À Messieurs Du Conseil

Prothee tel qu’a feint le vieux poëte Homere
Qui en plusieurs façons se souloit varier
Ne s’eust laissé dormant par Atride atraper
Sans l’advertissement d’Idothe debonnaire.

Et n’eust du Dieu marin tiré responce vaine
Pour se pouvoir sauver et les compagnons siens :
Mais miserable moy qui par dommages miens
Preuve la fiction d’Homere trescertaine.

Tresorier m’est Prothee ou plus que luy muable,
Si aider ne me vient d’Idothe la faveur
De cire et parchemins liens à mon malheur
Luy mets, mais vain mon dol par son dol variable.

Autre espoir n’ay sinon que d’airain quelque chaisne
Vous messieurs du Conseil, me vueillez accorder,
Afn qu’il die au vray ne pouvant evader,
Demain Dorat d’or as ta sauveté prochaine.

Epithalame Ou Chant Nuptial

Je crois que tout mon lit de chardons est semé !
Qu’il est rude et malfait. Hé ! Dieu suisje si tendre
Que je n’y puis durer ? je ne fais que m’étendre,
Et ne sens point venir le Somme accoutumé.

Il est après minuit, je n’ai pas l’oeil fermé,
Et mes membres lassés repos ne peuvent prendre.
Sus Phebus, lèvetoi ! ne te fais plus attendre.
Et de tes clairs regards rends le ciel allumé.

Que la nuit m’importune, et m’est dure et contraire !
Mais pourtant c’est en vain, ô Phebus, que j’espère
D’avoir plus de clarté par ton nouveau retour :

Car je serai couvert d’une effroyable nue,
Tant qu’un plus beau soleil, qui me cache sa vue,
Vienne luire à Paris et m’apporte le jour.