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Auteur : Léon-Pamphile Le May

Judith

J’eus en ma vie un si beau jour, Qu’il éclaire encore mon âme. Sur mes nuits il répand sa flamme ; Il était tout brillant d’amour, Ce jour plus beau qu’un autre jour ; Partout, je lui donne un sourire, Mêlé de joie et de langueur ; C’est encor lui…

Mes Sonnets

Sire, celui qui est a formé toute essence De ce qui n’était rien. C’est l’oeuvre du Seigneur : Aussi tout honneur doit fléchir à son honneur, Et tout autre pouvoir céder à sa puissance. On voit beaucoup de rois, qui sont grands d’apparence : Mais nul, tant soitil grand, n’aura…

Les Yeux

Quand la lune apparaît dans la brume des plaines, Quand l’ombre émue a l’air de retrouver la voix, Lorsque le soir emplit de frissons et d’haleines Les pâles ténèbres des bois, Quand le boeuf rentre avec sa clochette sonore, Pareil au vieux poëte, accablé, triste et beau, Dont la pensée…

Les Pyramides

Presenté à Sa Majesté pour estrenne, à Saint Maur, le jour des Roys 1569. CHARLES ce fut, le premier de ce nom, (Celuy qu’on dict le Grand en son surnom) Qui France fit plus grande qu’ell’ fut oncques, Luy estant Roy : ny autre Roy quelconques Depuis son temps, autant…

Les Philistins

Tu ne me connais pas, tu ne sais qui je suis, Tu ne m’aperçois pas, le soir, quand je te suis, Quand se perd ma pensée en tes lueurs de femme, Quand je m’en vais, noyant mes sens, noyant mon âme Dans les candeurs et les fraîcheurs de ta beauté.…

Les Astres

Le vent criait, le vent roulait ses hurlements, L’Océan bondissait le long de la falaise, Et mon âme, devant ces épouvantements, Et ces larges flots noirs, respirait plus à l’aise. La lune semblait folle, et courait dans les cieux, Illuminant la nuit dune clarté brumeuse ; Et ce n’était au…

Le Veau D’or

Ô paix de ce pays d’ici Où jadis nous nous aimâmes Par nos corps et par nos âmes, Ô paix de ce pays d’ici ! Le crépuscule dans les arbres Dont tous les oiseaux sont fous De s’être aimés comme nous, Le crépuscule dans les arbres ! Et ce fleuve…

Le Retour Aux Champs

(Études latines, IX) Il me faut retourner aux anciennes amours : L’Immortel qui naquit de la Vierge Thébaine, Et les jeunes Désirs et leur Mère inhumaine Me commandent d’aimer toujours. Blanche comme un beau marbre avec ses roses joues, Je brûle pour Néère aux yeux pleins de langueur ; Vénus…

Le Mirage

(extrait) … Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ? Ces doux êtres pensifs que la fièvre maigrit ? Ces filles de huit ans qu’on voit cheminer seules ? Ils s’en vont travailler quinze heures sous des meules Ils vont, de l’aube au soir, faire éternellement…

Le Colisée

Les mares de vos yeux aux joncs de cils, Ô vaillante oisive femme, Quand donc me renverrontils La Lunelevante de ma belle âme ? Voilà tantôt une heure qu’en langueur Mon coeur si simple s’abreuve De vos vilaines rigueurs, Avec le regard bon d’un terreneuve. Ah ! madame, ce n’est…

À La Lune

Quand tu luis audessus de la forêt mouvante, On dirait que des feux s’allument tout au fond. Tu donnes un baiser à l’océan profond, Et l’océan frémit comme une âme vivante. Estu notre compagne ? Estu notre servante ? Ton éclat nous ravit, ton pouvoir nous confond. Sous ton voile…

Jahel

Le jour que je naquis on vit pleuvoir du sel ; Le soleil, en faisant son tour universel, De la soif qu’il souffrit but quasi toute l’onde, Et pensa d’un seul trait avaler tout le monde. De là sont provenus tant d’abîmes sans eaux, De là sont dérivés tant de…

Ève

Je suis enragé. J’aime et je suis un vieux fou. Grandpère ? Quoi ? je veux m’en aller. Aller où ? Où je voudrai. C’est bien. Je veux sortir, grandpère. Sortons. Grandpère ? Quoi ? Pleuvratil ? Non, j’espère. Je veux qu’il pleuve, moi. Pourquoi ? Pour faire un peu…

Chant Du Matin

Dans la maison où notre amour a voulu naître, Avec les meubles chers peuplant l’ombre et les coins, Où nous vivons à deux, ayant pour seuls témoins Les roses qui nous regardent par les fenêtres. Il est des jours choisis, d’un si doux réconfort, Et des heures d’été, si belles…

Booz

C’est la nuit ; la nuit noire, assoupie et profonde. L’ombre immense élargit ses ailes sur le monde. Dans vos joyeux palais gardés par le canon, Dans vos lits de velours, de damas, de linon, Sous vos chauds couvrepieds de martres zibelines, Sous le nuage blanc des molles mousselines, Derrière…