Skip to content

Auteur : Louisa Siefert

Voyage

Passer tout près, passer et regarder de loin, Et frémir sans oser continuer la route, Et refouler, de peur d’un indiscret témoin, Ces derniers pleurs, tout prêts à couler goutte à goutte ! De lourds nuages gris que l’éclair déchirait Cachaient tout l’horizon, et les minutes brèves S’envolaient, ô suprême…

Marchand D’habit

I. MARCHAND D’HABIT ! Ce petit homme grisonnant S’en venait encore à l’automne, Le regard vif, l’air avenant, En poussant son cri monotone. Mais qu’il est changé maintenant ! Le regard est noir, l’air atone ; Et, sur les syllabes traînant, Sa voix chevrotante détonne. A peine un hiver passé…

Marguerite

C’était un soir de juin paisible. Du midi Le vent soufflait chargé d’un parfum attiédi, Et les deux vieilles tours massives et carrées D’un rayon de soleil couchant étaient dorées. Le ciel d’un bleu d’opale avait des tons charmants ; Les arbres et les fleurs tressaillaient par moments ; Partout…

Morte !

Morte ! oh ! serait-il vrai ? Morte, pleine de vie ! A son calme avenir quel mal l’a donc ravie ? Qui donc l’a pu frapper avant qu’elle eût vingt ans ? Dans la fraîche candeur de ses premiers printemps, Quand elle n’était pas au tiers de sa journée,…

Orgueil

Non, non, je ne suis pas de ces femmes qui meurent Et rendent ce dernier service à leurs bourreaux, Pour qu’ils vivent en paix et sans soucis demeurent. Vois-tu, ces dévoûments sont niais s’ils sont très-beaux. Les hommes, je le sais, se complaisent trop vite, Le pied sur ces cercueils,…

Page Blanche

Qu’écrire ? Vierge encor la page est sous mes doigts, Prête à tout elle attend mon caprice. — Autrefois La chantante élégie en mon cœur murmurée, Source qui débordait de la vasque nacrée, S’épanchait d’elle-même en vers doux et naïfs. Les doutes, les soupçons, les aveux, flots furtifs Qui jasent…

Pluie D’automne

I Enfin, voici la pluie et les brumes d’automne ! Le temps est presque froid. Le soleil radieux Depuis hier au soir nous a fait ses adieux ; Le ciel, d’un bout à l’autre, est d’un gris monotone. Sous les arbres feuillus l’ombre se pelotonne, Bleue et tranquille ; un…

Pourquoi ?

Pour la première fois, quittant votre air morose, Vous m’avez, hier soir, donné le bras. Tandis Que j’allais près de vous ainsi, comme jadis, J’ai senti contre moi palpiter quelque chose. Mon visage soudain est devenu tout rose ; Vous m’avez demandé ce que j’avais, je dis N’importe quoi :…

Préface

I. Quand, au bord de chemin, vient la biche craintive, Elle hésite un instant avant de le passer ; Elle voudrait cacher sa course fugitive, Redoutant le chasseur qui la pourrait blesser. Dans ses grands yeux scintille une larme captive, Sur sa robe soyeuse un frisson vient glisser, L’épouvante en…

Prière

Aimer, c’est la moitié de croire. Victor Hugo Les rideaux sont baissés & la porte est fermée : Un seul rayon perdu glisse furtivement, Et vient illuminer l’atmosphère embaumée. Là, dans son grand fauteuil la mère simplement, Tenant sur ses genoux la Bible de famille, Explique à ses enfants le…

Promenade

Mon Dieu ! n’est-il donc pas de chemin qui ramène Au bonheur d’autrefois regretté si souvent ? Théophile Gautier. Il faisait un jour blanc et tout chargé d’orage, Les oiseaux accablés se taisaient sous l’ombrage, Les herbes se tordaient au baiser du soleil ; Dans les champs moissonnés les pailles…

Quand Même

Deux hommes sont en lui, deux hommes bien distincts, L’homme des préjugés et celui des instincts : L’un fantasque, inquiet, irritable, sceptique, Volontaire, dur même et quelquefois cynique ; L’autre tout dévoûment et générosité, Patience, douceur, délicate bonté, Esprit étincelant, charme, attachante grâce, Tout ce qui prend le cœur et…

Regard Mouillé

Quand tu constates les ravages Du mal qu’autrefois tu m’as fait Devant cette mer sans rivages, Tu sembles rester stupéfait. Et de tes paupières baissées, Sur moi tombe un regard sans prix, Ainsi se croisent nos pensées : Tu soupires, moi je souris ! 6 Juillet 18

Vivere Memento

La vie est si souvent morne et décolorée, A l’ennui l’heure lourde est tant de fois livrée Que le corps s’engourdit, Et que l’âme, fuyant les épreuves amères, S’envole et vient saisir à travers les chimères L’idéal interdit. On trouve ainsi l’oubli des autres, de soi-même, On n’est plus de…