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Auteur : Léon Dierx

Stella Vespera

I L’image de Florence en moi s’était dressée Ce soir-là. De nouveau, j’y suivais en pensée Les pas silencieux de Stella Vespera. Sœur des merveilles d’art qu’un beau siècle inspira, Elle m’avait charmé comme un pur marbre antique, Et me hantait depuis, fantôme énigmatique. On disait sa famille oubliée. Un…

L’invisible Lien

L’invisible lien, partout dans la nature, Va des sens à l’esprit et des âmes aux corps ; Le choeur universel veut de la créature Le soupir des vaincus ou l’insulte des forts. L’invisible lien va des êtres aux choses, Unissant à jamais ces ennemis mortels, Qui, dans l’anxiété de leurs métamorphoses,…

L’orgueil

Monts superbes, dressez vos pics inaccessibles Sur le cirque brumeux où plongent vos flancs verts ! Métaux, dans le regret des chaleurs impossibles, Durcissez-vous au fond des volcans entr’ouverts ! Hérisse, amer orgueil, ta muraille rigide Sur le coeur que des yeux de femme ont perforé ! Désirs inassouvis, sous cette fière égide,…

Obsession

Beaux yeux, charmeurs savants, flambeaux de notre vie, Parfum, grâce, front pur, bouche toujours ravie, Ô vous, tout ce qu’on aime ! ô vous, tout ce qui part ! Non, rien ne meurt de vous pour l’âme inassouvie Quand vous laissez la nuit refermer son rempart Sur l’idéal perdu qui va luire…

Prologue

J’ai détourné mes yeux de l’homme et de la vie, Et mon âme a rôdé sous l’herbe des tombeaux. J’ai détrompé mon cœur de toute humaine envie, Et je l’ai dispersé dans les bois par lambeaux. J’ai voulu vivre sourd aux voix des multitudes, Comme un aïeul couvert de silence…

Révolte

Car les bois ont aussi leurs jours d’ennui hautain ; Et, las de tordre au vent leurs grands bras séculaires ; S’enveloppent alors d’immobiles colères ; Et leur mépris muet insulte leur destin. Ni chevreuils, ni ramiers chanteurs, ni sources claires. La forêt ne veut plus sourire au vieux matin, Et, refoulant la…

Saisons Brouillées

Quand naissent les fleurs au chant des oiseaux Ton étrange voix gravement résonne, Et comme aux échos des forêts d’automne Un pressentiment court jusqu’en mes os. Quand l’or des moissons mûrit sous la flamme, Ton lointain sourire à peine tracé Me pénètre ainsi qu’un brouillard glacé. L’hiver boréal envahit mon…

Salvator Rosa

Qu’avais-tu dans l’esprit, maître à la brosse ardente, Pour que sous ton pinceau la nature en fureur Semble jeter au ciel une insulte stridente, Ou frémir dans l’effroi de sa sinistre horreur ? Pourquoi dédaignais-tu les calmes paysages Dans la lumière au loin ourlant leurs horizons, Les lacs d’azur limpide, et…

Soir D’octobre

À Catulle Mendès. Un long frisson descend des coteaux aux vallées ; Des coteaux et des bois, dans la plaine et les champs, Le frisson de la nuit passe vers les allées. – Oh ! L’angelus du soir dans les soleils couchants ! – Sous une haleine froide au loin…

Soleil Couchant

Aux bords retentissants des plages écumeuses Pleines de longs soupirs mêlés de lourds sanglots, Sous le déroulement monotone des flots ; Près des gouffres remplis des falaises brumeuses ; À l’heure où le soleil, ainsi qu’un roi cruel Qui veut parer de draps sanglants ses funérailles, Se déchire et secoue au dehors…

Souré-ha

I Le dieu, source de vie et de chaleur féconde, Qui déverse à flots d’or ses bienfaits sur le monde, Le grand Phré, brûle. Il tend son disque au haut des cieux. Le zénith embrasé s’environne de flamme. Le Nil, père des eaux, reluit comme une lame, épanchant son limon…

Le Remous

Tout se tait maintenant dans la ville. Les rues Ne retentissent plus sous les lourds tombereaux. Le gain du jour compté, victimes et bourreaux S’endorment en rêvant aux richesses accrues ; Plus de lampe qui luise à travers les carreaux. Tous dorment en rêvant aux richesses lointaines. On n’entend plus tinter…

Le Mancenillier

La jeunesse est un arbre aux larges frondaisons, Mancenillier vivace aux fruits inaccessibles ; Notre âme et notre cœur sont les vibrantes cibles De ces rameaux aigus d’où suintent les poisons. Ô feuilles, dont la sève est notre sang ! Mirage Masquant le ciel menteur des jours qui ne sont plus ! Ironiques…

Le Rendez-vous

À Michel Baronnet. Bâti par des mains inconnues, Un féerique palais, longtemps, Ouvre au vent frais des avenues Ses fenêtres à deux battants. À chaque porte, en grand costume, Sonnant du cor sur l’escalier, Un page, selon la coutume, Vante le seuil hospitalier. Le suzerain de ce domaine, Dans les…