Le Château D’if

Tuant, sur un sopha, sonneur des modes las,
Amant des rimes d’or rarissimes et vierges,
Dans les rêves le spleen, du làhaut morne et gras,
Quand, lourde, ploq, pliq, ploq, ainsi qu’en l’eau, des verges,

La pluie au long ennui plaque en les longs ruisseaux
Sa musique univoque, et que le morne arpège,
Pliq, ploq, pliq, pliq, ploq, plaq, rumeur d’eau dans les eaux ;
S’exhale en des sourdeurs de pleur las qui s’allège,

Vagues, les heures, lors, à quelque paradis
Il ouvre ses Yeux grands : et sur le sommeil grave
De ses lèvres de sphinx aux amers et doux plis
Son long rêve soleille, apâli, vierge et suave…..

Tout soleil, l’Air divin sur de l’eau plane et d’or
Arde d’or ; et, par là, rêve des pierres nues,
S’esseule, doux au loin d’inremué sopor,
Un lilas doux de mont allongé sous les nues.

Pas une aile ne rame : et, sur la plane mer
Des gramens doux et plans, un zéphir ne ramage
Par les rameaux au somme empli d’azur et d’air
Des oliviers divins et des lauriers pleins d’âge.

Pas un son, haut, las, ni moindre ! et pas une odeur
N’exhale par l’Air d’or un soupir plein de sève :
Rien que l’or du grand Air, l’azur et la verdeur,
Perdus dans un lilas de mont empli de rêve !…

Or, doux et mêmes, Tous, et ne dira nul oeil
Qui les Hommes et qui les Vierges, d’hommes pâles
Tous impoilus va morne, et de Vierges, en deuil
De quelque dieu, va pâle, en ses peplos non mâles,

Une Théorie ample aux Yeux larges et noirs :
Morne et pâle, et la soeur des lueurs de lune ample
Par l’Air d’or elle va, sans aurore et sans soirs,
Sous les rameaux d’azur pieux ainsi qu’un Temple.

Sur les gramens ils vont ; et sous leurs peplos longs
vontils asexués, les Vierges et les Hommes,
Sous les peplos pâlis d’immenses lunaisons,
Vagues haut sur la mer des gramens sans arômes.

Ils vont par les lauriers et le long paradis
Saphiques et divins : et, pour amoureux râles,
Pour spasmes et désirs, tout duo d’Yeux pâlis
A l’immense union de ses sourires pâles !…

Tuant, sur un sopha, sonneur des modes las,
amant des rimes d’or rarissimes et vierges,
Dans les rêves le spleen, du làhaut morne et gras,
Quand, lourde, ploq, pliq, ploq, ainsi qu’en l’eau, des verges,

La pluie au long ennui plaque aux ruisseaux, dehors,
Sa musique univoque, ainsi, dans l’insapide,
Dans le mauve et le glauque, et l’azur et les ors.
Aux paradis sans noms il va, doux et limpide…

Ode Sur La Mort De J.-b. Rousseau

Ton visage est le mot de la nuit étoilée
Un ciel obscur s’ouvre lentement dans tes bras
Où le plaisir plus vain que la flamme argentée
Comme un astre brisé brille et tremble tout bas

Vivante, conduismoi dans ce nocturne empire
Dont l’horizon mobile enferme notre amour.
Je touche un paysage ; il s’éclaire, il respire
Et prend quelque couleur sans attendre le jour.

Que de choses j’apprends au défaut de tes larmes
Sur le point de me perdre où tu m’as précédé,
Mais enfin je renonce à détourner tes armes.
Je reconnais un corps que je dois te céder.

Perdonsnous ! Parcourons cette courbe profonde
Que tes genoux légers ne me délivrent pas.
Que je sois seul au monde
Au moment de tes larmes.

Que la paix de l’amour commence sous nos pas.