Tombeau De Rud’en-souppe

Ici gît dans ce tombeau foireux
Rud’En-Souppe le valeureux,
Qui voyant la guerre entreprise
Au pays, et qu’on le cherchait,
Se cacha dessous la chemise
De sa grand’ Jeanne, qui pétait :
Lui qui tremblait tant écoutait
Tant redoubler de pétarades,
Saisi de peur crut qu’il était
Au milieu des harquebusades :
Qu’en advint-il ? Ses sens malades,
Et le trou de son cul puant
Perdant sa vertu retentrice,
Au lieu de combattre en la lice
Il mourut de peur en chiant.

Un Jaloux

Épigramme.

Un jour en colère un Jean Cul
Reprochait à sa prude femme :
Est-il pas vrai, paillarde infâme,
Que tu m’as fait cent fois cocu ?
Mari, la fureur vous transporte.
Confesse donc ou tu es morte.
Si je le dis, que ferez-vous ?
Je te ferais trancher la tête !
Je ne serais donc pas si bête
De le dire en votre courroux.

Épitaphe De Pérrine

Sonnet.

Ici gît qui chevauchait dès ses plus tendres ans,
Qui fut par un incube (*) au berceau chevauchée,
Qui, petite, déjà d’un sale feu touchée,
Se faisait chevaucher par les petits enfants.

Grande, chevaucha tant les petits et les grands,
Que toujours à l’envers on la trouvait couchée ;
Enfin, vieille, mourut haridelle (*) écorchée,
D’avoir tant chevauché aux villes et aux champs.

Bref, cette grande jument que les aréopages,
Les soldats, les bêcheurs, les laquais et les pages,
Mirent jadis au trot, au galop et au pas,

Tourna si dextrement (*) ou à droite, ou à gauche,
Et fit si bien après son infâme trépas,
Qu’encore dans l’enfer un démon la chevauche.

* Incube : Démon sexuel.
* Haridelle : Cheval maigre, en mauvaise santé.
* Dextrement : Avec dextérité.

La Jalousie

Poètes, peintres parlants, que vous sert de nous feindre,
Peintres, poètes muets, que vous sert de nous peindre
Des feux, des fouets, des fers, des vaisseaux pleins de trous,
Des rages, des fureurs, des lieux épouvantables :
Pour exprimer l’horreur des enfers effroyables,
Est-il enfer semblable à celui des jaloux ?

L’aigle de Prométhée, les fouets des Euménides,
Les vaisseaux défoncés des folles Danaïdes,
D’Ixion abusé les roues et les clous,
Les peines de Tantal, de Sisyph, de Phlégie
Ne sont que jeux au prix de l’âpre jalousie,
Il n’est enfer semblable à celui des jaloux.

Si la nuit le jaloux tient sa femme embrassée,
Il croit tenant le corps qu’un autre a sa pensée ;
Fût-elle à prier Dieu dans l’église à genoux,
Si du temps qu’il lui donne elle passe les bornes,
Ce Vulcain pense avoir le front tout plein de cornes
Et se plonge insensé dans l’enfer des jaloux.

Une rare beauté, un accoutrement brave,
Une charmante voix, une démarche grave,
Un oeil rempli d’attraits, un sourire trop doux,
Une gaillarde humeur, une larme aperçue,
Un doux accord de luth, une oeillade conçue,
Sont les plus grands tourments de l’enfer des jaloux.

Ils sont pâles, chagrins, songeards, mélancoliques,
Noisifs, capricieux, maussades, fantastiques,
Difficiles, hargneux, sauvages, loups-garous,
L’esprit toujours porté à quelque horrible songe,
Un vautour sans cesser les entrailles leur ronge,
Bref, il n’est tel enfer que celui des jaloux.

Donc vieillards refroidis, cherchez quelques Médées
Pour faire rajeunir vos vieillesses ridées,
Et au tripot d’amour mieux assener vos coups,
Ou bien, dagues de plomb, votre horoscope preuve
Que vous serez bientôt des cocus à l’épreuve
Et que vous entrerez dans l’enfer des jaloux.

Et vous cabas moisis, vieilles tapissières,
Tétins mous, fronts ridés, culs plats, fesses flétries,
Yeux pleureux, cheveux gras, pourquoi épousez-vous
Ces volages poulains qu’un jeune amour enflamme ?
Vous n’êtes que de glace, ils ne sont que de flamme.
Entrez, vieilles, entrez dans l’enfer des jaloux.

Le Bossu Et Le Boiteux

Épigramme.

Le bossu dit au boiteux, chancelant
Comme un bateau qu’on pourmeine (*) sans peautre (*) :
Ô que tu sais des nouvelles, galant,
Toi qui toujours vas de coté et d’autre !
Tais-toi, dit l’autre, apaise ton caquet,
Est-ce pas toi qui portes le paquet ?

* Pourmeine : Promène.
* Peautre : Gouvernail.

Le Nez

Il n’est pas toujours véritable
Que chacun aime son semblable,
Puis qu’on voit d’un contraire sort
La plus camarde de la rue
Être amoureuse devenue
D’un grand nez à double ressort.

Mais vous n’entendez pas la ruse ;
Par ce grand nez, cette camuse
Conserve en tout temps sa beauté :
L’hiver, au feu ce nez de balle
Lui sert d’écran contre le hâle,
Et de parasol en été.

Je ne tiendrais plus pour merveille
La Pyramide nonpareille
Qui jadis ombrageait Memphis,
Puis que ce nez à triple étage
À midi mettrait à l’ombrage
Six rangs de piquiers dix-à-dix.

Ce grand nez sert en mainte sorte :
De verrou à fermer la porte,
De bourdon pour un pèlerin,
De javelot, de hallebarde,
De pilon a broyer moutarde,
Et de claquet pour un moulin.

II sert aux maçons de truelle.
D’un éventail à damoiselle,
De bêche pour les jardiniers,
De soc pour labourer la terre,
D’une trompette pour la guerre
Et d’astrolabe aux mariniers.

Ce nez en dos d’âne se cambre
Comme l’anse d’un pot de chambre,
Puis, s’évasant en coquemar,
Son gros bout, plat comme une gâche,
Se rend propre à faire un rondache
Ou l’écusson d’un jaquemart.

Mais pourquoi, petite camarde,
Aimes-tu ce nez de bombarde ?
Tes amours sont désordonnés.
Pensais-tu, lascive saffrette,
Que le membre de sa braguette
Fut à proportion du nez ?

Tu ne savais donc pas, folâtre,
Que nature voulant (marastre)
Dessus ce corps prodigieux
Se jouer en ses artifices,
Lui fit le nez entre les cuisses
Et le priape (*) entre les yeux ?

Mais ce qui est le plus difforme,
C’est que sous ce grand nez énorme
S’ouvrent deux grands trous caverneux
Qui lui broient plus de peinture
Que le cul, peintre de nature,
Sur l’anneau d’un retrait bréneux.

Qui voit ses narines soufflantes,
Écumeuses, larges, ronflantes,
Peut bien juger que ce paillard
Eut jadis un roussin pour père,
Ou que sa ribaude de mère
L’engendra du cheval Bayard.

Aussi un jour ce gros ivrogne
Ronflait, d’une bachique trogne,
Si fort dessus son traversin,
Que, sur les murs, les échauguettes,
Pensant ouïr quelques trompettes,
En firent sonner le tocsin.

* Priape : Sexe.

Les Rodomons Sous Les Courtines

Ces fendeurs de nasaux, ces Trasons, ces bravaches (*),
Qui armés jusqu’aux dents menacent terre et cieux,
Aux combats de Cypris ne sont que des gavaches :
L’adolescent Amour n’a rien de furieux.

C’est un conte de vieille, un mensonge, une fable,
Que de Mars furibond Cyprine ait eu pitié ;
Si ce cruel baisa cette déesse affable,
Ce fut par violence et non par amitié.

Mars est peint tout armé, l’œil fier, la main sanglante,
Plein de rage et fiel ; au contraire, Vénus,
Toujours en bel humeur, douce, humaine, riante,
Les membres potelés, rebondis et tout nus.

Pour nous que jour et nuit le feu d’amour enflamme,
Nous disons qu’il n’est point tombeau plus glorieux
Que le sein pommelé d’une amoureuse dame,
Et que mourir ainsi, c’est vivre avec les dieux.

Tous nus entre deux draps à l’ombre des courtines,
Nous souffrons et faisons souffrir mille trépas,
Et l’âme palpitant sur deux lèvres sucrines :
Nous mourons mille fois, et si ne mourons pas.

Soit en force de corps, soit en vigueur de flammes,
Soit pour trouver au lit mille blandissements (*),
Nous sommes les phœnix des amoureuses âmes,
Jetant la poudre aux yeux des plus parfaits amants.

Nous savons comme il faut aux plaisirs de la couche
Rallumer nos brasiers de mille attraits nouveaux,
Baiser en cent façons le corail d’une bouche,
Et l’enfleure presser de deux globes jumeaux.

Lancer à l’improviste une œillade lascive,
D’un fantasque mari apaiser le courroux,
Soupirer nos tourments d’une grâce naïve,
Pocher les yeux d’Argus et tromper les jaloux.

Dissimuler nos feux, forger mille artifices,
Cacher aux plus rusés les désirs de nos cœurs.
Adorer deux beaux yeux, leur offrir nos services,
Les nommer nos soleils, nos rois et nos vainqueurs.

Ou, si nous ne pouvons devant ces âmes louches
Gémir ouvertement la rigueur de nos coups,
Nos yeux alors faisant l’office de nos bouches,
Nos languissants regards parlent assez pour nous.

Nous produisons encor ce miracle en nature
Qu’un sein de glace brûle au feu de nos doublons,
Si l’herbe Ethiopis fait tomber la serrure,
Notre discours fait choir la nymphe aux courts talons.

Aux doux accords d’un luth notre voix mariée
Porte l’âme à l’oreille ouïr un paradis,
Et dansant, notre grâce au geste appariée
Donnerait de l’amour aux plus chastes Judits.

Pour rendre de tout point une dame contente
Sans le satirion, la Pistache et les œufs.
Le mol bégaiement d’une langue qui tente,
Invincibles nous rend au duel amoureux.

Qu’on ne nous blâme point du vice de paresse,
Ce morfondu péché répugne à nos désirs,
Car il n’est tordion (*), cullotis (*), ni souplesse
Qu’Amour ne nous instruise au fort de nos plaisirs.

L’Aretin fut un sot de limiter un nombre
Des postures qu’on tient au manège d’amour,
Si de l’enfer pouvait ressusciter son ombre,
Bien d’autres il verrait pratiquer à la cour.

Mais laissant Jupiter et son beau Ganymède
D’un stupre abominable offenser le soleil,
Pour donner à nos maux un licite remède
Nous humons à longs traits le nectar d’un bel œil.

Enragez donc Vulcans, tenez maussades âmes
Ces amoureux tendrons jour et nuit enserrés,
Vos rigoureux glaçons augmenteront leurs flammes
Et plus serez jaloux plus cocus vous serez.

* Bravache : Faux brave, fanfaron.
* Blandissements : Caresses.
* Tordion : Torsion, contorsion.
* Cullotis : Mouvements du derrière.

Les Tétons Comparés Aux Boules

Épigramme.

N’en déplaise à Ronsard, les tétons de nos filles
À des boules ne sont comparés justement,
Car la boule ne sert que d’abattre les quilles,
Mais un beau sein les fait redresser promptement.

Les Verriers

Vous ennemis mortels de la mélancolie,
Vénérables Buveurs aux fronts enluminés,
Embrassez les Verriers de la noble Italie,
Car ils font des Pinceaux à vous peindre le nez.

Par ces braves Pinceaux nous entendons les verres,
Verres qui parmi nous de grands miracles font ;
Par eux nous oublions les malheurs de nos guerres,
Et sans eux bien souvent le Dieu Mars se morfond.

Le Verre inspire aussi les verves poétiques,
C’était l’aimé joyau du bon Anacréon,
Et beaucoup trouvent plus de fureurs prophétiques
Au Verre de Bacchus qu’au Trépied d’Apollon.

Entre les verres pleins l’on fait les mariages,
Les pleiges (*), les marchés et les transactions,
Et les hommes vivaient agrestes et sauvages,
Quand le verre adoucit leurs rudes actions.

Il donne l’éloquence, il augmente les forces,
II réchauffe aux vieillards leurs membres engelés,
II provoque à l’amour, rallume ses amorces,
Et fait trouver du feu entre deux culs gelés.

II noie les soucis, il acquitte les dettes,
II dissout aisément toutes difficultés,
II fait voir les pensées des âmes plus secrètes,
Et d’un oracle faux tire des vérités.

Si quelque scolaire nous objecte au contraire,
Qu’au vin, non pas au verre, appartiennent ces droits ;
Nous l’envoyons téter derechef sa grammaire,
Et de la Synecdoche apprendre encor les lois.

Aussi, comme à Pallas l’olive est consacrée,
Le chêne à Jupiter, le laurier à Phœbus,
Les cornes à Vulcan, le myrthe à Cytherée,
Les verres sont aussi consacrés à Bacchus.

Ô gentil joli verre, ô joli gentil verre,
Joli verre gentil, gentil verre joli,
Quel plaisir reçoit-on quand la bouche on desserre,
Sur ton bord qui distille un nectar cramoisi !

Dansez grands vases d’or, dépense superflue,
Le vin n’est si plaisant, bien qu’il soit de grand coût,
II ne peut contenter que le goût, non la vue,
Mais au verre il contente et la vue et le goût.

Le haut-bois est gaillard, plaisant est la pandore,
Le cithre est argentin, le luth harmonieux,
Douce est la harpe aussi, gentille la mandore,
Mais le verre cent fois est plus mélodieux.

Le belliqueux soldat n’aime tant son épée,
Le berger ne va tant son chalumeau prisant,
Le chicaneur sa plume, et l’enfant sa poupée,
Comme va le buveur son verre chérissant.

Aussi la verrerie a tant de gentillesse,
Qu’elle n’est point permise aux vilains roturiers,
Car si tu n’es tout ladre, et pourri de noblesse,
Tu ne souffleras point aux moules des verriers.

Bien est vrai qu’une fois quatre nymphes jolies,
Que la discrétion nous commande celer,
Nous vinrent visiter dedans nos verreries,
Et voulurent chacune un beau verre souffler.

Un impétueux glaçon eut congelé nos âmes,
Si lors nous eussions peu ces beautés refuser,
Puis les Italiens sont amoureux des femmes —
Quand ils ne trouvent point à Ganimédiser.

La plus gaillarde donc commence sans feintise,
La première à souffler notre métal fondu,
Et le mettant au moule, à l’instant elle avise
L’arrosoir de nature à sa verge pendu.

Hé ! mon Dieu, qu’est-ce là ? s’écria la pauvrette,
Quand la seconde dit : Qu’avez-vous donc, ma sœur ?
Là, ne faites point tant de la fille secrète,
Un vivant, bien plus gros, ne vous fait point de peur.

Je veux, mon petit cœur, imiter ton ouvrage,
Verrier, permettez-moi que je souffle le mien ?
Hé, mon Dieu, qu’il est beau ! vraiment j’ai l’avantage,
Car le mien est plus gros et plus long que le sien.

Vous ignorez encor toutes deux la manière
(Dit la troisième alors), le mien sera plus beau.
Voyez-vous comme il est renfoncé par derrière,
Et comme par devant il renverse la peau ?

La dernière n’étant moins que les autres gaie,
Et dont les mouvements semblaient plus ravisseurs,
Si faut-il qu’en mon rang (se dit-elle) j’essaie,
Si je le pourrai faire aussi bien que mes sœurs.

Lors, prenant un peu trop de notre chaude fonte,
La souffle, et puis la verse au fond du moule creux ;
Mais soufflant à la verge, elle eut un peu de honte,
Voyant que son Priape était plus gros que deux.

Or, pour ces instruments il y eut de la noise.
Le mien est le plus droit. Celui-là est trop lourd.
Le sien n’est qu’un fétu. Le tien est une boise,
Celui-ci est trop long, et cet autre est trop court.

Laissez (se dismes-nous) ce débat, belles dames,
Pour ces engins de verre, il ne vous faut fâcher.
Mettez notre métal dedans vos rouges flammes,
Et nous vous apprendrons comme on en fait de chair.

Elles qui ressentaient un semblable martyre,
Donnèrent pour réponse un sourire gracieux,
Et ce qu’honnêtement leur bouche n’osait dire,
Elles le firent assez entendre par les yeux.

Alors chacun prit celle où se jeta sa vue,
Et qui fut plus sortable à son affection :
Mais, d’autant que pour lors la table était rompue,
Nous fîmes sur le lit notre collation.

Le branle étant fini, ces Pénélopes sages,
Pour faire leur retour, remirent leurs collets ;
Car avec nos métaux finirent nos ouvrages,
Comme avec la note on finit les ballets.

Mais, hélas ! il n’est point de plaisir sans tristesse,
Toujours après le bien le mal se fait sentir :
Nous eûmes bon marché de ces douces caresses,
Mais nous en achetons bien cher le repentir.

Nous en avons porté la robe de Mercure.
À peine en notre bouche est restée une dent,
Si tôt n’eûmes passé le détroit de nature,
Que nous vîmes Suri, Bavière et Claquedent.

* Pleige : Caution.

À Une Dame Trop Maigre

Non, je ne l’aime point cette carcasse d’os ;
Qu’on ne m’en parle plus, quoi qu’il y ait du lucre (*) ;
J’aime autant embrasser l’image d’Atropos,
Ou me laisser tomber tout nu dans un sépulcre.

Dès la première nuit de nos embrassements,
J’imaginais sa chambre être un grand cimetière ;
Son corps maigre semblait un monceau d’ossements,
Son linceul un suaire, et sa couche une bière.

Ce serait violer le droit des trépassés
De toucher, sacrilège, à ses membres éthiques ;
Je les baiserais bien s’ils étaient enchâssés,
Comme au travers d’un verre on baise les reliques.

Belle, dis-je (tâtant la peau de son téton),
Pour ne me point blesser lorsque je vous embrasse,
II faudrait vous garnir les membres de coton,
Ou que je fusse armé d’un bon corps de cuirasse.

Quand je touche aux rasoirs de votre hastelet (*),
Je n’oserais mêler mes os avec les vôtres.
Votre mère vous fit disant son chapelet,
Puisque tout votre corps n’est que de patenostres (*).

Au châlit innocent j’eusse dit ces propos :
Pourquoi faut-il, jaloux, que si haut tu caquettes ?
Mais je reconnus la dame au cliquetis des os,
Comme on connaît un ladre au bruit de ses cliquettes.

Son meunier, l’autre jour, revenant du marché
(Piqueur alternatif de cette haridelle),
Me dit qu’il en avait le cul tout écorché,
Et que son âne était plus franche d’amble qu’elle.

Un jour que ce vieux fut d’arquebuse à gibier,
Je tâtonnais partout, je lui dis : Ô m’amie,
Que vous auriez besoin d’un excellent barbier
Pour enfiler les os de votre anatomie !

Ce corps qui va craquant aussitôt qu’on l’étreint
Me semble trop fragile aux amoureux approches ;
II vaut mieux le garder pour le vendredi saint,
Servir de tournevelle au défaut de nos cloches.

* Lucre : Terme péjoratif qui désigne le gain.
* Hastelet : Pièce de porc à rôtir à la broche.
* Patenostres : Oraison, prière, Pater Noster.

À Une Laide

xxSonnet à une amoureuse de l’auteur.

Un œil de chat huant, des cheveux serpentins,
Une trogne rustique à prendre des copies,
Un nez qui au mois d’août distille les roupies.
Un rire sardonien à charmer les lutins ;

Une bouche en triangle, où comme à ces matins
Hors œuvre on voit pousser de longues dents pourries,
Une lèvre chancreuse (*) à baiser les Furies,
Un front plâtré de fard, un boisseau de tétins

Sont tes rares beautés, exécrable Thessale ;
Et tu veux que je t’aime, et la flamme loyale
De ma belle maîtresse en ton sein étouffer !

Non, non, dans le bordeau (*) vas jouer de ton reste :
Tes venimeux baisers me donneraient la peste,
Et croirais embrasser une rage d’enfer.

* Chancreux : Ulcère, cancer.
* Bordeau : Bordel.

Alix À Pleine Main

Épigramme.

Alix a pleine main tenait
Le manche à Thibaut, qui frétille ;
Thibaut, du cul carillonnait,
Comme Alix tournait la cheville.
Vilain, vous pétez ? dit la fille.
Quoi ! dit Thibaut sans s’étonner,
Pensez-vous tant toucher l’aiguille
Sans faire l’horloge sonner ?

Alix Prisonnière

Épigramme.

Alix, qu’on traînait prisonnière,
À sa mère dit sans rougir :
 » Cessez de pleurer tant, ma mère,
Je me ferais bien élargir. « 

Au Roi

Jeune Mars, à qui les alarmes
Sont des plaisirs délicieux,
Puissent tes belliqueuses armes
Étonner la terre et les cieux !
Que la postérité ravie
Face confesser à l’Envie
Qu’admirables sont tes exploits ;
Ton nom grossisse les histoires,
Et ne s’entretiennent les rois
Que du récit de tes victoires !

Que le rebelle trouble-sceptre,
Puni de sa témérité,
Sache combien pèse la dextre
D’un si grand monarque irrité !
Maudisse à jamais ce rebelle,
Les boute-feux de la Rochelle,
Et que l’hérétique insolent,
En son malheur puisse comprendre
La grandeur du feu violent
Par l’abondance de la cendre !

Écrase ces monstres superbes ;
D’Hercule imitant les travaux,
Trempe les rézoyantes herbes
Du noir venin de ces crapauds ;
Et si ce crocodile pleure,
Te souvienne, mon prince, à l’heure
Qu’en l’an cinq cent soixante et trois,
Cette abominable furie
Fit de tout l’empire françois
Une sanglante boucherie.

Grand roi, ta clémence infinie
Mériterait quelque guerdon (*),
Si le crime de félonie (*)
Était capable de pardon,
Et si d’un puissant coup d’épée,
Une tête au hydre coupée,
Les autres mouraient peu à peu ;
Mais, d’une sept prennent naissance,
Et ne faut guère de ce feu
Pour faire un brasier de la France.

Enfin, ta douceur excessive
Tournerait en rigueur pour nous :
L’ulcère souvent récidive
Quand les remèdes sont trop doux.
Louable est la miséricorde ;
Mais, aussi faut-il qu’on m’accorde
Que plus le serpent est nourri,
Plus son venin est mortifère,
Et qu’il faut au membre pourri
Ou le couteau, ou le cautère.

Que du point où Phébus dévale
Chez Thétis pour faire l’amour,
Jusqu’où l’amante de Céphale
Ouvre la barrière du jour,
Et depuis la bouillante Afrique
Jusqu’où le nomade Scitique
Roule ses taudis vagabonds,
En tel estime soient tes armes,
Qu’à jamais le nom des Bourbons
Soit invoqué dans les alarmes !

Tu seras le miroir des princes,
Et désormais les plus grands rois
Ne gouverneront leurs provinces
Qu’au patron de tes justes lois ;
Ta gloire sera sans seconde,
Et si l’on croit encore au monde
À la pluralité des dieux,
Les payens, meuz de tes exemples,
T’érigeront en mille lieux
Autels, sacrifices et temples.

Pourquoi non, puis que tant d’oracles
Prédisent tes futurs lauriers,
Et que l’on voit tant de miracles
Reluire en tes actes guerriers ?
Phœnix des monarques de France.
Si la justice et la vaillance
Mirent Hercule au rang des dieux,
Où sera ta grandeur auguste ?
Y eut-il jamais sous les cieux
Un roi plus vaillant et plus juste ?

* Guerdon : Récompense.
* Félonie : Traîtrise.

Contre Une Vieille Importune

Sonnet.

Furie aux crins retors, exécrable mégère,
Qui te fait tant vomir de poison contre moi,
Et troubler la beauté qui me donne la loi
Des importuns discours de ta langue légère ?

Quel démon envieux tous les jours te suggère
Les moyens d’ébranler le roc de notre foi ?
Penses-tu que la sainte, en qui seule je crois,
Soit infidèle autant que tu es mensongère ?

Non, non, vieille sorcière, invente si tu veux,
Mille charmes nouveaux pour dissoudre les nœuds
Dont Cupidon étreint nos amoureuses âmes :

Tu feras lors cesser nos honnêtes ébats,
Quand tes yeux cesseront d’allumer aux sabbats
Dans le sein des démons des impudiques flammes.