Ballade De La Vieillesse

Cache ton corps soubs un habit funeste ;
Ton lict, Margot, a perdu ses chalans,
Et tu n’es plus qu’un miserable reste
Du premier siecle, et des premiers Galans.

Il est certain que tu vins sur la terre
Avant que Rome eût détroné ses Rois
Et que tes yeux virent naistre la guerre
Qui mit les Grecs dans un cheval de bois.

La Mort hardie, et soubs qui tout succombe,
N’ose envoyer ta carcasse à la tombe,
Et n’est pour toy qu’un impuissant Demon.

Veuxtu sçavoir quel siecle t’a portée ?
Je te l’aprends. Ton corps est du limon
Qui fut paistri des mains de Prometée.

Las, J’ay En Mon Temps Trespassé

Les rues et les verres vides
La grande fraîcheur des mains
Rien de cassé Rien de sali Rien d’inhumain

Cordialement bonjour, bonsoir
Je suis paresseux tu vois
En bonne santé

A la santé du paysage
L’amateur de rues aérées
Si vous voulez que je vous aime
Ouvrez des mains immaculées

Je ne suis pas désaltéré.

Mon Bel Amy, Je Vous Envoye

Une nuit que le dieu Morphée,
Sur ma paupière comprimée
Distillait ses plus doux pavots,
Je vis en songe dans la nue,
Un vieillard à tête chenue,
Qui me fit entendre des mots :

Bellone va fuir exilée,
L’Europe de sang abreuvée
La repousse au fond des déserts ;
Et Georges ce roi formidable,
Domptant le Français indomptable,
Rendra la paix à l’univers.

Tremble ennemi fier et perfide,
Et de ta fureur homicide
Suspends les effets impuissants ;
Albion se rit de ta haine,
Et des peuples que tu enchaînes,
Il brisera les fers sanglants.

Mais… quelle heureuse scène s’ouvre !
L’avenir à moi se découvre…!
Déjà je vois mille vaisseaux
Sillonnant les plaines liquides,
Et les Pilotes moins timides
Ne redouter plus que les flots.

Mars s’enfuit, le carnage cesse ;
La paix cette aimable déesse
Va réunir tous les mortels,
Et bientôt dans ces jours prospères
Les hommes redevenus frères,
Iront encenser ses autels.

La concorde enfin va renaître,
A sa suite on verra paraître
L’aurore du plus heureux jour ;
Et dans leurs champs rendus fertiles
Les laboureurs libres, tranquilles,
Béniront la paix à leur tour.

Il dit ; et soudain je m’écrie :
O vieillard ! dont la prophétie
Comblerait notre ardent désir,
Que saistu de nos destinées ?
Je suis le père des années
Ditil, et je vois l’avenir.

A ces mots, le vieillard s’envole,
Et d’un songe hélas trop frivole
Je crûs qu’il m’avait abusé ;
Mais les succès de l’Angleterre,
Sauront réaliser j’espère,
Ce que Le Temps m’a révélé.