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Auteur : Louis Ménard

Prométhée Délivré

PROMÉTHÉE. Les astres d’or, roulant aux éternelles sphères, Achèvent lentement leur cours silencieux ; L’encens et la rumeur des plaintives prières Ont cessé de monter vers le tyran des cieux. Je veille seul : il n’est pour moi ni nuit ni rêve, Et l’immortel vautour ne laisse pas de trêve…

L’athlète

Je suis initié, je connais le mystère De la vie : une arène où l’immortalité Est le prix de la lutte, et je m’y suis jeté Librement, voulant naître et vivre sur la terre. Les héros demi-dieux ont souffert et lutté Pour conquérir au ciel leur place héréditaire : Que la lutte…

Le Rishi

Dans la sphère du nombre et de la différence, Enchaînés à la vie, il faut que nous montions, Par l’échelle sans fin des transmigrations, Tous les degrés de l’être et de l’intelligence. Grâce, ô vie infinie, assez d’illusions ! Depuis l’éternité ce rêve recommence. Quand donc viendra la paix, la…

Le Soir

Plus fraîche qu’un parfum d’avril après l’hiver, L’espérance bénie arrive et nous enlace, La menteuse éternelle, avec son rire clair Et ses folles chansons qui s’égrènent dans l’air. Mais comme on voit, la nuit, sous le flot noir qui passe Glisser les pâles feux des étoiles de mer, Tous nos…

Le Songe D’endymion

ENDYMION. Dans la mer d’Hespérie aux vagues empourprées Hélios éteint ses flammes sacrées. Pan, le divin pasteur, de sa flûte aux sept voix Apaise lentement l’harmonieuse plainte, Et, sous les dômes verts des antres d’Aracinthe, S’endorment on paix les grands cerfs des bois. Nul n’ira plus troubler leur paisible retraite…

L’idéal

Je ne voudrais rien des choses possibles ; Il n’est rien à mes yeux qui mérite un désir. Mon ciel est plus loin que les cieux visibles, Et mon coeur est plus mort que le coeur d’un fakir. Je ne puis aimer les femmes réelles : L’idéal entre nous ouvre…

Nirvana

L’universel désir guette comme une proie Le troupeau des vivants ; tous viennent tour à tour À sa flamme brûler leurs ailes, comme, autour D’une lampe, l’essaim des phalènes tournoie. Heureux qui sans regret, sans espoir, sans amour, Tranquille et connaissant le fond de toute joie, Marche en paix dans…

Panthéon

Le temple idéal où vont mes prières Renferme tous les dieux que le monde a connus. Évoqués à la fois de tous les sanctuaires, Anciens et nouveaux, tous ils sont venus ; Les dieux qu’enfanta la nuit primitive Avant le premier jour de la création, Ceux qu’adore, en ses jours…

L’açoka

Chanson indienne L’açoka grandit dans la forêt sombre. Caressez l’açoka, fraîches brises du soir. Les fleurs de l’açoka naîtront, quand sous son ombre La vierge viendra rêver et s’asseoir. Mais en vain la brise et le soleil rose Voudraient sous leurs baisers les faire épanouir : Si jamais nulle vierge,…

Pygmalion

Quand il eut achevé sa blanche Galatée Que nul regard humain après lui ne verra, Pygmalion, rêveur, à genoux adora Sa pensée immortelle en marbre pur sculptée. Car du corps de la nymphe, avec l’aide des dieux, Il avait fait tomber l’enveloppe de marbre, Pareil au bûcheron qui voit, en…

Résignation

C’est une pauvre vieille, humble, le dos voûté. Autrefois on l’aimait, on s’est tué pour elle. Qui sait ? Peut-être un jour tu seras regretté De celle qui dit non, maintenant qu’elle est belle. Elle aussi vieillira, puis l’ombre universelle La noîra, comme toi, dans son immensité. Il faut que…

Souvenir

Le matin souriait, humide de rosée ; Du haut du ciel pâle un brouillard changeant Etendait sur le lac et la plaine arrosée Son voile onduleux aux lueurs d’argent. Le soleil s’éveillait sous les nuages roses, Et, dans chaque perle où son disque luit, Au calice entr’ouvert des fleurs à…

Stoïcisme

Sois fort, tu seras libre ; accepte la souffrance Qui grandit ton courage et t’épure ; sois roi Du monde intérieur, et suis ta conscience, Cet infaillible dieu que chacun porte en soi. Espères-tu que ceux qui, par leur providence Guident les sphères d’or, vont violer pour toi L’ordre de…

Thébaïde

Quand notre dernier rêve est à jamais parti, Il est une heure dure à traverser ; c’est l’heure Où ceux pour qui la vie est mauvaise ont senti Qu’il faut bien qu’à son tour chaque illusion meure. Ils se disent alors que la part la meilleure Est celle de l’ascète…