Skip to content

Auteur : Léopold Sédar Senghor

Prière De Paix

A Georges et Claude POMPIDOU  » Sicut et nos dimittimus debitoribus nostris  » I. Seigneur Jésus, à la fin de ce livre que je T’offre comme un ciboire de souffrances Au commencement de la Grande Année, au soleil de Ta paix sur les toits neigeux de Paris – Mais je…

Ma Négritude

Ma Négritude point n’est sommeil de la race mais soleil de l’âme, ma négritude vue et vie Ma Négritude est truelle à la main, est lance au poing Réécade. Il n’est question de boire, de manger l’instant qui passe Tant pis si je m’attendris sur les roses du Cap-Vert !…

Masque Nègre

A Pablo Picasso Elle dort et repose sur la candeur du sable. Koumba Tam dort. Une palme verte voile la fièvre des cheveux, cuivre le front courbe. Les paupières closes, coupe double et sources scellées. Ce fin croissant, cette lèvre plus noire et lourde à peine ou’ le sourire de…

Neige Sur Paris

Seigneur, vous avez visité Paris par ce jour de votre naissance Parce qu’il devenait mesquin et mauvais Vous l’avez purifié par le froid incorruptible Par la mort blanche. Ce matin, jusqu’aux cheminées d’usines qui chantent à l’unisson Arborant des draps blancs –  » Paix aux Hommes de bonne volonté!  »…

Nuit De Siné

Femme, pose sur mon front tes mains balsamiques, tes mains douces plus que fourrure. Là-haut les palmes balancées qui bruissent dans la haute brise nocturne À peine. Pas même la chanson de nourrice. Qu’il nous berce, le silence rythmé. Écoutons son chant, écoutons battre notre sang sombre, écoutons Battre le…

Perles

Perles blanches, Lentes gouttelettes, Gouttelettes de lait frais, Clartés fugitives le long des fils télégraphiques, Le long des longs jours monotones et gris ! Où vous en allez-vous ? À quels paradis ? À quels paradis ? Clartés premières de mon enfance Jamais retrouvée

Pourquoi ?

Pourquoi battre le rappel Du jazz imagination De la bamboula des paroles Au clair de ma jeunesse ? Renvoyons l’harmonie tumultueuse des hanches, La frénésie des seins bondissant et bramant À travers les forêts parfumées, Renvoyons les longs jours titubants, ivres de vin. Pauvre convalescent, Dévêtons-nous de violence. Seulement un…

Prière Aux Masques

Masques! Ô Masques! Masques noirs masques rouges, vous masques blanc-et-noir Masques aux quatre points d’où souffle l’Esprit Je vous salue dans le silence! Et pas toi le dernier, Ancêtre à tête de lion. Vous gardez ce lieu forclos à tout rire de femme, à tout sourire qui se fane Vous…

L’ouragan

L’ouragan arrache tout autour de moi Et l’ouragan arrache en moi feuilles et paroles futiles. Des tourbillons de passion sifflent en silence Mais paix sur la tornade sèche, sur la fuite de l’hivernage! Toi Vent ardent Vent pur, Vent-de-belle-saison, brûle toute fleur toute pensée vaine Quand retombe le sable sur…

Printemps

Des nuages s’étirent, s’étirent irréels, Entre les branches noires enlacés. Tout l’hiver devant ma fenêtre, qui s’en va Et la danse de lumière sur les crêtes lointaines. Cet oiseau jamais aperçu ! Et le printemps et mon amour. Mes yeux qui s’éclairent, mes lèvres qui éclosent, Mon corps Il fait…

Régénération

Sous le pagne lisse du ciel d’été, Le soleil a saccagé Le velours vert des jours d’enfance. Et les grêles, les orages Ont déchaîné la fureur de leurs bandes barbares, Dans la plaine où soupire le silence Affaissé, les cigales tout ivres de sang Trompètent mes défaites, Qu’ils dorment les…

Regrets

 » A la mémoire de Soukeina  » La gracilité de la gazelle S’est fondue au crépuscule mourant Dans la vallée. L’éclair d’un trait d’ambre Immuable en mon cœur s’est fixé, En mon cœur saignant d’un regret inapaisé. Car le parfum de mon songe inouï, Splendeur du ciel tropical, M’a trop bien ébloui…

Spleen

Je veux assoupir ton cafard, mon amour, Et l’endormir, Te murmurer ce vieil air de blues Pour l’endormir. C’est un blues mélancolique, Un blues nostalgique, Un blues indolent Et lent. Ce sont les regards des vierges couleur d’ailleurs, L’indolence dolente des crépuscules. C’est la savane pleurant au clair de lune,…