Algérie – Biskra

Je sais en une église un vitrail merveilleux
Où quelque artiste illustre, inspiré des archanges,
A peint d’une façon mystique, en robe à franges,
Le front nimbé d’un astre, une Sainte aux yeux bleus.

Le soir, l’esprit hanté de rêves nébuleux
Et du céleste écho de récitals étranges,
Je m’en viens la prier sous les lueurs oranges
De la lune qui luit entre ses blonds cheveux.

Telle sur le vitrail de mon coeur je t’ai peinte,
Ma romanesque aimée, ô pâle et blonde sainte,
Toi, la seule que j’aime et toujours aimerai ;

Mais tu restes muette, impassible, et, trop fière,
Tu te plais à me voir, sombre et désespéré,
Errer dans mon amour comme en un cimetière !

British India

C’est un oiseau du bois sauvage
Qui m’a dit : ‘ Tu l’aimeras toujours. ‘
C’est une vague du rivage
Qui m’a dit : ‘ Renonce à tes amours… ‘
Mais cet oiseau du bois sauvage
M’a bien dit : ‘ Tu l’aimeras toujours ! ‘

Pour une fleur de ta ceinture
J’ai donné ma vie et mon repos.
Loin de tes yeux le temps me dure !
Je languis pour tes regards si beaux !
Pour une fleur de ta ceinture
J’ai donné ma vie et mon repos.

Pour un baiser sous les étoiles
J’ai vendu ma force et mon honneur.
Pour ta blancheur pure et sans voiles
J’ai perdu la pureté du coeur !
Pour un baiser sous les étoiles
J’ai vendu ma force et mon honneur.

Rien ne pourra briser les charmes
Dont je meurs pour éternellement.
Je te verrai railler mes larmes
Dans les bras de ton nouvel amant !
Rien ne pourra briser les charmes
Dont je meurs pour éternellement…

Ta mort seule rompra les charmes
Dont je meurs pour éternellement !

Côte-d’azur. – Nice

Sous le ciel gris lavé d’opale
Et qu’un soleil aux rayons lents
Poudre d’or vaporeux et pâle,
Elles vont it pas nonchalants ;

Roses de froid sous les voilettes
Elles passent, laissant dans l’air
Une senteur de violettes
Mourantes, et de blonde chair.

*
**

Elles ne vont ni vers l’église
Où, sur les mystiques autels,
L’encens qui monte symbolise
L’élan des esprits immortels ;

Ni vers les discrètes alcôves
Où le mousseux déroulement
Des rideaux jusqu’aux tapis fauves
Ruisselle langoureusement.

Sur les promenades banales
Elles vont montrer leurs velours
Et les richesses hivernales
Des manteaux orgueilleux et lourds.

Elles passent, frêles poupées
Aux yeux cruellement sereins,
Adorablement occupées
A bien cambrer leurs souples reins,

A faire entrevoir leur chair d’ambre
Et leurs cheveux d’or blond ou roux,
Et, sur le verglas de Décembre,
Leur robe a de royaux froufrous.

Mais le long dimanche, plus triste
Que les plus monotones nuits,
Dans leurs yeux de froide améthyste
A mis la fièvre des ennuis.

*
**

Ô Promeneuses des jours blêmes
D’hiver et des dimanches longs,
Nous, les chiffonneurs de poèmes,
Mignonnes, nous vous ressemblons,

Et, sans Amour et sans Prières,
Nous allons montrer, indolents,
Notre manteau de Rimes fières
Qui fait des froufrous insolents.

Mais un Ennui vague ensommeille
Notre marche lente à travers
Une vie égale, et pareille
Aux dimanches gris des hivers.

Égypte. – Port-saïd. – En Rade

Non, ce n’est pas l’été, dans le jardin qui brille,
Où tu t’aimes de vivre, où tu ris, coeur d’enfant !
Où tu vas demander à quelque jeune fille,
Son bouquet frais comme elle et que rien ne défend.

Ce n’est pas aux feux blancs de l’aube qui t’éveille,
Qui rouvre à ta pensée un lumineux chemin,
Quand tu crois, aux parfums retrouvés de la veille,
Saisir déjà l’objet qui t’a dit : ‘ A demain ! ‘

Non ! ce n’est pas le jour, sous le soleil d’où tombent
Les roses, les senteurs, les splendides clartés,
Les terrestres amours qui naissent et succombent,
Que tu dois me rêver pleurante à tes côtés :

C’est l’hiver, c’est le soir, près d’un feu dont la flamme
Eclaire le passé dans le fond de ton âme.
Au milieu du sommeil qui plane autour de toi,
Une forme s’élève ; elle est pâle ; c’est moi ;

C’est moi qui viens poser mon nom sur ta pensée,
Sur ton coeur étonné de me revoir encor ;
Triste, comme on est triste, aton dit, dans la mort,
A se voir poursuivi par quelque âme blessée,

Vous chuchotant tout bas ce qu’elle a dû souffrir,
Qui passe et dit : ‘ C’est vous qui m’avez fait mourir ! ‘