Le Lundi À Vêpres

Grand Dieu, qui vis les cieux se former sans matière,
À ta voix seulement ;
Tu séparas les eaux, leur marquas pour barrière
Le vaste firmament.

Si la voûte céleste a ses plaines liquides,
La terre a ses ruisseaux,
Qui, contre les chaleurs, portent aux champs arides
Le secours de leurs eaux.

Seigneur, qu’ainsi les eaux de ta grâce féconde
Réparent nos langueurs ;
Que nos sens désormais vers les appas du monde
N’entraînent plus nos cœurs.

Fais briller de ta foi les lumières propices
À nos yeux éclairés :
Qu’elle arrache le voile à tous les artifices
Des enfers conjurés.

Règne, ô Père éternel, Fils, sagesse incréée,
Esprit saint, Dieu de paix,
Qui fais changer des temps l’inconstante durée,
Et ne changes jamais.

Le Mardi À Matines

Verbe, égal au Très-Haut, notre unique espérance,
Jour éternel de la Terre et des Cieux,
De la paisible nuit nous rompons le silence :
Divin Sauveur, jette sur nous les yeux.

Répands sur nous le feu de ta grâce puissante ;
Que tout l’Enfer fuit au son de ta voix ;
Dissipe ce sommeil d’une âme languissante,
Qui la conduit dans l’oubli de tes lois.

Ô Christ, sois favorable à ce peuple fidèle,
Pour te bénir maintenant assemblé ;
Reçois les chants qu’il offre à ta gloire immortelle ;
Et de tes dons qu’il retourne comblé.

Exauce, Père saint, notre ardente prière,
Verbe son Fils, Esprit leur nœud divin,
Dieu qui, tout éclatant de ta propre lumière,
Règne au Ciel sans principe et sans fin.

Le Mardi À Vêpres

Ta sagesse, grand Dieu, dans tes œuvres tracée
Débrouilla le chaos ;
Et fixant sur son poids la terre balancée,
La sépara des flots.

Par-là, son sein fécond, de fleurs et de feuillages
L’embellit tous les ans,
L’enrichit de doux fruits, couvre de pâturages
Ses vallons et ses champs.

Seigneur, fais de ta grâce à notre âme abattue
Goûter les fruits heureux ;
Et que puissent nos pleurs de la chair corrompue
Eteindre en nous les feux !

Que sans cesse nos cœurs, loin du sentier des vices,
Suivent tes volontés ;
Qu’innocents à tes yeux ils fondent leurs délices
Sur tes seules bontés.

Règne, ô Père éternel, Fils, sagesse incréée,
Esprit saint, Dieu de paix,
Qui fais changer des temps l’inconstante durée,
Et ne changes jamais.

Le Mercredi À Matines

Grand Dieu, par qui de rien toute chose est formée ;
Jette les yeux sur nos besoins divers,
Romps ce fatal sommeil, par qui l’âme charmées
Dort en repos sur le bord des Enfers.

Daigne, ô divin Sauveur, que notre voix implore ;
Prendre pitié des fragiles mortels,
Et vois, comme du lit, sans attendre l’aurore ;
Le repentir nous traîne à tes Autels.

C’est là que notre troupe affligée, inquiète,
Levant au Ciel et le cœur et les mains,
Imite le grand Paul, et suit ce qu’un Prophète
Nous a prescrit dans ses Cantiques saints.

Nous montrons à tes yeux nos maux et nos alarmes ;
Nous confessons tous nos crimes secrets ;
Nous t’offrons tous nos vœux, nous y mêlons nos larmes
Que ta bonté révoque tes arrêts.

Exauce, Père saint, notre ardente prière ;
Verbe son Fils, Esprit leur nœud divin,
Dieu qui, tout éclatant de ta propre lumière,
Règne au Ciel sans principe et sans fin.

Le Mercredi À Vêpres

Grand Dieu ! qui fais briller sur la voûte étoilée
Ton trône glorieux,
Et d’une blancheur vive à la pourpre mêlée
Peins le cintre des Cieux :

Par toi roule à nos yeux sur un char de lumière
Le clair flambeau des jours ;
De tant d’astres par toi la lune en sa carrière
Voit le différent cours.

Ainsi sont séparés les jours des nuits prochaines,
Par d’immuables lois :
Ainsi tu fais connaître à des marques certaines
Les saisons et les mois.

Seigneur, répands sur nous ta lumière céleste ;
Guéris nos maux divers :
Que ta main secourable, aux démons si funeste,
Brise enfin tous nos fers.

Règne, ô Père éternel, Fils, sagesse incréée,
Esprit saint, Dieu de paix,
Qui fais changer des temps l’inconstante durée,
Et ne changes jamais.

Le Samedi À Matines

Ô Toi qui d’un œil de clémence
Vois les égarements des fragiles humains,
Toi dont l’être un en trois et le même en puissance
A créé ce grand tout soutenu par tes mains,

Eteins ta foudre dans les larmes
Qu’un juste repentir mêle à nos chants sacrés ;
Et que puisse ta grâce, où brillent tes doux charmes,
Te préparer un temple en nos cœurs épurés !

Brûle en nous de tes saintes flammes
Tout ce qui de nos sens excite les transports,
Afin que, toujours prêts, nous puissions dans nos âmes
Du démon de la chair vaincre tous les efforts.

Pour chanter ici tes louanges
Notre zèle, Seigneur, a devancé le jour :
Fais qu’ainsi nous chantions un jour avec tes anges
Les biens qu’à tes élus assure ton amour.

– Père des anges et des hommes,
Sacré Verbe, Esprit saint, profonde Trinité,
Sauve-nous ici-bas des périls où nous sommes.
Et qu’on loue à jamais ton immense bonté.

À Laudes

L’Aurore brillante et vermeille
Prépare le chemin au soleil qui la suit ;
Tout rit aux premiers traits du jour qui se réveille,
Retirezvous, démons, qui volez dans la nuit.

Fuyez, songes, troupe menteuse,
Dangereux ennemis par la nuit enfantés :
Et que fuie avec vous la mémoire honteuse
Des objets qu’à nos sens vous avez présentés.

Chantons l’auteur de la lumière,
Jusqu’au jour où son ordre a marqué notre fin.
Et qu’en le bénissant notre aurore dernière
Se perde en un midi sans soir et sans matin.

Gloire à toi, Trinité profonde,
Père, Fils, Esprit Saint, qu’on t’adore toujours,
Tant que l’astre des temps éclairera le monde,
Et quand les siècles même auront fini leur cours.

Le Samedi À Vêpres

Source éternelle de lumière,
Trinité souveraine et très simple unité,
Le visible soleil va finir sa carrière :
Fais luire dans nos cœurs l’invisible clarté.

Qu’au doux concert de tes louanges
Notre voix et commence et finisse le jour,
Et que notre âme enfin chante avec tes saints anges
Le cantique éternel de ton céleste amour.

Adorons le Père suprême,
Principe sans principe, abîme de splendeur,
Le Fils, Verbe du Père, engendré dans lui-même,
L’Esprit des deux qu’il lie, amour, don, paix, ardeur.

À Laudes (ii)

L’oiseau vigilant nous réveille,
Et ses chants redoublés semblent chasser la nuit :
Jésus se fait entendre à l’âme qui sommeille,
Et l’appelle à la vie où son jour nous conduit.

Quittez, dit-il, la couche oisive
Où vous ensevelit une molle langueur :
Sobres, chastes et purs, l’œil et l’âme attentive,
Veillez ; je suis tout proche, et frappe à votre cœur.

Ouvrons donc l’œil à sa lumière,
Levons vers ce Sauveur et nos mains et nos yeux ;
Pleurons et gémissons : une ardente prière
Écarte le sommeil et pénètre les Cieux.

Ô Christ ! ô soleil de justice !
De nos cœurs endurcis romps l’assoupissement :
Dissipe l’ombre épaisse où les plonge le vice,
Et que ton divin jour y brille à tout moment.

Gloire à toi, Trinité profonde,
Père, Fils, Esprit Saint, qu’on t’adore toujours,
Tant que l’astre des temps éclairera le monde,
Et quand les siècles même auront fini leur cours.

Le Soleil Est Toujours Riant

La vapeur des brouillards ne voile point les cieux ;

Tous les matins un vent officieux

En écarte toutes les nues :

Ainsi nos jours ne sont jamais couverts ;

Et, dans le plus fort des hivers,

Nos campagnes sont revêtues

De fleurs et d’arbres toujours verts.Les ruisseaux respectent leurs rives,

Et leurs naïades fugitives

Sans sortir de leur lit natal,

Errent paisiblement et ne sont point captives

Sous une prison de cristal.

Tous nos oiseaux chantent à l’ordinaire,

Leurs gosiers n’étant point glacés ;

Et n’étant pas forcés

De se cacher ou de se taire,

Ils font l’amour en liberté.

L’hiver comme l’été.

À Laudes (iii)

Sombre nuit, aveugles ténèbres,
Fuyez, le jour s’approche, et l’olympe blanchit :
Et vous, démons, rentrez dans vos prisons funèbres ;
De votre empire affreux un Dieu nous affranchit.

Le soleil perce l’ombre obscure ;
Et les traits éclatants qu’il lance dans les airs,
Rompant le voile épais qui couvrait la nature,
Redonne la couleur et l’âme à l’univers.

Ô Christ, notre unique lumière,
Nous ne reconnaissons que tes saintes clartés :
Notre esprit t’est soumis ; entends notre prière,
Et sous ton divin joug range nos volontés.

Souvent notre âme criminelle,
Sur sa fausse vertu, téméraire s’endort ;
Hâte-toi d’éclairer, ô lumière éternelle !
Des malheureux assis dans l’ombre de la mort.

Gloire à toi, Trinité profonde,
Père, Fils, Esprit Saint, qu’on t’adore toujours,
Tant que l’astre des temps éclairera le monde,
Et quand les siècles même auront fini leur cours.

Le Vendredi À Matines

Auteur de toute chose, essence en trois unique,
Dieu tout-puissant, qui régis l’univers,
Dans la profonde nuit nous t’offrons ce cantique ;
Écoute-nous, et vois nos maux divers.

Tandis que du sommeil le charme nécessaire
Ferme les yeux du reste des humains,
Le cœur tout pénétré d’une douleur amère,
Nous implorons tes secours souverains.

Que tes feux de nos cœurs chassent la nuit fatale ;
Qu’à leur éclat soient d’abord dissipés
Ces objets dangereux que la ruse infernale
Dans un vain songe offre à nos sens trompés.

Que notre corps soit pur; qu’une indolence ingrate
Ne tienne point nos cœurs ensevelis ;
Que par l’impression du vice qui nous flatte
Tes feux sacrés n’y soient point affaiblis.

Qu’ainsi, divin Sauveur, tes lumières célestes,
Dans tes sentiers affermissant nos pas,
Nous détournent toujours de ces pièges funestes
Que le démon couvre de mille appas.

Exauce, Père saint, notre ardente prière,
Verbe son Fils, Esprit leur nœud divin,
Dieu qui, tout éclatant de ta propre lumière,
Règne au Ciel sans principe et sans fin.

À Laudes (iv)

Les portes du jour sont ouvertes,
Le soleil peint le ciel de rayons éclatants :
Loin de nous cette nuit dont nos âmes couvertes
Dans le chemin du crime ont erré si longtemps !

Imitons la lumière pure
De l’astre étincelant qui commence son cours,
Ennemis du mensonge et de la fraude obscure,
Et que la vérité brille en tous nos discours.

Que ce jour se passe sans crime ;
Que nos langues, nos mains, nos yeux soient innocents ;
Que tout soit chaste en nous, et qu’un frein légitime
Aux lois de la raison asservisse les sens.

Du haut de sa sainte demeure
Un Dieu toujours veillant nous regarde marcher ;
Il nous voit, nous entend, nous observe à toute heure ;
Et la plus sombre nuit ne saurait nous cacher.

Gloire à toi, Trinité profonde,
Père, Fils, Esprit Saint, qu’on t’adore toujours,
Tant que l’astre des temps éclairera le monde,
Et quand les siècles même auront fini leur cours.

Le Vendredi À Vêpres

Créateur des humains, grand Dieu, souverain maître
De ce vaste univers !
Qui du sein de la terre à ton ordre vis naître
Tant d’animaux divers :

À ces grands corps sans nombre et différents d’espèce,
Animés à ta voix,
L’homme fut établi par ta haute sagesse
Pour imposer ses lois.

Seigneur, qu’ainsi ta grâce, à nos vœux accordée
Règne dans notre cœur !
Que nul excès honteux, que nulle impure idée
N’en chasse la pudeur !

Qu’un saint ravissement éclate en notre zèle !
Guide toujours nos pas ;
Fais d’une paix profonde à ton peuple fidèle
Goûter les doux appas.

Règne, ô Père éternel, Fils, sagesse incréée,
Esprit saint, Dieu de paix,
Qui fais changer des temps l’inconstante durée,
Et ne changes jamais.

À Laudes (v)

Astre que l’olympe révère,
Doux espoir des mortels rachetés par ton sang,
Verbe, Fils éternel du redoutable Père,
Jésus, qu’une humble Vierge a porté dans son flanc,

Affermis l’âme qui chancelle ;
Fais que, levant au ciel nos innocentes mains,
Nous chantions dignement et ta gloire immortelle
Et les biens dont ta grâce a comblé les humains.

L’astre avant-coureur de l’aurore,
Du soleil qui s’approche annonce le retour ;
Sous le pâle horizon l’ombre se décolore :
Lève-toi dans nos cœurs, chaste et bienheureux jour.

Sois notre inséparable guide ;
Du siècle ténébreux perce l’obscure nuit ;
Défends-nous en tout temps contre l’attrait perfide
De ces plaisirs trompeurs dont la mort est le fruit.

Que la foi dans nos cœurs gravée,
D’un rocher immobile ait la stabilité :
Que sur ce fondement l’espérance élevée,
Porte pour comble heureux l’ardente charité.

Gloire à toi, Trinité profonde,
Père, Fils, Esprit Saint ! qu’on t’adore toujours,
Tant que l’astre des temps éclairera le monde,
Et quand les siècles même auront fini leur cours.