Haïssez Celui Qui N’est Pas De Votre Race.

‘ Eh bien ! vous, conseillers de grandes compagnies,
Fils d’Adam qui jouez et des biens et des vies,
Dites vrai, c’est à Dieu que compte vous rendez.
Rendezvous la justice ou si vous la vendez ?

Plutôt, âmes sans loi, parjures, déloyales,
Vos balances, qui sont balances inégales,
Pervertissent la terre et versent aux humains
Violence et ruine, ouvrages de vos mains.

Vos mères ont conçu en l’impure matrice,
Puis avorté de vous tout d’un coup et du vice ;
Le mensonge qui fut votre lait au berceau
Vous nourrit en jeunesse et abesche au tombeau.

Ils semblent le serpent à la peau marquetée
D’un jaune transparent, de venin mouchetée,
Ou l’aspic embuché qui veille en sommeillant,
Armé de soi, couvert d’un tortillon grouillant.

A l’aspic cauteleux cette bande est pareille,
Alors que de la queue il s’étoupe l’oreille ;
Lui, contre les jargons de l’enchanteur savant,
Eux pour chasser de Dieu les paroles au vent.

A ce troupeau, Seigneur, qui l’oreille se bouche,
Brise les grosses dents en leur puante bouche :
Prends la verge de fer, fracasse de tes fléaux
La mâchoire puante à ces fiers lionceaux.

Que, comme l’eau se fond, ces orgueilleux se fondent ;
Au camp leurs ennemis sans peine se confondent :
S’ils bandent l’arc, que l’arc avant tirer soit las,
Que leurs traits sans frapper s’envolent en éclats.

La mort, en leur printemps, ces chenilles suffoque,
Comme le limaçon sèche dedans la coque,
Ou comme l’avorton qui naît en périssant
Et que la mort reçoit de ses mains en naissant.

Brûle d’un vent mauvais jusque dans les racines
Les boutons les premiers de ces tendres épines ;
Tout périsse, et que nul ne les prenne en ses mains
Pour de ce bois maudit réchauffer les humains. […]

J’aime Les Arbres Bleus

La petite Vierge Marie
Passe les soirs de mai par la prairie,
Ses pieds légers frôlant les brumes,
Ses deux pieds blancs comme deux plumes.

S’en va comme une infante,
Corsage droit, jupes bouffantes,
Avec, à sa ceinture, un bruit bougeant
Et clair de chapelet d’argent.

Aux deux côtés de la rivière
Poussent par tas les fleurs trémières,
Mais la Vierge, de berge en berge,
Ne cherche que les lys royaux
Qui s’érigent au bord de l’eau
Comme flamberges.

Et puis saisit entre ses doigts,
Un peu roides de séculaire empois,
Un insecte qui dort, ailes émeraudées,
Au coeur des plantes fécondées.

Et de sa douce main, enfin,
Détache une chèvre qui broute
A son piquet, au bord des routes,
Et doucement la baise et la caresse
Et gentiment la mène en laisse.

Alors, la petite Vierge Marie
S’en vient trouver le vieux tilleul de la prairie,
Dont les rameaux pareils à des trophées
Recèlent les mille légendes,

Et, humble, adresse enfin ces trois offrandes,
Sous le grand arbre, aux bonnes fées,
Qui autrefois, au temps des merveilleuses seigneuries,
Furent comme elle aussi
Les bonnes dames de la prairie.

Pendant Que J’allumais Une Autre Cigarette

Une petite souris passait par là
Et sa queue traînait par ci
Celuilà l’attrape
Celuilà la plume
Celuilà la fait cuire
Celuilà mange tout
Le petit n’a rien du tout
Le petit n’a rien du tout
Liche le plat mon petit
Liche le plat.