Tu Ne Veux Pas Choisir Les Routes Ni L’amour

Tu ne veux pas choisir les routes ni l’amour

Et tu brises tes jours sans rien retenir

Ta face est contractée des possibilités

Tu veux être celui qui ne prendra jamais

La forme d’un visage

Un soir que tu as signé

Le pacte des révoltes

Et revenu des rêves et revenu des morts

Te voilà les mains vides les armes à la main

Voilà que tu reprends et la route et le masque

Voilà que tu reprends entre tes mains tes rêves

Voilà que tu reprends tes jours écoulés

Voilà que tu reprends tes amours et tes nuits.

Tu Vis De Négations

Tu vis de négations et du mal que tu portes

Ton regard n’est qu’un rêve obscur

Tu laisses s’écouler ces jours avec effort

Le choix n’est pas pour toi parmi la multitude

Et ces jours qui sont beaux sont des jours pleins de

mal

Tu parles et tu n’as rien à dire à tous ces morts.

Un Bruit De Houle Qui M’enlève

Un bruit de houle qui m’enlève

Un fracas d’étincelles perdues dans la lumière

Et des fragments de rêves comme des voix.

La joie répandue à profusion par mon délire

Et le monde agrandi soudain jusqu’à mon coeur

Le monde circonscrit entre des flots

Et des bras jeunes et vierges qui multiplient

Sur des éternités sans espace et sans voix.

Un visage frémissant qui me réclame

Abandonné à des efforts d’absolu

Entre le ciel et l’eau qui nous protègent:

Rencontre fortuite et qui me perd

Avec la déraison des voix balbutiantes et pures

Et mon amour

Mais sans rien d’humain qui me délivre

Que cette joie répandue à profusion par mon délire

Et morte avec les ombres dans un grand bruit de

voix

Un Merveilleux Voyage

Un merveilleux voyage

Qui pourra construire la démence de ça

Pierrot sautillant adieu

De l’éternité

Recul de la lumière

Solitude à nouveau comme un arbre mort

Et sur la parenthèse ouverte

Sur la vie sur tes lèvres sur ce miracle

De toi

Un Monde Sans Issue Est Né D’un Étrange Paroxysme

Un monde sans issue est né d’un étrange paroxysme

Et d’une horrible lutte avec l’hiver

Avec le temps avec nos doigts engourdis de froid

Et le printemps nous verra de retour

Comme des esprits hantés par d’incommunicables rêves

Nous avons vécu des jours de fièvre

Et d’insolence hagarde

Et nos vies transparaîtront comme ces étoiles

Mortes depuis le début du commencement

Mais dont la lumière s’est gardée dans le miroir

D’une indicible résurrection.
6 Mars 1947

Un Printemps Magique Naîtra

Un printemps magique naîtra

De l’horreur brisée

L’horreur c’était la glace sur le fer

La neige immaculée et le sang coagulé sur le fer

L’angoisse asymétrique sur nos faces

Comme un même délire obscène

Une vengeance de l’incommensurable attente

Du poison d’un impossible apaisement

Et le printemps sera comme un noyé

Décomposé par un trop long séjour

De l’inaccessible sommeil

Vent De Glace

Vent de glace feuilles tremblantes

Printemps comme un somnambule

Dans la lumière d’un ciel en proie à la peur

Ce refus de mourir exalté

Et l’angoisse de la gloire

D’une gloire fragile

Que l’on regarde fixement durant les jours

Rêve au matin après la veille

Blocs incandescents et l’éclatement qui menace

Se Retrouver Tout Comme Aujourd’hui Dans Dix Ans

Se retrouver tout comme aujourd’hui dans dix ans

Il n’y aurait rien de changé

Le jour un peu plus pâle et les journées plus

courtes

Ce carré de ciel découpé par les toits aussi lourd

de pluie ou de lumière

Les habitudes et les saisons obscurcies par un

usage trop long et trop familier

Un ciel de février comme aujourd’hui pesant et

bas

Devant une table au café ma main tenant un crayon

inutile

Et la même distance entre les passants et ma

présence obscure

Avec seulement une plus grande peine un plus

grand mal

A regarder face à face le vide de cette vie si

remplie et si vaine

Une plus longue habitude de la vie

Une plus longue habitude de la mort

Et ce rétrécissement douloureux de mes gestes

Et de mon visage

Ville Creusée Au Burin Des Larmes

Ville creusée au burin des larmes et des cris de

haine

Je connais ton labyrinthe menaçant

Je connais la perte de tes détours

Car j’ai fait éclater mon cœur

Dans ton tourbillon de sanglots

il ne me reste qu’à forger ce coin d’acier

A la fureur destructrice où se rejoignent les lamentations

Du fleuve souterrain de l’espace

Comme une fresque qui se refléterait dans le miroir

De ma furieuse survie

Seul Et Désespéré

Seul et désespéré

J’habite la conscience de l’invisible débat

Et la pluie qui tombe après le froid glacial

N’a pas changé l’apparence de l’asphalte mon seul

refuge

J’ai descellé la pierre à battement

Pour le triple battement de l’enfer

Et mon voyage à travers la déraison

S’incline à durer comme celui de l’esprit des morts

Ville Tu Es Toujours La Même

Ville tu es toujours la même

Si désemparée d’attendre des hommes qui te

reviennent

Des hommes qui te comprennent

Et triste d’une joie amère et sauvage

Ville dégrisée qui se révolte au bord d’un monde

Ville qui comprend les hommes aux visages invisibles

Les rares hommes comme des fantômes

Dernier sursaut avant les larmes

D’une jeune fille nue et désespérée par des caresses

sans grandeur

Des caresses retirées de l’amour

Pour toujours retirées de l’amour

Si L’on Me Cherche

Si l’on me cherche

C’est un matin d’Hiver qu’on me trouvera

Un matin d’Hiver sous la pluie

Un matin quand la vie n’a plus de hasard

Mais que tout est pareil encore à l’Hiver

Les arbres le pavé la rue presque déserte

On me trouvera dans l’inutile

Dans un mot qui n’a pas de sens

Un mot qui n’a pas de raison

Vos Deux Présences

Vos deux présences

Alternent ma douleur et confondent ma vie

Et je reste immobile avec ma face aveugle et mes

bras morts

A soudoyer mon rêve d’absolu qui ronge mon

silence

D’un Mal qui me détruit sans m’accomplir.

Et si l’une de vos vies m’appelle dans la nuit

Je meurs avec le jour de l’autre qui m’efface

Et je reviens à des moments pareils à des douleurs

Écartant comme un damné le choix de tout amour.

Testament

I
Je lègue à Jany de Ruy

Mon grand portrait celui

Où il est dit que le fou que Satan le fou fut partout

Je lègue à Jany de Ruy la folle

La joie perdue la joie féroce de vivre

Et de haïr le monde

La joie d’exterminer le monde
II
Je lègue à ma folle aimée

Mon sexe ma poitrine armée par la mort

Ma poitrine armée

Je lègue à Jany la folle mon sexe mon sperme

Et l’enfant qui naîtra de nous mon sexe

L’enfant mort qui naîtra de nous
III
Je lègue à Jany la folle je lègue à ma folle aimée

Ma colère ma haine et surtout

Mon amour mort les pierres mon amour vivant

des pierres

Je lègue à ma folle aimée ce testament écrit

Pour elle pour que demain son nom soit prononcé

son nom

Comme le nom de la plus aimée

Comme le nom de la folle aimée
Jany la folle demain je serai mort Jany

Je serai mort Jany la folle

Tout Entière Au Néant

Tout entière au néant

Epouvantée misérable et folle

Je ne suis pas un homme à bout de stupeur

Je ne suis pas un homme qui revient ni qui part

Je suis un homme épouvanté

Et dont la stupeur comme des flammes
Personne ne saura me dire pourquoi ce choc

Se répercute comme des flammes

Et s’empare de mon être informe déjà