Autre Adieu

Plus ne voy rien qui resconfort me donne ;
Plus dure un jour que ne souloient cent ;
Plus n’est saison qu’a nul bien m’abandonne ;
Plus voy plaisir, et moins mon cueur s’en sent ;
Plus oncques mais mon vouloir bas descent ;
Plus me souvient de vous, et plus m’empire ;
Plus quier esbas, c’est lors que plus souspire ;
Plus faict beau temps, et plus me vient d’ennuis ;
Plus ne m’attends fors tousjours d’avoir pire,
Puis que de vous approucher je ne puis.

Plus vivre ainsi ne m’est pas chose bonne ;
Plus veuil mourir, et Raison n’y consent ;
Plus qu’a nully Amours de maulx m’ordonne ;
Plus n’a ma voix bon accort ni accent ;
Plus faict on jeulx, mieulx desire estre absent ;
Plus force n’ay d’endurer tel martire ;
Plus n’est vivant homme qui tel mal tire ;
Plus ne connoys bonnement ou je suis ;
Plus ne say, bref, que penser, faire ou dire,
Puis que de vous approucher je ne puis.

Plus suis dolent que nulle aultre personne
Plus n’ay espoir d’aulcun alegement ;
Plus ay desir, crainte d’aultre part sonne ;
Plus cuide aler vers vous, moins say comment ;
Plus suis espris, et plus ay de tourment ;
Plus pleure et plains, et plus pleurer desire ;
Plus chose n’est qui me puisse souffire ;
Plus n’ay repos : je hay les jours et nuits ;
Plus que jamais a Douleur me fault duire,
Puisque de vous approucher je ne puis.

Plus n’ay mestier de jouer ne de rire,
Plus n’est le temps si non du tout despire* ;
Plus cuide avoir de doulceur les appuis,
Plus suis adonc desplaisant et plein d’ire,
Puis que de vous approucher je ne puis.

(*) de mépriser tout

Épigramme (ii)

J’aime l’aube aux pieds nus qui se coiffe de thym,
Les coteaux violets qu’un pâle rayon dore,
Et la persienne ouverte avec un bruit sonore,
Pour boire le vent frais qui monte du jardin,

La grand’rue au village un dimanche matin,
La vache au bord de l’eau toute rose d’aurore,
La fille aux claires dents, la feuille humide encore,
Et le divin cristal d’un bel oeil enfantin.

Mais je préfère une âme à l’ombre agenouillée,
Les grands bois à l’automne et leur odeur mouillée,
La route où tinte, au soir, un grelot de chevaux,

La lune dans la chambre à travers les rideaux,
Une main pâle et douce et lente qui se pose,
‘Deux grands yeux pleins d’un feu triste’,et,sur toute chose

Une voix qui voudrait sangloter et qui n’ose…