Ô Vent Plaisant, Qui D’haleine Odorante…

Je t’ai vue un soir me sourire
Dans la planète des Bergers :
Tu descendais à pas légers
Du seuil d’un château de porphyre.

Et ton oeil de diamant rare
Eblouissait le règne astral.
Femme, depuis, par mont ou val,
Femme, beau marbre de Carrare,

Ta voix me hante en sons chargés
De mystère et fait mon martyre,
Car toujours je te vois sourire
Dans la planète des Bergers.

Amour, Tais-toi, Mais Prends Ton Arc

Après une journée de vent,
dans une paix infinie,
le soir se réconcilie
comme un docile amant.

Tout devient calme, clarté…
Mais à l’horizon s’étage,
éclairé et doré,
un beau basrelief de nuages.

Frêne Hautain, Forestier Et Champêtre…

Hélas ! que l’impie,
Au milieu des plaisirs d’un factice bonheur
Que lui prodigue, un jour, une vaine splendeur
Craint les maux de la vie.
Le calice qu’il boit enivre sa raison
De criminelles espérances…
Mais, saisi de frayeur auprès des jouissances
Qu’éveille son ambition,
Il s’arrête, un instant, au bord du précipice ;
Et malgré le triomphe où luit sa passion
Il voudrait échapper aux angoisses du vice…

Consolante charité,
Si le monde pervers pousse à l’iniquité,
Que se méconnaissant luimême
L’homme irréligieux
D’un sophisme cruel mérite l’anathème,
Dépose dans son coeur ton baume précieux.

Ouvrezvous à la foi, temple sur nos rivages;
Sonores carillons annoncez les hommages,
Auprès de la Divinité
D’un peuple plein de loyauté.
O ! quel brillant aspect, on voit l’or et la myrrhe,
Des cierges allumés, des vases de Porphyre
Contenant parfums les plus doux.
Les autels sont couverts de soie et de guirlandes.
Les prêtres ont béni les nombreuses offrandes
Du peuple repentant.
Quel saint recueillement !

Je te salue, O ! Vierge, unique sur la terre.
La gloire, la sagesse habitent dans ton sein,
Que le Dieu de Sion remplisse la carrière.
Que béni soit ton nom, entre toutes les femmes.
Le fruit que tu conçois porte un signe divin
O ! JésusChrist naîtra pour le salut des âmes.

Mère du Créateur donne nous la tendresse
Pour qu’un vrai repentir sauve le genre humain,
Et chante à notre mort un hymne d’allégresse.

Auguste vérité, si pure en tes attraits
Que brillante est la chair, où ta voix Angélique
Enseigne à tous la paix.
Quand tu dictes au coeur la céleste musique,
En sons mélodieux, répète tes bienfaits.
Audessus de nos têtes
Flotte ton pavillon, arboré dans les cieux,
O ! Son éclat est radieux;
Confondant les faux dieux
Il prouve ses conquêtes.

L’emportant sur ton courroux
O ! Seigneur, que ta clémence,
Accepte l’obéissance
De tes enfants à genoux.
Que ton sang précieux fléchisse ta colère,
Ton essence nourrit les germes de la foi
Comprends notre misère,
Nous adorons ta loi.

Ici Seul Je Me Plains, Ô Fresnaie-au-sauvage…

Comme le flot des mers ondulant vers les plages,
Ô bois, vous déroulez, pleins d’arome et de nids,
Dans l’air splendide et bleu, vos houles de feuillages ;
Vous êtes toujours vieux et toujours rajeunis.

Le temps a respecté, rois aux longues années,
Vos grands fronts couronnés de lianes d’argent ;
Nul pied ne foulera vos feuilles non fanées :
Vous verrez passer l’homme et le monde changeant.

Vous inclinez d’en haut, au penchant des ravines,
Vos rameaux lents et lourds qu’ont brûlés les éclairs ;
Qu’il est doux, le repos de vos ombres divines,
Aux soupirs de la brise, aux chansons des flots clairs !

Le soleil de midi fait palpiter vos sèves ;
Vous siégez, revêtus de sa pourpre, et sans voix ;
Mais la nuit, épanchant la rosée et les rêves,
Apaise et fait chanter les âmes et les bois.

Par delà les verdeurs des zones maternelles
Où vous poussez d’un jet vos troncs inébranlés,
Seules, plus près du ciel, les neiges éternelles
Couvrent de leurs plis blancs les pics immaculés.

Ô bois natals, j’errais sous vos larges ramures
L’aube aux flancs noirs des monts marchait d’un pied vermeil ;
La mer avec lenteur éveillait ses murmures,
Et de tout oeil vivant fuyait le doux sommeil.

Au bord des nids, ouvrant ses ailes longtemps closes,
L’oiseau disait le jour avec un chant plus frais
Que la source agitant les verts buissons de roses,
Que le rire amoureux du vent dans les forêts.

Les abeilles sortaient des ruches naturelles
Et par essaims vibraient au soleil matinal ;
Et, livrant le trésor de leurs corolles frêles,
Chaque fleur répandait sa goutte de cristal.

Et le ciel descendait dans les claires rosées
Dont la montagne bleue au loin étincelait ;
Un mol encens fumait des plantes arrosées
Vers la sainte nature à qui mon coeur parlait.

Au fond des bois baignés d’une vapeur céleste,
Il était une eau vive où rien ne remuait ;
Quelques joncs verts, gardiens de la fontaine agreste,
S’y penchaient au hasard en un groupe muet.

Les larges nénuphars, les lianes errantes,
Blancs archipels, flottaient enlacés sur les eaux,
Et dans leurs profondeurs vives et transparentes
Brillait un autre ciel où nageaient les oiseaux.

Ô fraîcheur des forêts, sérénité première,
Ô vents qui caressiez les feuillages chanteurs,
Fontaine aux flots heureux où jouait la lumière,
Éden épanoui sur les vertes hauteurs !

Salut, ô douce paix, et vous, pures haleines,
Et vous qui descendiez du ciel et des rameaux,
Repos du coeur, oubli de la joie et des peines !
Salut ! ô sanctuaire interdit à nos maux !

Et, sous le dôme épais de la forêt profonde,
Aux réduits du lac bleu dans les bois épanché,
Dormait, enveloppé du suaire de l’onde,
Un mort, les yeux au ciel, sur le sable couché.

Il ne sommeillait pas, calme comme Ophélie,
Et souriant comme elle, et les bras sur le sein ;
Il était de ces morts que bientôt on oublie ;
Pâle et triste, il songeait au fond du clair bassin.

La tête au dur regard reposait sur la pierre ;
Aux replis de la joue où le sable brillait,
On eût dit que des pleurs tombaient de la paupière
Et que le coeur encor par instants tressaillait.

Sur les lèvres errait la sombre inquiétude.
Immobile, attentif, il semblait écouter
Si quelque pas humain, troublant la solitude,
De son suprême asile allait le rejeter.

Jeune homme, qui choisis pour ta couche azurée
La fontaine des bois aux flots silencieux,
Nul ne sait la liqueur qui te fut mesurée
Au calice éternel des esprits soucieux.

De quelles passions la jeunesse assaillie
Vintelle ici chercher le repos dans la mort ?
Ton âme à son départ ne fut pas recueillie,
Et la vie a laissé sur ton front un remord.

Pourquoi jusqu’au tombeau cette tristesse amère ?
Ce coeur s’estil brisé pour avoir trop aimé ?
La blanche illusion, l’espérance éphémère
En s’envolant au ciel l’ontelles vu fermé ?

Tu n’es pas né sans doute au bord des mers dorées,
Et tu n’as pas grandi sous les divins palmiers ;
Mais l’avare soleil des lointaines contrées
N’a pas mûri la fleur de tes songes premiers.

À l’heure où de ton sein la flamme fut ravie,
Ô jeune homme qui vins dormir en ces beaux lieux,
Une image divine et toujours poursuivie,
Un ciel mélancolique ont passé dans tes yeux.

Si ton âme icibas n’a point brisé sa chaîne,
Si la source au flot pur n’a point lavé tes pleurs,
Si tu ne peux partir pour l’étoile prochaine,
Reste, épuise la vie et tes chères douleurs !

Puis, ô pâle étranger, dans ta fosse bleuâtre,
Libre des maux soufferts et d’une ombre voilé,
Que la nature au moins ne te soit point marâtre !
Repose entre ses bras, paisible et consolé.

Tel je songeais. Les bois, sous leur ombre odorante,
Épanchant un concert que rien ne peut tarir,
Sans m’écouter, berçaient leur gloire indifférente,
Ignorant que l’on souffre et qu’on puisse en mourir.

La fontaine limpide, en sa splendeur native,
Réfléchissait toujours les cieux de flamme emplis,
Et sur ce triste front nulle haleine plaintive
De flots riants et purs ne vint rider les plis.

Sur les blancs nénuphars l’oiseau ployant ses ailes
Buvait de son bec rose en ce bassin charmant
Et, sans penser aux morts, tout couvert d’étincelles,
Volait sécher sa plume au tiède firmament.

La nature se rit des souffrances humaines ;
Ne contemplant jamais que sa propre grandeur,
Elle dispense à tous ses forces souveraines
Et garde pour sa part le calme et la splendeur.

Mon Du Pont Bellenger, Ô Que Vous Fûtes Sage

J’avais toujours rêvé le bonheur en ménage,
Comme un port où le cœur, trop longtemps agité,
Vient trouver, à la fin d’un long pèlerinage,
Un dernier jour de calme et de sérénité.

Une femme modeste, à peu près de mon âge
Et deux petits enfants jouant à son côté ;
Un cercle peu nombreux d’amis du voisinage,
Et de joyeux propos dans les beaux soirs d’été.

J’abandonnais l’amour à la jeunesse ardente
Je voulais une amie, une âme confidente,
Où cacher mes chagrins, qu’elle seule aurait lus ;

Le ciel m’a donné plus que je n’osais prétendre ;
L’amitié, par le temps, a pris un nom plus tendre,
Et l’amour arriva qu’on ne l’attendait plus.