux, mais qui, doux disciple de Rousseau,

Fait ce voyage à pied, malgré la pluie à seau

Lui détraquant un beau pépin rose qu’il gère

D’une main molle ; il chante :  » Il pleut, il pleut, Bergère,  »

Allègre, et certain d’être, ô le gros polisson !

Le bienvenu du vieux château, cher à Ponson !

Sonnet D’été

Nous habiterons un discret boudoir,

Toujours saturé d’une odeur divine,

Ne laissant entrer, comme on le devine,

Qu’un jour faible et doux ressemblant au soir.
Une blonde frêle en mignon peignoir

Tirera des sons d’une mandoline,

Et les blancs rideaux tout en mousseline

Seront réfléchis par un grand miroir.
Quand nous aurons faim, pour toute cuisine

Nous grignoterons des fruits de la Chine,

Et nous ne boirons que dans du vermeil ;
Pour nous endormir, ainsi que des chattes

Nous nous étendrons sur de fraîches nattes ;

Nous oublirons tout, même le soleil !

On M’a Mis Au Collège

On m’a mis au collège (oh ! les parents, c’est lâche !)

En province, dans la vieille ville de H

J’ai quinze ans, et l’ennui du latin pluvieux !

Je vis, fumant d’affreux cigares dans les lieux ;

Et je réponds, quand on me prive de sortie :

 » Chouette alors !  » préférant le bloc à la partie

D’écarté, chez le maire, où le soir, au salon,

Honteux d’un liséré rouge à mon pantalon,

J’écoute avec stupeur ma tante (une nature !)

Causer du dernier bal à la sous-préfecture.

Sphinx

Toutes les femmes sont des fêtes,

Toutes les femmes sont parfaites,

Et dignes d’adoration,

Sous les fichus ou sous les mantes

Toutes les femmes sont charmantes,

Oui, toutes, sans exception ;
Toutes les femmes sont des Belles

Sous les chapeaux ou les ombrelles

Et sous le petit bonnet blanc ;

Toutes les femmes sont savantes,

Les princesses et les servantes,

Les ignorantes font semblant ;
Toutes les femmes sont des reines :

Impératrices souveraines

Et grisettes de magasin,

Et premières communiantes,

Avant comme après si liantes

Avec les lèvres du cousin ;
Toutes les femmes sont honnêtes,

Le cœur loyal et les mains nettes,

En sabots, ou sur les patins ;

Adorables prostituées,

Nous mériterions vos huées :

C’est nous qui sommes les pantins.
Toutes les femmes sont des saintes,

Surtout celles qui sont enceintes

Tous les neuf mois sans perdre un jour,

Et qui de janvier à décembre

Se pâment la nuit dans leur chambre

Par la volonté de l’Amour.
Toutes, toutes, sont bienheureuses

D’élargir leurs grottes ombreuses

D’où l’amour a fichu la peur

Par la fenêtre déchirée.

 » Et la fille déshonorée ?  »

Rit dans sa barbe de sa peur.
Plus fines que nous et meilleures,

Elles nous sont supérieures

Chaque français, dans tous les cas,

S’il les aborde se découvre

Et c’est le plus grand, dans le Louvre,

Qui sait saluer le plus bas.
Belle, parfaite, reine, sainte,

Honnête si ce n’est enceinte,

Tout cela s’applique fort bien

À la femme que tu veux être

Mais si l’on pouvait Vous connaître,

Ah ! quant à moi je ne sais rien
Devant Vous je songe, immobile,

Tel, droit, sur son cheval Kabyle,

Bonaparte, au regard de lynx,

Sans suite, seul, un grand quart d’heure,

Au soleil des sables, demeure

Fixe et rêveur, devant le Sphinx !

On S’aimait

On s’aimait, comme dans les romans sans nuage,

A Bobino, du temps de  » Plaisirs au Village « .

Orphée alors chantait des blagues sur son luth ;

C’était l’époque où Chose inventait le mot :  » Zut !  »

Où les lundis étaient tués par Sainte-Beuve.

Les Parnassiens charmés rêvaient la rime neuve ;

Et cousin Pierre était encore au régiment.

Sans prévoir de sa part le moindre embêtement,

L’Empereux, au Français, s’invitait chez Molière.

Haussmann songeait : Faudra raser la Pépinière !

Supérieure

J’entendais parler tout à l’heure

D’une femme supérieure.

Ce n’est, ma Mignonne pas Toi

Car que sais-tu faire en ce monde,

Petite reine toute ronde

Faite au tour pour le bal du roi ?
Oui, raconte-nous tes affaires ;

Ah ! voilà longtemps que les verres

De ta quenouille sont cassés !

Tu ne sais faire, ni couture

Les pommes au lard, par nature !

Soit ! mais, franchement, est-ce assez ?
Tu ne sais rien faire que lire ;

Cependant, Tu pourrais écrire,

Sculpter, peindre l’homme et les cieux ;

Mais on voit ta crainte profonde

De n’arriver que la seconde

Et surtout derrière un monsieur.
Si Tu cultivais la Musique,

Ah ! quel enchantement physique !

Quels chefs-d’œuvre de Passion !

Mais Tu passes ton temps à lire

Tout, de l’excellent jusqu’au pire,

 » À titre d’information « .
Tu ne sais rien faire qu’entendre,

Discerner, saisir, et comprendre

Que tout est clair comme le jour.

Car la femme supérieure,

Tu vois bien que c’est la meilleure,

Celle qui fait le mieux l’amour.
Celle qui garde sous ses tresses

Le plus grand trésor de caresses ;

Les baisers les plus triomphants,

Qui cherche à dépasser sa mère

Et fait tous ses efforts pour faire,

Pour faire les plus beaux enfants.
Car la femme qui peint les anges,

Qui signe des romans étranges,

Qui fait des vers, bien mieux que moi,

De la musique, et la meilleure,

Peut bien être supérieure

Aux autres femmes — pas à Toi.
Car la femme qui fait la femme

Avec son Corps où brûle une âme,

Dans un lit, troublant, pour le roi,

Qui de baisers dévore l’heure,

Peut bien être supérieure

À tous les hommes — pas à Toi.

Pauvreté

Qui donc fera fleurir toute la pauvreté ?

Quand Jésus a quitté le ciel, il l’a quitté

Pour une étable ; il est charpentier, il travaille;

Né sur l’or, mais sur l’or mystique de la paille,

Entre l’âne et bœuf, l’ignorance et l’erreur,

Lui qui pouvait choisir un berceau d’empereur,

Qu’aurait ému le pied rieur des chambrières,

Préfère une humble crèche où l’ange est en prières I

Certes l’argent est bon, l’or est délicieux,

Mais l’un ouvre l’enfer, l’autre ferme les cieux ;

L’un sait glacer le cœur, l’autre étouffer les âmes ;

L’or met sa clarté louche où l’amour met ses flammes,

L’or est un soleil froid ; le soleil chauffe et luit,

Car il est fils du ciel ; l’or est fils de la nuit :

A pleins bords pour le crime, et rare pour l’aumône,

Il coule, et la famille, où sonne son flot jaune,

S’écroule au bruit joyeux des pièces de vingt francs !

Et plus ils sont dorés, moins les baisers sont francs.

L’or est un mal où l’homme, hélas! cherche un remède.

Sitôt qu’il crie et souffre, il l’appelle à son aide,

Pour vêtir sa misère et combler avec lui

Son cœur vide, et le gouffre amer de son ennui.

Grâce à l’argent, le mal trône et rit sur la terre.

A son contact banal, quelle âme ne s’altère?

Jésus était-il riche, et Pierre l’était-il?

Une humble barque, ouvrant sa voile de coutil,

C’est peu — même en comptant le souffle de la brise, —

Cette voile a grandi ; voyez-là, c’est l’Eglise !
Travaillez, c’est la règle, enrichissez-vous, mais

Restez pauvres d’esprit. Laissant les fiers sommets,

Les lys, pour s’élancer, ont mieux aimé les plaines,

Et quant aux dons du ciel :  » Aux pauvres les mains pleines.  »

Dieu ne visite pas le riche orgueilleux, non !

Pauvre, Jésus le lut, ne voulant d’autre nom.

Mais Jésus l’est toujours, mais son cri monte encore.

Tout pauvre que la lièvre et que la soif dévore,

C’est Jésus. Tout petit qui va pieds nus, c’est Lui.

Notre ennemi sans pain, est-ce encor Jésus? Oui.

Etre pauvre, avant tout, c’est aimer la sagesse,

Et l’on peut l’être même aux bras de la richesse ;

Etre riche, avant tout, c’est n’aimer que l’argent,

Et l’on peut l’être, même en étant indigent !

Etre riche d’esprit, désirer, c’est la gêne,

C’est river à son pied une bien lourde chaîne ;

Etre pauvre d’esprit, c’est être libre, Eh bien !

Aimez ha liberté, n’appartenez à rien,

Pas même au lit qui s’ouvre à votre échine lasse,

Pas même à votre habit : il est au temps qui passe.
Toute la pauvreté, disais-je en commençant,

La mauvaise richesse, elle est dans notre sang :

Elle est dans nos pourpoints, elle est dans notre code

Et fait l’opinion, comme elle fait la mode.

O pauvreté, la France entende votre voix !

France riche d’esprit, beaucoup trop riche en lois !

L’esprit de pauvreté, voilà l’esprit pratique

Qui doit ensoleiller la sombre politique ;

Le roi. ton noble époux, César, un sombre amant,

Sont loin de ta pensée, ô France, en ce moment !

Le front coiffé des plis d’une laine écarlate,

La liberté te rit, la liberté te flatte :

C’est un ange éclatant qui semble un lutteur noir,

Radieux comme l’aube et beau comme le soir,

Car il porte, pareil aux séraphins de l’ombre,

Un masque étincelant sur son visage sombre.

Tu n’as pas peur? C’est bien. Tu veux le suivre? aile

Mais ne va pas saisir les ciseaux des félons,

Et du fier inconnu dont tu fus curieuse

Sinistrement rogner l’aile mystérieuse.

Ne lui mets pas de loi perfide autour du cou.

S’il n’est pas une brute, arrière le licou!

Qu’il puisse au grand soleil marcher nu dans l’arène,

Et tordre toute chose en sa main souveraine,

Et retremper toute âme en sa cuve qui bout.

Alors nous pourrons voir qui restera debout,

La sagesse divine ou la sagesse humaine,

Si c’est le nom obscur que cet ange ramène,

Ou le nom lumineux dans chaque étoile écrit,

Et si c’est Robespierre ou si c’est Jésus-Christ !

Tartarin

De Marseille, moi ? de Marseille ?

Tu veux que j’en sois, c’est trop fort !

M’entends-tu dire qu’il  » soleille  » ?

Je ne suis pas né dans le Nord,
Je dois en convenir sans honte ;

Mais on peut venir du Midi,

En chair, en os, et même en fonte,

Sans sortir de Lonchamps, pardi !
Si j’en étais, m’en cacherais-je ?

Au contraire, j’en serais fier :

Il y tombe aussi de la neige,

Et comme au Havre on a la mer.
Je ne vois pas la différence ;

Affaire de goût, de couleur.

Du reste, Marseille est en France,

Sur la carte, aussi bien qu’Harfleur
Voyons ! qui ferait des manières

Pour en être s’il en était,

La ville n’est pas des dernières,

Foutre non ! car Elle existait
Déjà, depuis belle lurette,

Qu’on ne parlait pas de Paris,

Et qu’aucune autre n’était prête

À loger ça de ses chéris ;
Oui, Marseille était grande fille,

Que toutes les autres, comprends,

Les moins gosses de la famille

N’avaient pas encor de parents.
Elle est antique ! oh ! mais ! pas vieille ;

C’est au contraire la cité

La plus jeune et la plus vermeille,

N’offensons pas la vérité.
Les femmes y sont ! Valentine,

Tu les aimerais, comme moi,

Si tu voyais la taille fine

De Valentine, comme Toi ;
C’est ma cousine elle demeure

Ma foi ! par là, pas loin du port

Ce que je sais, ou que je meure,

C’est qu’elle aussi l’a beau le port !
Toutes les autres sont comme elle,

Et sans titre, ou sur parchemin,

Des reines, jusqu’à la semelle,

Avec du poil pas dans la main.
Après ça, vois comme nous sommes

Encore, en France, inconséquents :

On vient médire de leurs hommes !

Serait-ce qu’ils sont tous marquants ?
Il se pourrait, car on les chine,

Tiens ! surtout de votre côté,

Où l’on dédaigne la sardine ;

Ah ! le hareng a sa beauté !
De temps en temps, on entend dire :

 » Oh ! le Marseillais !  » Eh ! bien, quoi ?

Le Marseillais ! il aime à rire.

Prises-tu les gens tristes, toi ?
Il est brun, n’a pas les dents noires,

Il sait lire, écrire et compter ;

Il a toujours un tas d’histoires

Crevantes à vous raconter :
Poli, galant avec les femmes,

Il n’accepterait jamais rien

D’elles, que leurs baisers de flammes :

Il fait, ma foi ! bougrement bien ;
Qu’on le critique, il n’en a cure,

Pas plus que de savoir son nez

Au beau mitan de sa figure

Ou de ce que vous devinez ;
Il est propre, ses mains sont nettes,

Leur gant n’est pas mis à l’envers,

Et surtout, elles sont honnêtes.

Que voulez-vous de plus ? Des vers ?
Des vers qui ne soient pas des versse ?

Il peut vous en faire en français

Vous me jetez à la traverse

Qu’il est ? Hâbleur? Ah ! oui, je sais,
Il se vante d’être modeste,

Ça, c’est un tort il ferait mieux

De se vanter de tout le reste,

Mais nul n’est parfait sous les cieux.
Ainsi, vous voyez bien, Madame,

Que si j’étais, comment ? encor ?

Moi, Marseillais ! mais sur mon âme.

Si je l’étais j’aurais de l’or,
Je n’irais jamais qu’en voiture,

Avec un train à tout casser,

Tout serait en déconfiture

Partout où l’on me voit passer.
Je leur montrerais ce qu’on gagne

À nous Han-Mer-Dé Troun-dé-l’ér !

Puisque je suis de la campagne

Où l’on respire le bon air,
Donc, je ne suis pas de Marseille.

C’est vrai, que je suis né si près,

Que j’en ai l’accent dans l’oreille

Oui, na, j’en suis et puis après ?

Poison Perdu

Des nuits du blond et de la brune

Pas un souvenir n’est resté

Pas une dentelle d’été,

Pas une cravate commune ;
Et sur le balcon où le thé

Se prend aux heures de la lune

Il n’est resté de trace, aucune,

Pas un souvenir n’est resté.
Seule au coin d’un rideau piquée,

Brille une épingle à tête d’or

Comme un gros insecte qui dort.
Pointe d’un fin poison trempée,

Je te prends, sois-moi préparée

Aux heures des désirs de mort.

Toute Nue

Il y a plus de faiblesse que de raison

à être humiliés de ce qui nous manque.

Vauvenargues.

Or, je suppose que nous sommes,

Madame, dans votre salon :

On parle chiffres, rentes, sommes :

 » Je suis le plus pauvre des hommes,

J’ai dans ma bourse un seul doublon « ,
Vous dis-je, tout-à-coup, sans cause.

Cela vous fait ouvrir les yeux,

Et vous me dites, un peu rose ;

 » Que c’est bête, un homme qui pose

Pour être pauvre et que c’est vieux !
Posez plutôt pour être riche,

Ce sera tout aussi hideux ;

Mais dès l’instant que l’on s’affiche,

Il vaut encor mieux,  » Je m’en fiche !

Je veux, moi, poser pour les deux,
 » Comment, pour les deux ?  » Mais, sans doute ;

Supposons qu’à travers les bois

Nous ayons l’une et l’autre route.

Ou bien deux cloches qu’on écoute

Pour toutes les deux à la fois.
Oui, pour deux qui seraient comme une

Au bourg de Fouilly-les-merdeux,

Dans le clocher de la Commune ;

Laquelle, n’étant pas commune,

Serait, je dis bien, comme deux.
Ou comme cent, ou comme mille

Ça dépend de la qualité.

Mon doublon, lui, n’est point débile,

Et les marchandes de la ville

L’ont trouvé bon, en vérité.
 » Mais, si vous aviez la paire, est-ce

Que cela ne vous dirait rien ?  »

Si ! j’en ferais part à la Presse ;

À la condition expresse

Que je conserverais le mien.
Car, une quelconque, de paire,

Serait-elle trois avec six

Zéros, alignés par Ampère,

Je m’en fous comme de mon père,

S’il s’en fout comme de son fils.
 » Vous allez trop loin, prenez garde !

On pourrait se moquer de vous.

Vous criez plus fort que la garde.

Voyez, je crois qu’on nous regarde.

— Puisque je vous dis : je m’en fous !  »
Et tenez ! sortons dans la rue,

On mieux dans votre appartement,

Vous pourriez faire, toute nue,

Si vous le passiez en revue,

Baisser les yeux au régiment !
Eh bien ! pour vous donner la preuve,

Que je ne suis rien qu’un doublon,

Quand vous seriez pucelle ou veuve,

Nous allons le f à l’épreuve.

. . . . . . . . . . . . . . . .

Quand je vous dis, il est très bon.