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Auteur : Louise Colet

Penserosa

Le marbre le plus pur créé par Michel-Ange Est un jeune guerrier triste et beau comme un ange ; L’artiste l’a sculpté languissamment assis A l’angle du tombeau de l’un des Médicis ; Il rêve, il est empreint d’une vague souffrance : C’est le génie en deuil de la belle…

Les Baux

J’aime les vieux manoirs, ruines féodales Qui des rocs escarpés dominent les dédales ; J’aime du haut des tours de leur sombre prison A voir se dérouler un immense horizon : J’aime, de leur chapelle en parcourant les dalles, A lire les ci-gît couronnés de blason. Et qui gardent encore…

Les Doutes De L’esprit

Souvent, dans mes accords, ardents, enthousiastes, Des grandes nations se déroulaient les fastes, Ou, détournant mes yeux de ce globe terni, Je déployais mon vol aux champs de l’infini !… L’univers, dans toutes ses phases A mes regards venait s’offrir : C’étaient d’ineffables extases, Des ravissements à mourir ! Pouvoir…

L’hymen

Ne rêves-tu jamais à ces heures d’extase Qui précèdent l’hymen de deux jeunes époux ? Quand l’amour, de leur cœur, comme ronde d’un vase, Déborde en sentiments mystérieux et doux ! Dis, n’est-ce rien pour toi qu’une vierge qui pleure En recevant l’aveu d’un amour désiré ? Qu’un front pur…

Liane

Jeune levrette, au poil d’ébène, Au flanc mince, au col assoupli, Ton dos, où ma main se promène, A l’éclat de l’acier poli. Tu dresses tes noires oreilles Comme deux ailes de corbeau ; Tes dents d’ivoire sont pareilles A la blanche écume de l’eau. Ton œil, quand sur sa…

L’imprudence

Enfants, ne jouez pas si près de la rivière ; Pour vous mirer dans l’eau n’inclinez pas vos fronts, Votre pied imprudent peut glisser sur la pierre ; Vous êtes tout petits et les flots sont profonds ! Mais vous n’écoutez pas ma voix qui vous appelle ; Aux poissons…

L’inspiration

Ah ! lorsque débordait ainsi la poésie, Torrent impétueux, brûlante frénésie, Dans mon âme vibraient d’indicibles accords ; Comme sous l’ouragan bat la vague marine, Sous la muse mon cœur battait dans ma poitrine, Mais ma lyre jamais n’égalait mes transports !… Par l’inspiration je restais oppressée, Comme la Druidesse…

Ma Poésie

Il est dans le Midi des fleurs d’un rose pâle Dont le soleil d’hiver couronne l’amandier ; On dirait des flocons de neige virginale Rougis par les rayons d’un soleil printanier. Mais pour flétrir les fleurs qui forment ce beau voile, Si la rosée est froide, il suffit d’une nuit…

Néant

Vous, qui vivez heureux, vous ne sauriez comprendre L’empire que sur moi ces songes pouvaient prendre ; Mais lorsque je tombais de leur enchantement A la réalité qui toujours les dément, Si je voulais, luttant contre ma destinée, Me dépouiller des fers qui m’ont environnée, Une voix me disait :…

Paris

Quand je vais triste et seule, et que, dans le ciel gris, Je suis quelque nuage errant sur les toitures, Et, comme ces draps noirs qu’on met aux sépultures, Couvrant des boulevards les arbres rabougris ; Lorsqu’au bourdonnement de ce chaos qui passe, De ce peuple encombrant l’horizon et l’espace…

Le Malheur

Le malheur m’a jeté son souffle desséchant : De mes doux sentiments la source s’est tarie, Et mon âme incomprise avant l’heure flétrie, En perdant tout espoir perd tout penser touchant, Mes yeux n’ont plus de pleurs, ma voix n’a plus de chant, Mon cœur désenchanté n’a plus de rêverie…

Pétrarque

Ce torrent, qui bondit, et jette Son écume de neige et d’or, Etait l’emblème du poète, Quand sa muse prenait l’essor. A ces bords sa gloire s’allie ; Son ombre, est le Dieu de ces eaux : Mais, le chantre de l’Italie N’éveillera plus ces échos ! Quand, sur cette…

Plus De Vers

Non, plus de vers, jamais ; ce monde où tout s’altère, Ma muse, a fait pâlir ton front pudique et saint, Ton aile s’est brisée en touchant à la terre : Comme un oiseau blessé cache-toi dans mon sein. Non, plus de vers, jamais, car les vers sont des larmes…