Skip to content

Auteur : Jean Lorrain

Yseulte

Parmi les trèfles d’or et les roses d’émail,Peinte avec des yeux verts et des cheveux de cuivreSur un ciel d’ocre pale, Yseulte clôt le livre,Dont six noms de princesse ornent l’épais fermail.Sa bouche, où le sang frais luit et perle en corail,Dit et son fauve amour et son ardeur de…

Viviane

Pour Léon Cladel Linus aux bois de Crète errant parmi les branches Voyait fuir et tourner de vagues formes blanches Qui riaient ; et des pieds nus, dansant sur le thym Et la menthe sauvage, égaraient Théocrite En Sicile. En Bretagne, au temps d’un roi lointain, Viviane, en riant de…

Visionnaire

C’était au fond d’un rêve obsédant de regrets. J’errais seul au milieu d’un pays insalubre. Disque énorme, une lune éclatante et lugubre Émergeait à demi des herbes d’un marais. Et j’arrivais ainsi dons un bois de cyprès, Où des coups de maillet attristaient le silence Et l’air était avare et…

Relent D’amour

Beauté tragique et vénéneuse, Genèvre, Ô pale empoisonneuse Dont les refus lents et savants M’ont appris l’amère ironie Des vains désirs à l’agonie De l’amour même survivants, Je hais et maudis ta mémoire, Coupe d’or où ne veut plus boire Mon coeur las, altéré d’oubli. Déjà lointaine comme un songe,…

Récurrence

Enchanteurs et sorciers, Mantegna, Léonard ! Des sourires de femme apparus dans les Louvre Plus d’un porte une plaie au flanc, qui pleure et s’ouvre Et lui fait un front blême et le geste hagard. Ce bleu sombre et profond du ciel dans le regard, Ces lèvres de Vinci férocement…

Printemps Mystique

Sous la lune bleue aux caresses molles,Par le clair obscur des bois épineux,Le Printemps s’avance aux sons lumineuxDes flûtes mêlées aux voix des citholes.Entre des fronts blancs nimbés d’auréolesEt des yeux rieurs d’enfants curieux,Il passe à pas lents et mystérieux,Et sur ses pieds nus pleuvent des corolles.Cresson argenté, violettes fines,Primevères…

Nénuphars

Pour Théophile Gautier Sous leurs feuilles glauques et lisses, Les blancs nénuphars allemands Bercent au fond de leurs calices Des contes païens et charmants. Le groupe enlacé des naïades, Sous le fleuve entraînant Hylas, Y chante à travers les ballades, Divin écho de l’Eurotas. L’urne crétoise au flanc sonore, Que…

Narcissus

Ni les douces langueurs des flûtes et des lyres, Ni les parfums mourants des vagues encensoirs En cadence envolés dans le calme des soirs, Ni les bras frais et nus ni les savants sourires Ne peuvent rallumer le feu des vains espoirs En mon coeur et, lassé d’amours et de…

Morgane

Un pâle clair de lune allonge sur la grève L’ombre de hauts clochers et de grands toits, où rêve Tout un choeur de géants et d’archanges ailés. Pourtant la ville est loin, à plus de deux cents lieues ; La dune est solitaire et les toits dentelés, Les clochers, les…

Mélusine

Les bras nus cerclés d’or et froissant le brocartDe sa robe argentée aux taillis d’aubépines,Mélusine apparaît entre les herbes fines,Les cheveux révoltés, saignante et l’oeil hagard.La splendeur de sa gorge éblouit le regardEt l’émail de ses dents a des clartés divines ;Mais Mélusine est folle et fait dans les ravinesPaître…

Lunatique

À Edgar Poe. Dans l’herbe folle et l’ortie, La paupière appesantie, Rôde un chat maigre au poil roux. Le mur dans l’ombre blafarde, Où s’entrechoquent des houx, Se crevasse et par les trous La lune errante regarde. Le chat maigre en s’étirant De sa voix traînante et rauque Miaule, et…

L’étang Mort

Comme un lointain étang baigné de clair de lune, Le passé m’apparaît dans l’ombre de l’oubli. Mon âme, entre les joncs, cadavre enseveli, S’y corrompt lentement dans l’eau jaunâtre et brune. Les croyances d’antan s’effeuillent une à une, Tandis qu’à l’horizon suavement pâli, Un vague appel de cor, un murmure…

Les Zingaris

À Jean Richepin Par la forêt et la ravine, La lèvre rouge et les fronts bruns Les zingaris, fils des vieux Huns, Vont chevauchant, tribu divine. Ils ouvrent au vent leur narine Et mordent aux fruits des nerpruns, Qui saignent, et les grands parfums Des bois imprègnent leur poitrine. Drapés…

Clair De Lune

A l’heure, où les bois d’aubépines, De combe en combe au loin neigeant, Apparaîtront dans les ravines Comme un léger brouillard d’argent, Nous irons dans la forêt brune, Dans l’ombre, écouter les récits, Que fait aux bois le clair de lune, Ce bleuâtre amant des taillis : Contes païens, récits…

Les Nymphes

À Jean Richepin. Toi, tu dois les aimer, les grands ciels de septembre, Profonds, brûlants d’or vierge et trempés d’outremer. Où dans leurs cheveux roux les naïades d’Henner Tendent éperdument leur buste qui se cambre. La saveur d’un fruit mûr et la chaleur de l’ambre Vivent dans la souplesse et…