Allons Parmy Les Fleurs Cueillir Une Guirlande

Amour, adieu, je prends congé de toi
Amour, adieu, je m’en vais, je te laisse,
Je ne veux plus aimer cette maîtresse
Qui m’a tenu si longtemps en émoi.

Je ne veux plus la voir rire de moi,
S’éjouissant de me voir en tristesse.
Ni son bel oeil, qui m’oeillade sans cesse,
Ni de sa bouche une parjure foi,

Ni sa beauté, de moi tant admirée,
Ni de ses yeux une flèche tirée,
Ne me vaincront pour me rendre encor sien.

Adieu donc, l’oeil, adieu doncques, la bouche,
Adieu, beauté, adieu, flèche sans touche,
Cruelle, adieu, car je ne suis plus tien.

Carite L’autre Jour Si Pompeuse Et Si Belle

Hé bien ! je consens de mourir.
Aussi bien l’espoir de guerir
Me flateroit en vain des douceurs de la vie.
Je n’ay plus qu’un moment à desplaire à vos yeux ;
Vous allez voir, belle Silvie,
Quand je ne seray plus, si vous en serez mieux.

Ce Qui Doit M’étonner Excite Mon Courage

Droite et longue comme un cyprès,
Mon ombre suit, à pas de louve,
Mes pas que l’aube désapprouve.
Mon ombre marche à pas de louve,
Droite et longue comme un cyprès.

Elle me suit, comme un reproche,
Dans la lumière du matin.
Je vois en elle mon destin
Qui se resserre et se rapproche.
A travers champs, par les matins,
Mon ombre suit, comme un reproche.

Mon ombre suit, comme un remords,
La trace de mes pas sur l’herbe
Lorsque je vais, portant ma gerbe,
Vers l’allée où gîtent les morts.
Mon ombre suit mes pas sur l’herbe,
Implacable comme un remords.

Cette Source De Mort, Cette Homicide Peste

Comme un navire en mer au fort de la tourmente,
Prêt à choquer les rocs par les vents agité,
Sitôt qu’un feu de joie a montré sa clarté,
L’air se tait, l’eau se calme, et l’orage s’absente,

La nef sans peur recourt sur sa première sente
Au rivage étranger qu’elle avait écarté,
Fait voile assurément, mire son nord quitté,
Et selon son dessein surgit au port contente,

Mon âme ainsi, battue et des vagues d’ennui
Et des rocs du malheur, périssait aujourd’hui
Au gouffre de ses maux, sans la faveur divine.

Ton oeil, mon feu de joie, ô Dieu, m’a secouru,
Et ta main m’a d’enfer demimort recouru :
Ainsi vit qui en temps sent ta grâce bénigne.

Durant La Belle Nuit, Dont Mon Ame Ravie

Hélas ! si tu prens garde aux erreurs que j’ay faites,
Je l’advouë, ô Seigneur ! mon martyre est bien doux :
Mais, si le sang de Christ a satisfait pour nous,
Tu decoches sur moi trop d’ardentes sagettes.

Que me demandestu ? mes oeuvres imparfaites,
Au lieu de t’adoucir, aigriront ton courroux ;
Soymoy donc pitoyable, ô Dieu ! père de tous,
Car où pourrayje aller si plus tu me rejettes ?

D’esprit triste et confus, de misere accablé,
En horreur à moymesme, angoisses et troublé,
Je me jette à tes piés ; soymoy doux et propice !

Ne tourne point les yeux sur mes actes pervers,
Ou, si tu les veux voir, voyles teins et couvers
Du beau sang de ton fils, ma grace et ma justice.

Je Vogue Sur La Mer, Où Mon Âme Craintive

L’anneau madré qui le doigt environne,
Le petit doigt de vôtre main senestre
Par sa rondeur, le parfait de son estre,
L’heureuse fin de nos amours couronne.

Pourquoy estce que souvent je m’étonne
D’avoir mon coeur en si bon lieu pu mettre,
Que je n’en soy’ aucunement plus maistre,
Et moins de moy, qui le vous abandonne ?

Faites ainsi du vôtre en mon endroit,
Dame, pour qui ma jeunesse voudroit
Les passions d’Ixion endurer.

Envoyés moy, si voulés que je vive,
L’un de ces deux : ou n’en seriés hastive,
Rien ne me sert de le plus esperer.

La Voix Qui Retentit De L’un À L’autre Pole

Les fleurs du clair accueil au long de la muraille
Ne nous attendent plus quand nous rentrons chez nous,
Et nos étangs soyeux dont l’eau plane s’éraille
Ne se prolongent plus sous les cieux purs et doux.

Tous les oiseaux ont fui nos plaines monotones
Et les pâles brouillards flottent sur les marais.
O ces deux cris : automne, hiver ! hiver, automne !
Entendstu le bois mort qui choit dans la forêt ?

Notre jardin n’est plus l’époux de la lumière
D’où l’on voyait les phlox vers leur gloire surgir ;
Nos violents glaïeuls sont mêlés à la terre
Et longuement s’y sont couchés pour y mourir.

Tout est sans force et sans beauté ; tout est sans flamme
Et passe et fuit et penche et croule sans soutien ;
Oh ! donnemoi tes yeux qu’illumine ton âme
Pour y chercher quand même un coin du ciel ancien.

C’est en eux seuls qu’existe encor notre lumière,
Celle qui recouvrait tout le jardin jadis
A l’heure où s’exaltait l’orgueil blanc de nos lys
Et l’ascendante ardeur de nos roses trémières.

Messagers Du Sommeil, Allez À La Mal’heure

Sisyphe malheureux, Ixion et Tantale,
Pour leurs fraudes, larcins, et leurs iniquités,
Par le juste vouloir des saintes déités,
Souffrent mille tourments dans la fosse infernale.

L’un portant un rocher toujours monte et dévale,
L’autre a le chef, les pieds et les bras garrottés
A la roue d’airain tournant de tous côtés,
L’autre brûle de soif dedans l’onde avernale.

Le rocher et la roue et la soif et la faim
Sont les âpres bourreaux dont sans repos et fin
Ils sentent les rigueurs et gênes éternelles,

Mais le dieu qui nourrit mon âme en passion
Me donne incessamment des peines plus cruelles
Que celles de Sisyphe, Tantale et Ixion.